C’est une nouvelle autoroute de l’électricité que projette RTE, gestionnaire du réseau électrique français, pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. D’un montant estimé de 300 millions d’euros, elle prendrait la forme d’une ligne électrique aérienne à très haute tension (400 000 volts) et à double circuit. Elle serait déployée sur 65 km entre les postes électriques de Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et de la Feuillane, proche de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Plusieurs fuseaux sont encore envisagés avant de fixer son tracé définitif. Le périmètre d'étude couvre en effet une aire de 600 km² où coexistent des zones urbanisées, des exploitations agricoles et des espaces naturels, d’où l’extrême sensibilité du sujet.
«Cette ligne est indispensable, car on ne peut pas mener la transition énergétique du territoire avec un réseau aménagé dans les années
70, il faut le renforcer si on veut réussir, tranche Gilles Odone, le délégué régional de RTE Méditerranée et co-maître d’ouvrage des différents projets industriels prévus sur la zone de Fos (Carbon, H2V, GravitHy ndlr), dont la concrétisation dépend de cette nouvelle ligne. Quand un projet comme GravitHy annonce 900 MW de puissance pour ses électrolyseurs, nous sommes sur l’équivalent d’une tranche nucléaire de la centrale de Tricastin… Pour décarboner leurs modes de production, les industriels existants vont, par ailleurs, passer à l’électricité. »
Anticiper la décarbonation de l'industrie et de la population
Ainsi la demande électrique en Provence-Alpes-Côte d’Azur, actuellement de 5 GW, devrait plus que doubler dans les prochaines années. Problème : la région ne produit actuellement que 40% de l’électricité qu’elle consomme. La nouvelle future «colonne vertébrale électrique» provençale devrait pouvoir acheminer l’équivalent de la consommation annuelle de 5 millions de personnes. «La mutation actuelle change véritablement la donne. Les projets industriels servent à caractériser le besoin, mais même sans eux, ce territoire a besoin de cette ligne, estime Régis Passerieux, sous-préfet d’Istres qui espère sa mise en service en 2028. Sur les 5 GW supplémentaires qu’elle apportera, la moitié sera utilisée par l’industrie, l’autre moitié pour la consommation quotidienne des habitants.»
La concertation publique préalable du projet a été lancée par la préfecture des Bouches-du-Rhône le 12 février et se déroulera jusqu’au 7 avril 2024. Une première réunion publique est prévue le 15 février à Jonquières-Saint-Vincent alors que des voix s’élèvent déjà contre ce nouveau projet d’infrastructure.



