L’annonce de la potentielle ouverture d'une mine en France a fait grand bruit. Quand Imerys, un groupe français spécialiste des minéraux de spécialités pour l’industrie jusqu’alors connu des seuls initiés (malgré un chiffre d’affaires de près de 4,3 milliards d’euros en 2022), a dévoilé son projet de mine de lithium, en octobre 2022, la petite bourgade d’Echassières, ses 400 habitants, son église, son centre socioculturel et son Ehpad, se sont d’un coup retrouvés au centre de l’attention. En quelques jours, le plan – qui prévoit un investissement d’un milliard d’euro répartis entre la mine souterraine censée ouvrir en 2028, une zone de chargement et une usine de conversion dans une ville de la région – a accumulé les soutiens politiques locaux et nationaux, chacun le présentant comme parangon d’une nouvelle réindustrialisation, où emplois ruraux, transition écologique et autonomie stratégique iraient ensemble.
Une annonce attendue depuis 40 ans
Assis devant un café matinal, aux côtés de quelques amis, Daniel Picandet se remémore l’annonce avec davantage de flegme. «En réalité, nous n’avons pas été surpris : cela fait plus de 40 ans que l’on sait qu’il y a du lithium à Echassières», rappelle ce septuagénaire retraité de l’industrie pétrolière. Certes, la mine est une «bonne nouvelle», mais du point de vue des habitants, elle a surtout tardé, pointe-t-il en soulignant qu'en 1979 déjà, le secrétaire d’Etat Haroun Tazieff avait visité le village pour inaugurer un programme d’exploration du sous-sol français. Le politicien avait alors mentionné le lithium, un métal blanc et léger, un temps utilisé dans les alliages, les lubrifiants et le polissage, mais dont la première destination est aujourd'hui les batteries de voitures électriques. Les besoins pourraient être multipliés par 40 d'ici 2040, selon l'Agence internationale de l'énergie.
photo Pascal Guittet Dans le café du village, le projet de mine de lithium est vu positivement. Même si tout le monde attend les détails (crédits photo : Nathan Mann)
«La ville a un fort passé minier, et a exploité jusqu’en 1962 du wolfram pour produire du tungstène, un métal utilisé dans les filaments d’ampoules et les outils de coupe», confirme Jean-Christophe Thenot, l’animateur du petit musée minéralogique Wolframines. Au sein de l’institution locale, située à deux minutes de la carrière de kaolin d’Imerys, sous laquelle devrait être construite la mine, une multitude de pancartes et d’échantillons brillants rappellent que l’extraction minière est «dans l’ADN» de la région, explique le minéralogiste. Pour preuve : les vidéos, exhumées récemment par l’Institut National des Archives (INA), où des manifestants exhortent, pancartes à la main, à produire du lithium sur site dans les années 1980. Aujourd’hui encore, malgré l’automatisation, la mine de lithium représenterait 350 emplois directs sur site, estime Imerys.

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De quoi favoriser l’acceptabilité de la mine ? Sans doute, juge Jean-Christophe Thenot, avant d’ajouter un bémol : l’époque a changé. «Une carrière de kaolin, qui fait partie du décor, dont les désagréments sont maîtrisés et acceptés, c’est une chose. Mais une mine de lithium suscite des inquiétudes», estime l'homme, qui a noté l'augmentation de la fréquentation de son petit musée après l’annonce d’Imerys. Les visiteurs souhaitent voir à quoi ressemble le minerai de lithium, mais aussi poser des questions sur les risques.
La majorité du village favorable... avec des précautions
«80% du village est favorable au projet, mais tout le monde a des interrogations», note, pour sa part, un des commerçants du village. «La population est très ouverte au projet car il y a des aspects positifs économiquement : l'accueil de nouvelles familles dynamiserait nos écoles et nos commerces», abonde le maire d’Echassières, Frédéric Dalaigre. «Mais nous sommes dans l’attente d’informations d’Imerys sur les modalités du projet et nous y serons très vigilants».
photo Pascal Guittet Exploité depuis plus d'un siècle dans la région, le kaolin fait désormais partie du paysage (crédits photo : Pascal Guittet)
«Les inquiétudes portent d'abord sur la ressource en eau», pointe l'édile. La mine pourrait en consommer d'importantes quantités, et même le passé minier de la bourgade devient un indicateur des risques de pression sur la ressource. «De nombreuses anciennes carrières de kaolin sont aujourd’hui sujettes aux sécheresses», note Jean-Christophe Thenot.
Cinq réunions publiques et une consultation à venir
Face aux inquiétudes, des oppositions locales se construisent, notamment via le collectif Stopmine03 et l’association Préservons la forêt des Colettes. «J’ai participé à deux réunions publiques, mais il n’y a aucune réponse aux questions des gens», fustige Patricia Laederich, la porte-parole de l’association Préservons la forêt des Colettes, qui habite un village voisin. Les cinq réunions publiques organisées dans les villages aux alentours devant quelque 800 participants ont été tendues, reconnaît Daniela Liebetegger, directrice du développement durable et des relations avec les parties prenantes pour le projet d'Imerys. «Mais dans ce type de réunions, ceux qui parlent sont ceux qui sont contre», tempère l’Autrichienne, qui a travaillé 20 ans dans la RSE, la gestion de conflits et le devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement, y compris en République Démocratique du Congo et en Centrafrique.
Pour tenter de désamorcer les conflits, cette experte organise désormais l’information du public sur le projet - via des sessions d’information, des brochures, un site internet et des visites pour les opposants - et met en avant les normes sociales et environnementales élevées en France ainsi que le standard minier Irma. Une certification minière jugée exigeante, qu’Imerys prévoit de suivre à Echassières… Le groupe minier doit bientôt initier un processus de consultation dans le cadre de la Commission nationale du débat public (CNDP), obligatoire pour ce genre de projet.
«Les normes seront peut-être plus sévères qu’ailleurs, mais les impacts seront toujours là et ce n’est pas une exploitation en France qui fera fermer les mines à l’étranger», répond Patricia Laederich, qui dit ne «pas voir comment» elle pourrait être convaincue alors qu’«une mine propre n’existe nulle part dans le monde». Un crainte que le projet d’Imerys, encore en cours de conception, doit s’attacher à apaiser.



