Une pérennité sous conditions pour les Constructions navales et industrielles de la Méditerranée

L’équipementier et ensemblier industriel Constructions navales et industrielles de la Méditerranée (Cnim) reste dans l’attente de la validation d’un protocole pour se redresser financièrement tout en poursuivant ses activités. Mais des dispositions de ce document font craindre aux syndicats et acteurs économiques régionaux des risques de démantèlement de ses activités pourtant stratégiques pour la France. Avec ses filiales, Cnim emploie 2 600 personnes en France et à l'étranger dont près d'un millier à La Seyne-sur-Mer (Var), son principal site industriel pour ses divisions environnement et énergie et innovation et systèmes.

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Nacelle du prototype Stratobus de Thales sur le site des Constructions navales et industrielles de la Méditerranée à La Seyne-sur-Mer.
Nacelle du prototype Stratobus de Thales sur le site des Constructions navales et industrielles de la Méditerranée à La Seyne-sur-Mer.

Confrontée en 2019 à la défaillance de son partenaire en génie civil (Clugston) sur plusieurs contrats d’usines de valorisation de déchets ménagers en Angleterre, l'entreprise Constructions navales et industrielles de la Méditerranée (Cnim), qui emploie 2 600 personnes dans le monde dont environ un millier à La Seyne-sur-Mer (Var), s’est retrouvée dans une situation financière plus que délicate, entraînant, à sa demande, l’ouverture, le 2 janvier 2020, d’une procédure de conciliation par le président du tribunal de commerce de Paris. 

Depuis, ses partenaires financiers s’emploient à la solutionner. Un premier protocole d’accord a été annoncé mi-mars avec les banques de financement et les assureurs-crédits qui a entraîné notamment la mise en vente du siège parisien, désormais conclue pour 41,295 millions d’euros. Un protocole de conciliation a été signé le 29 avril par le groupe et certaines de ses filiales avec ces banques et assureurs-crédits auxquels se sont joints l’Etat et l’actionnaire industriel historique allemand, Martin Gmbh.

Les mesures qu’il prévoit - nouveaux financements court et moyen terme et engagements d’apports de fonds, constitution de fiducies et nantissements… - sont destinées à couvrir les besoins du groupe jusqu’au 31 décembre 2020. L’appui de l’Etat se chiffre à plus de 11,7 millions d’euros, en prêts. Le protocole, encore soumis à des conditions suspensives, intègre aussi des dispositions sur lesquelles la banque conseil Rothschild & Cie a été mandatée. Afin de permettre le remboursement de ses créanciers et la pérennisation de ses activités, Cnim Groupe s’est engagé à poursuivre sa recherche de repreneurs et/ou d’investisseurs avec pour objectif de permettre l’adossement ou la cession de ses activités à des tiers à même de valoriser au mieux ses actifs et d’assurer le développement de ses activités sur le long terme.

Des prêts de l’Etat plutôt qu’une participation au capital

Si la direction se refuse à commenter les éléments de ce protocole, la fédération Force ouvrière de la métallurgie exprime ses inquiétudes sur les risques que feraient peser des cessions. Le syndicat redoute un "démantèlement annoncé", compte tenu du "laps de temps très court" pour rechercher des partenaires industriels. "Cette opération d’adossement total ou partiel vise purement et simplement le découpage de notre groupe. Nous savons déjà que des sociétés industrielles étrangères lorgnent sur notre groupe et nous savons que ce n’est pas par philanthropie. Une fois de plus le "made in France" va intégrer les rangs de grandes puissances étrangères pour créer de nouvelles friches industrielles dans notre pays", estime le syndicat.

FO souligne que l’Etat a octroyé via Bpifrance "un crédit qu’il est impossible de rembourser sans cessions". Il estime le besoin de financement à 100 millions d’euros, soit 19 000 euros par salarié. Pour Alain Maccio, délégué de la CFE-CGC, "il est important de préserver l’emploi. Près d’un millier de personnes travaillent sur le site de La Seyne-sur-Mer. Il faut éviter un choc économique. Le carnet de commandes n’est pas vide, c’est le dépôt de bilan d’un co-traitant qui a mis à mal la trésorerie". Dans un communiqué du 17 mars 2020, Cnim évoquait une progression en un an de 40,5 % de ses commandes enregistrées.

Préserver un fleuron français

A l’UIMM Alpes-Méditerranée, on suit la situation d’autant plus près que Cnim est impliqué dans des projets majeurs en Provence-Alpes-Côte d’Azur, comme le réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter, le prototype de plateforme stratosphérique Stratobus de Thales, les frégates de défense et d’intervention de Naval Group ou encore les ailes Oceanwings de propulsion éolienne pour décarboner le transport maritime du futur. "Il faut être sûr que ce fleuron reste français", insiste Serge Bornarel, délégué général de l’UIMM Alpes-Méditerranée.

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui a fait de Cnim l’un des moteurs de son Opération d’intérêt régional sur la filière d’excellence "économie de la mer" surveille également l’évolution, comme la métropole Toulon Provence Méditerranée. Pour le maire de la Seyne-sur-Mer, Serge Vuillemot, le protocole est "un plan utile pour l’immédiat mais encore inquiétant pour l’avenir". Il regrette l’absence de participation publique nationale au capital du groupe: "Le risque est que des investisseurs d’envergure choisis par les financiers n’interviennent au capital de l’entreprise aujourd’hui encore "familiale" qui pourraient décider de ne conserver que les activités les plus performantes du groupe ou en délocaliser certaines."

Malgré toutes ces inquiétudes et les contraintes liées à l'épidémie du Covid-19, Cnim continue d’assurer ses activités. En saluant "le professionnalisme et l’engagement au travail de ses salariés", la direction affirme que près de 75 % de l’activité reste maintenue dans le respect des conditions de sécurité sanitaire des équipes sur les sites industriels et sur les chantiers "pour honorer au maximum nos engagements envers nos clients et nos fournisseurs". L’extension du site de la Seyne-sur-Mer reste également au programme.

En 2018, Cnim a réalisé un chiffre d’affaires de 689,8 millions d’euros, à plus de 62 % à l’export. En 2019, le chiffre d’affaires non audité atteint 588,4 millions d’euros, principalement en raison d’une baisse de 20,6 % de l’activité environnement et énergie, à l’origine de ses déboires financiers.

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