A la Seyne-sur-Mer (Var), les salariés du site principal des Constructions navales et industrielles de Méditerranée (CNIM) ont bien tenté d’y croire. Notamment lorsque Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, leur avait garanti le 26 mars 2021 que, malgré sa situation financière, le groupe était « sauvé » grâce aux aides de l’Etat, et ne serait pas démantelé.
Mais le 24 janvier, le groupe CNIM s’est placé sous la sauvegarde du Tribunal de commerce de Paris. Sa branche CNIM Environnement & Energie EPC a été placée en redressement judiciaire, en raison d’une accentuation, au dernier trimestre 2021, de ses difficultés de trésorerie, liées à « de nouvelles pénalités de retard facturées » et à des « décalages de signatures de nouveaux projets ».
La voie du démantèlement se concrétise
Dans un communiqué, la direction du groupe CNIM laisse entrevoir la voie du démantèlement, redoutée par les salariés. La direction dit vouloir « poursuivre l’adossement de ses différentes filiales auprès de repreneurs à même d’en assurer la pérennité ». « L’ouverture de la procédure de sauvegarde permettra d’optimiser les possibilités de reprise des activités du groupe et de protéger au mieux les emplois », est-il indiqué.
La désignation d’un administrateur judiciaire permettra de collecter et analyser les offres de reprise. Et c’est dans cette perspective qu’entend se placer Caroline Castets, déléguée syndicale FO de CNIM. « Ce que nous redoutions est désormais engagé. Les 125 millions d’euros d’aides accordées n’auront pas suffi à empêcher ce scénario. Mais nous souhaitons nous projeter dans l’avenir: il faut que les marques d’intérêt sérieuses de repreneurs potentiels se transforment en offres fermes, fondées sur des projets industriels pérennes qui limitent la casse sociale pour le groupe comme chez ses sous-traitants ».
« L’administrateur judiciaire devra vérifier que les critères sociaux présentés par les candidats soient viables pour un maximum de personnes. Si c’est la dernière chance qu’il reste, il faut la saisir. Environ 350 personnes sont concernées par ces procédures. Depuis des mois, les salariés sont toujours restés mobilisés, leur engagement et leurs compétences restent intacts », ajoute la représentante syndicale.
Deux entités distinctes
Le groupe CNIM emploie 2 700 personnes en France et dans le monde. La société repose sur deux entités de conception et fabrication d’ensembles industriels clés en main : Environnement & Energie d’une part, Industrie & Systèmes d’autre part. Depuis le printemps 2020, la première subit les conséquences de la défaillance d’un partenaire au Royaume-Uni sur un chantier de valorisation des déchets ménagers. Mais pas seulement. Le 30 novembre dernier, CNIM annonçait « la perte de deux appels d’offres et la conclusion plus tardive que prévue de contrats d’usines clés en main, conduisant la société à diviser par deux ses ambitions commerciales ». Et ce, en plus de « nouvelles pénalités sur plusieurs projets en cours au Royaume-Uni et en France ».
La seconde filiale de CNIM concerne des activités stratégiques d’industrie et de défense. Elle intervient entre autres pour la DGA, Ariane ou Iter. « La procédure de sauvegarde sur CNIM Group protège les autres filiales », souligne Caroline Castets. Une position partagée par l’UIMM Alpes-Méditerranée qui ne doute pas que ce « vrai acte de gestion » permettra de déboucher sur des solutions concrètes. Et s’il devait y avoir un besoin de reclassement pour certains salariés, la pénurie de main-d’œuvre est telle dans leur filière et dans la région qu’ils devraient trouver un point de chute.
Enjeu de souveraineté industrielle
L'UIMM souligne que la souveraineté industrielle de la France joue plus sur le secteur Industrie & Systèmes de CNIM que sur la construction d’usines de traitement de déchets. L’adossement à un grand groupe international d’Environnement et Energie EPC pourrait lui apporter les moyens financiers dont l'entité actuelle ne dispose plus pour valoriser son savoir-faire.
Pour expliquer pourquoi il se résout à la cession d’activités dans l’espoir d’assurer leur survie, l’Etat évoque « l’échec de la stratégie menée, à la suite d’erreurs managériales ». En Provence, l’argument n’est pas contesté. « Sur des chantiers comme ceux passés en Angleterre où les marges sont serrées, le moindre impayé devient impossible à rembourser puisque le groupe n’avait pas l’envergure financière pour le supporter. C’est une erreur contractuelle de fait et une leçon d’économie en soi. Sur ces métiers, le juriste compte autant que le dessinateur industriel », tranche un observateur du dossier.



