Il faudra attendre un peu pour savoir si le recentrage d’Imerys sur les minéraux de spécialité à forte croissance, notamment pour la transition énergétique, fonctionne. Après avoir beaucoup fait parler de lui l’année dernière, en annonçant deux potentiels projets d’extraction de lithium, dans l’Allier en France et en Cornouailles en Grande-Bretagne, le groupe français Imerys a présenté jeudi 16 février, de bons résultats 2022. Le champion intégré des solutions minérales de spécialités – une trentaine de produits dont le talc, le noir de carbone, la diatomite, le kaolin, le carbonate de calcium et le mica, qui servent à doper les performances de tout un tas d’industrie – affiche un chiffre d’affaires proche des 4,3 milliards d’euros, en hausse de 12,5% en croissance à périmètre constant. Son résultat courant net sur les activités qu'il conserve est lui en forte croissance (+22,4%), à 284 millions d'euros. Le résultat net, part du groupe est lui en légère baisse (-1,3%) à 237 millions d’euros en raison d'une dépréciation provisionnelle de la branche papier qu'Imerys doit céder en 2023.
Cession du papier et des minéraux de haute performance
Imerys met en avant sa performance dans un contexte très inflationniste qui, couplé à de gros déstockages et une faiblesse de l’activité industrielle et de construction en fin d’année 2022, a conduit à une baisse du volume de ses ventes de plus de 5%. Pour faire face à l’inflation, «Imerys a poursuivi sa politique de prix au dernier semestre, avec une hausse des prix moyenne de 18,3% par rapport à l’année précédente», a expliqué à la presse le directeur financier du groupe, Sébastien Rouge. Le groupe minier vante son nouveau portefeuille de solutions innovantes, recentré autour de la mobilité verte, de la construction durable et des solutions naturelles pour les biens de consommation, qui doit lui apporter par la suite 3 à 5% par an de croissance organique entre 2023 et 2025.
Il faut dire qu'au-delà des soubresauts des marchés, l’année 2022 a surtout été celle d’un important recentrage pour le groupe, se traduisant par la vente de sa division haute température (HTS) – des solutions réfractaires pour les fours industriels, où l'on retrouve la mullite et l'andalousite –, qui a été finalisée fin janvier 2023. Cette activité, qui représente 36 sites industriels dans 16 pays pour un peu moins d'un quart du chiffre d’affaires d’Imerys, a été vendue pour 930 millions d’euros. De quoi permettre au groupe de proposer un important dividende (3,85 euros), afin de reverser aux actionnaires 200 millions d'euros sur le produit de cette vente, explique Sébastien Rouge.
En 2022, Imerys a aussi annoncé être entré en négociations exclusives avec le fonds Syntagma Capital pour vendre ses activités kaolin et carbonate de calcium à destination du papier, qui représentent 24 sites industriels pour 8% du chiffre d’affaires d’Imerys. L'opération devrait avoir lieu en 2023.

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Réinvestissement dans les batteries
Ces cessions doivent permettre au groupe de se tourner davantage vers les minéraux de spécialité à forte croissance. Imerys affiche ainsi d’importantes dépenses d’investissement (406 millions, en hausse de 70 millions en glissement annuel) en 2022, et prévoit de continuer à réinvestir au fil de l'eau, par acquisitions ou extensions. «Nous avons accéléré nos projets d’investissements stratégiques, en particulier vers les batteries lithium-ion», a expliqué Sébastien Rouge en listant l’ouverture d’une nouvelle ligne de production de noir de carbone en Belgique, la progression de l’extension d’une usine de graphite synthétique en Suisse, ou la construction d’un site dédié aux matériaux pour alléger les véhicules en Chine.
Surtout, Imerys a profité de l’année pour présenter d’importants projets dans le lithium, un métal léger que le groupe minier a retrouvé près de deux de ses carrières de kaolin, dans l’Allier en France et en Cornouailles en Grande-Bretagne, mais qu’il n'exploite pas pour l’instant. Dans l'Hexagone, Imerys assure avoir confirmation de la quantité et de la qualité du dépôt identifié, et doit maintenant passer à l’échelle industrielle pour préparer sa mine ainsi qu’un procédé d’extraction à l’échelle industrielle (et non plus du laboratoire). En Cornouailles, le groupe doit encore avancer sur la caractérisation du gisement, et recherche des acteurs miniers ayant de l’expérience sur le sujet pour commencer l’exploitation en commun. Des projets encore lointains et sur lesquels le groupe, géant sur ses marchés historiques, fera face à une forte concurrence.



