Reportage

À Florange, les salariés d’ArcelorMittal partagés entre résignation et espoir

Les salariés ArcelorMittal de Florange, en Moselle, ne sont qu’en partie rassurés par le plan d’investissement de 1,2 milliard d’euros à Dunkerque (Nord), annoncé jeudi 15 mai 2025. Sur les 636 suppressions de postes prévues par le groupe dans l’Hexagone, 113 concernent leur site, majoritairement dans les services support.

Réservé aux abonnés
ArcelorMittal Florange
Le site des Grands Bureaux de Florange, en Moselle, rassemble les services supports du groupe sidérurgique ArcelorMittal.

Deux messages affichés en lettres majuscules aux fenêtres du site des Grands Bureaux, à Florange (Moselle), donnent une idée de l’état d’esprit des salariés d’ArcelorMittal, alors qu’un nouveau round de négociations sociales vient de se clôturer le 16 mai 2025, à Paris. Le premier message – «OMP sacrifié» – évoque la délocalisation probable de ce service de 25 personnes en charge des entrées de commandes (Order Management Platform), à Gand, en Belgique. Le second – «SC -21» – plus énigmatique, fait référence aux 21 suppressions de postes prévues au sein du département Supply Chain.

Message Arcelor FlorangePhilippe Bohlinger
Message Arcelor Florange Message Arcelor Florange

En Lorraine, dans la vallée de la Fensch, où le géant de l’acier emploie encore près de 2000 salariés, ce sont les services supports qui payeront le plus lourd tribut au plan de réorganisation d’ArcelorMittal France, la branche nord du groupe dans l’Hexagone. Sur les 636 suppressions de postes annoncées sur ses sept sites, 194 concernent Florange et la majorité sont ciblées vers les services Supply Chain, achats, logistique-transport ou encore ressources humaines, a-t-on appris de source syndicale. Ce chiffre reste néanmoins à nuancer. À Florange, le plan social en cours de discussion devrait se traduire par 113 suppressions nettes d’emplois, en tenant compte des postes non pourvus, de l’arrêt de contrats d’intérimaires et de quelques départs à la retraite.

Les prestataires externes, eux aussi, touchés

En CDI depuis huit mois seulement, Fanny, 51 ans, craint de faire partie de cette vague de licenciements. Son amertume est d’autant plus grande «qu’ArcelorMittal est venue me débaucher chez Ascométal», à Hagondange (Moselle), à une dizaine de kilomètres. «J’ai pensé saisir une opportunité de terminer ma carrière sereinement, au sein d’un grand groupe», souligne cette manageuse des services clients, échaudée à l’époque par le rachat d’Ascométal par le fonds britannique Greybull.  Or dès son arrivée, en septembre 2024, à Florange, certains signaux l’ont alertée «comme de premières mesures de chômage partiel». Fanny continue de «faire le travail», évoque «une équipe soudée», mais s’interroge : «Est-ce que la qualité sera au rendez-vous, avec un service clients délocalisé en Pologne?»

Un autre salarié, sous couvert d’anonymat, est plus direct. Il résume la stratégie du groupe sidérurgique par un claquement de doigt. Selon lui, «tant que l’argent rentre, le groupe exploite les outils industriels à fond, sans investir un centime. Lorsqu’il n’y a plus d’argent, il dégraisse la masse salariale».  À noter, néanmoins, que le groupe a investi, ces dernières années, 89 millions d’euros, à Florange, dans une deuxième ligne de galvanisation, inaugurée en 2021.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Au petit matin, à l’heure d’embaucher, on croise de nombreux prestataires externes, sur le parking des Grands Bureaux. «Dans les services supports, il faut compter un consultant pour un salarié ArcelorMittal. C’est une réalité dont on parle peu», regrette l’un d’entre eux. Cet expert technique de 58 ans est en recherche d’emploi depuis un mois, «comme la majorité de mes collègues», explique-t-il. Son activité pour le premier producteur d’acier français s’arrêtera, fin mai 2025, faute de contrats. Une pilule difficile à avaler, même s’il reconnaît s’y attendre depuis le début de l’année.

Ne pas être le premier sidérurgiste à tomber en europe

L’un de ses collègues, salarié en CDI depuis une vingtaine d’années, compare le plan de réorganisation d’ArcelorMittal France, une entité de 7000 salariés, «à un mal nécessaire», dans un contexte où «il faut s’adapter» et «prier pour ne pas être le premier à tomber en Europe», en référence à l’aciériste ThyssenKrupp qui prévoit de se séparer de 11000 postes en Allemagne. Il réagit à l’annonce d’un investissement de 1,2 milliard d’euros d’ArcelorMittal dans la construction d’un four à arc électrique à Dunkerque (Nord), intervenue, jeudi 15 mai 2025 : «Il faut décarboner pour l’avenir de la sidérurgie et celui de la planète. Mais cela signifie, en contrepartie, enlever des usines et en reconstruire d’autres».

Les salariés rencontrés à Florange sont partagés face à cette annonce. Certains ont le sentiment d’un «coup de com’», d’autres y voient une nouvelle «rassurante» pour l’avenir de leur site où sont laminés les demi-produits nordistes. À la suite de cette annonce, la CFDT, majoritaire à Florange, a renoncé à aller manifester, mercredi 21 mai 2025, devant le siège d’ArcelorMittal pour l’Europe, à Luxembourg (capitale du Luxembourg). Julien Walterspieler, délégué syndical central CFDT, veut se réjouir de la relance de ce projet de four électrique, inscrit dans le plan de décarbonation du groupe, tout en affirmant sa détermination «à se battre contre la suppression de 636 postes». De son côté, la CGT interroge : «s’agit-il d’une véritable confirmation d’intention ou simplement d’une opération de communication» ?

Quoi qu’il en soit, l’ambiance a radicalement changé en l’espace d’un an, à Florange. Et l’époque où le sidérurgiste se félicitait d’avoir fabriqué, en Moselle, les 2000 torches en acier du relais de la flamme olympique semblent désormais lointaines…

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs