A Graulhet dans le Tarn, l'industrie du cuir reprend des couleurs

Boostés par l'industrie du luxe et le renouveau du made in France, les acteurs tarnais du cuir redonnent vie à leurs savoir-faire historiques.

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Graulhet, capitale française du cuir, accueille de nouveaux projets industriels.

Sur les bords de la rivière Dadou, en plein cœur de Graulhet, les 2 000 m2 de la friche industrielle de Bourdariès s'apprêtent à reprendre du service. À l’abandon depuis une vingtaine d'années, l'ancienne mégisserie –témoignage du passé industriel de la cité tarnaise– vient d'être rachetée à la commune par une maroquinerie locale, la société Jean-Louis Fourès (40 salariés, 3,4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021), connue sous sa marque commerciale, Les Ateliers Fourès. L'objectif est d'accompagner la croissance de l'entreprise.

Tout un symbole, dans une ville d'à peine 13 000 habitants où les friches industrielles côtoient souvent les zones d'habitation. «Il ne s'agit pas d'accueillir des logements, ni des activités tertiaires ou même un musée, comme cela a été le cas pour la Maison des métiers du cuir, mais bien un projet industriel», s'enthousiasme Blaise Aznar, le maire de Graulhet.

La carte du 100 % made in France

À l'étroit dans leurs 800 m2, Les Ateliers Fourès, repris en 2016 par Logan Guy et Amandine Guy-Gras, vont pouvoir plus que doubler de surface. Le déménagement est annoncé à l'été 2024. Il s'accompagnera de la création d'une quinzaine d'emplois à l’horizon 2025. «Nous sommes fiers de redonner à ce lieu une destination industrielle en lien avec le cuir», confie Amandine Guy-Gras. Labellisée Entreprise du patrimoine vivant, la maroquinerie joue à fond la carte du 100 % made in France. Elle n'est pas la seule.

Depuis quelque temps, d'autres industriels de la ville entendent porter haut les couleurs du cuir graulhétois. À la sortie de la commune, toujours sur les rives du Dadou, la Mégisserie de la Molière (12 salariés, 2,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2021) est également en pleine mutation. Ici, tout a été conservé, les anciens murs de pierres et les galetas en bois, ces greniers ouverts à tous les vents réservés au séchage des peaux. Pas simple de remettre tout aux normes. François Roques avec sa sœur Hélène, quatrième génération à la tête de la société familiale créée en 1930, ont engagé un long travail de rénovation. L'entreprise a obtenu en 2021 la certification écoresponsable LWG (Leather working group). «Cela nous offre une nouvelle visibilité auprès des maisons de luxe», précise François Roques. Parmi ses clients : Vuitton, Hermès, Loewe ou encore Chanel.

La société tarnaise a également fait parler d’elle récemment avec une innovation maison : le tannage de cuir de thon ! Elle a lancé son modèle de baskets, sous la marque Pantuna. 1 200 paires ont été commercialisées depuis le lancement, en août 2022. Elle planche déjà sur de nouveaux projets, dont la relocalisation à Graulhet d'activités sous-traitées à une société sœur, créée il y a une trentaine d'années au Maroc. À la clé, la création de plus d'une vingtaine de postes d'ici deux à trois ans. Des initiatives modestes, et certains rappellent à l'envi que, dans les années 1950, la commune comptait plus de 110 usines et quelque 3 200 ouvriers. Mais l’hémorragie a été stoppée. «Les signes sont tangibles. Les entreprises créent à nouveau de l'emploi», insiste Blaise Aznar.

Dernière implantation en date : L'Atelier Cuir (22 salariés, 3,35 millions d’euros de chiffre d'affaires), créé à Paris en 2014. Spécialisée dans la confection de vêtements en cuir et peaux lainées pour le luxe, la société a choisi Graulhet pour implanter de nouveaux ateliers dédiés aux maisons de haute couture. Une première équipe d'une quinzaine de salariés a été recrutée et formée en 2022, dans le cadre d'un dispositif soutenu par l'État et la région Occitanie. «Notre objectif est de créer une soixantaine de postes d'ici deux à trois ans à Graulhet, au sein de deux ou trois ateliers dédiés et spécialisés», précise Delphine Monnet-Meiler, à l'origine de l’initiative.

Baskets françaises et relocalisation

«Graulhet reste bien la capitale française du cuir avec un écosystème unique en France», martèle Marie-Laure Biscond, présidente de l'association Graulhet Le Cuir, qui fédère les entreprises locales de la filière. Elle-même dirige une petite maroquinerie, connue sous la marque Bandit Manchot. Créée en 2010 avec deux associées, la société occupe une petite dizaine d'emplois, dont six piqueuses, et développe un modèle original de valorisation des stocks dormants. Bandit Manchot rachète à de grandes maisons de maroquinerie françaises des peaux entières inutilisées et propose ses créations en BtoB à un réseau d'environ 400 boutiques : marque-pages, cartes postales, trousses, sièges pliables, tabliers... «Nous démocratisons l'objet unique. Les clients choisissent le modèle, mais pas les coloris, qui varient en fonction des lots récupérés», résume la cheffe d’entreprise.

«Graulhet perpétue une histoire millénaire et se distingue toujours par une diversité et une concentration géographique unique de savoir-faire», insiste par ailleurs la présidente de Graulhet Le Cuir. En 2022, l'association a établi une cartographie des acteurs locaux de la filière. Quelque 80 entreprises ont été recensées, pour environ 650 emplois. Parmi elles, des maroquineries, des mégisseries et des tanneries, mais aussi des spécialistes des machines-outils, dont BFM France (19 salariés, 2,8 millions d'euros de chiffre d'affaires), en pleine accélération avec un nouveau projet d'extension, des négociants en peaux ou encore des sociétés spécialisées dans la chimie du cuir, comme Stahl, Technochem ou Trumpler. Tout un écosystème redevenu attractif. 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3715 - Mars 2023

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