L’Usine Nouvelle - Kering regroupe plusieurs maisons en son sein (Gucci, Balenciaga, Saint-Laurent….). Comment êtes-vous organisés sur les sujets que vous supervisez ?
Kering DR Anne-Gaëlle Lamort - Nous sommes une équipe d’experts, notamment au siège à Paris. Une partie de notre rôle est d’accompagner nos maisons dans leurs projets. Elles peuvent nous contacter pour avancer sur un sujet en particulier ou, à l’inverse, il arrive que nous "poussions" des projets à impact positif auprès d’elles.
Nos domaines d’intervention vont du sourcing durable à la circularité et à l’énergie, en passant par l’innovation et notamment le travail sur des matériaux alternatifs, dont nous attendons qu’ils réduisent l’empreinte environnementale de nos activités. Ils doivent permettre de lever la pression exercée sur la nature. Notre travail consiste aussi à mettre en place de nouvelles méthodes de sourcing et de traçabilité de ces matériaux.
Privilégiez les développements internes, dans le groupe ou dans les maisons ? Ou préférez vous travaillez avec des start-up sur ces sujets ?
Nous faisons l’un et l’autre. Par exemple, je rencontre régulièrement des start-up pour évaluer ce qu’ils proposent, et éventuellement lancer des tests. Le travail de mon équipe est aussi de co-écrire le cahier des charges avec les maisons. Balenciaga a travaillé sur le mycélium – le corps végétatif du champignon. Là encore nous avons veillé ensemble aux spécifications techniques et esthétiques.
"Nous n’innovons pas pour le plaisir de faire du nouveau"
— Anne-Gaëlle Lamort
Ces nouveaux matériaux pourraient-ils un jour remplacer le cuir ?
Difficile de le dire aujourd’hui…. Pour le moment, l’idée est qu’ils cohabitent . C’est un renouvellement, un moyen de créer de nouveaux produits innovants. Mais puisque nous parlons du cuir, notre travail ne se limite pas à tester des alternatives : nous devons aussi travailler pour réduire l’impact environnemental du cuir.
Peut-il y avoir un tannage propre des cuirs ?
Bien avant notre feuille de route 2025, certaines de nos maisons avaient déjà mis au point des procédés de tannage sans chrome ni métaux lourds, ce qui représente une vraie prouesse technologique. Il ne faut pas oublier que les matières alternatives au cuir ont longtemps été à base de plastique ; or pour Kering, il est hors de question de remplacer le cuir par de nouveaux matériaux utilisant du plastique.
La dimension financière intervient-elle dans vos choix ? Ou le luxe peut-il s’en affranchir ? Autrement dit les nouveaux matériaux sont ils plus ou moins rentables que le cuir ?
Nous travaillons avec plusieurs contraintes : obtenir une empreinte environnementale moindre avec une performance et une esthétique au moins équivalentes. Evidemment, pour qu’un nouveau matériau nous intéresse il faut aussi qu’il soit possible de le développer en plus grande quantité. Ce ne peut pas être un "coup unique". La mise à l’échelle est cruciale pour nous, ce qui veut dire que nous sommes attentifs aux coûts, évidemment.
"Nous travaillons dans une logique « d’open source ». Nous ne sommes pas dans la disposition d’esprit où il s’agirait d’un secret que nous voudrions garder à tout prix. On parle d’empreinte environnementale : si ce que l’on fait pour la réduire peut aider les autres et ainsi accélérer globalement, ce sera une très bonne chose."
— Anne-Gaëlle Lamort
Le groupe fait le choix d’ouvrir aux autres marques les nouveaux matériaux qu’il a mis au point. Nous travaillons dans une logique "d’open source". Nous ne sommes pas dans la disposition d’esprit où il s’agirait d’un secret que nous voudrions garder à tout prix. On parle d’empreinte environnementale : si ce que l’on fait pour la réduire peut aider les autres et ainsi accélérer globalement, ce sera une très bonne chose.
Comment faites-vous pour réduire les stocks de matières, notamment les chutes ?
Cela fait longtemps que nous avons lancé une démarche liée à l’économie circulaire en recourant à des matériaux recyclés et certifiés, par exemple. Toutefois, cela ne se limite pas à cela : nous travaillons aussi sur la fin de vie du produit, à des solutions de recyclage ou surcyclage. Nous avons formalisé et publié en 2021 notre ambition circularité qui rassemble toutes les actions déjà mises en place dans nos marques et nos objectifs à moyen terme.
La mode a l'image d'un secteur où le directeur artistique tout puissant peut, si vous me permettez l'expression, faire des caprices qu'on lui passe, parce qu'il serait un artiste génial. C'est une caricature évidemment. Mais sont-ils tous convertis aux vertus de l'économie circulaire aujourd'hui ?
Mon rôle et celui de mon équipe est d’offrir de nouvelles possibilités aux équipes créatives de nos maisons afin qu’elles fassent le meilleur choix d’un point de vue environnemental. Dans le groupe, tout le monde est sensibilisé sur ces dimensions. Une partie du bonus des leaders du groupe est aussi calculé en fonction de l’atteinte des objectifs de développement durable. Le PDG du groupe François-Henri Pinault est très fortement engagé sur le sujet. C’est une conviction profonde chez lui. Et puisque l’on parle de RSE, nous attachons une grande importance à la dimension sociale. Un ou une directeur(-trice) artistique qui nous rejoint sait que ces questions sont incontournables chez Kering.



