Stellantis accélère dans le logiciel. Mardi 7 décembre, le constructeur franco-italien a dévoilé sa stratégie pour ne pas rater l’autre révolution en cours dans le secteur automobile : celle des voitures connectées. Le constructeur a annoncé une ribambelle de nouveaux services, grâce auxquels il espère faire exploser ses ventes dans le software.
L’entreprise espère que ces activités généreront 4 milliards d’euros de revenus à l’horizon 2026 puis 20 milliards d’euros en 2030. En 2021, le logiciel ne devrait peser que 400 millions d'euros dans le chiffre d'affaires du groupe. Autrement dit, Stellantis souhaite multiplier par dix ses ventes dans ce domaine en seulement cinq ans. Un plan ambitieux qui illustre à nouveau la transformation des constructeurs automobiles en entreprises technologiques. En juillet, Stellantis avait présenté un plan d’investissement de 30 milliards d’euros dans le logiciel et l’électrification.
Trois nouvelles plateformes technologiques
À partir de 2024, le groupe compte déployer trois nouvelles plateformes technologiques : STLA Brain, STLA SmartCockpit et STLA AutoDrive. Ces trois plateformes seront « alimentées par l’intelligence artificielle » et « seront déployées à grande échelle », précise Stellantis dans un communiqué. L’entreprise promet des services innovants et personnalisés à ses clients.

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La plateforme STLA AutoDrive, développée en partenariat avec BMW, pourra gérer par exemple des situations en conduite autonome de niveau 2 et 3. Stellantis évoque également des applications d’assistance vocale et de e-commerce dans la plateforme STLA SmartCockpit, qui sera développée avec Foxconn. Resserrant leur collaboration, les deux partenaires ont aussi annoncé qu'ils développeraient une nouvelle famille de semi-conducteurs.
« Le logiciel est une expertise essentielle que nous sommes en train de développer à pleine vitesse. Il est hors de question de le sous-traiter totalement à quelqu'un d'autre. En revanche, nous ne pensons pas que tout faire nous-mêmes soit la bonne solution », a commenté Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, lors d'une présentation aux analystes financiers.
12 millions de « voitures connectées monétisables »
Dans la lignée de Tesla, Stellantis compte proposer des mises à jour à distance à ses clients (ou mises à jour OTA pour « over the air »). L'entreprise donne l'exemple de mises à jour pour augmenter la performance de voitures Alfa Romeo. « Ces mises à jour OTA réduisent considérablement les coûts tant pour les clients que pour Stellantis », argumente le constructeur automobile. « Stellantis va proposer au moins une mise à jour trimestrielle, d’ici à 2026 », ajoute-t-il.
Ces mises à jour seront-elles payantes et nécessaires pour pouvoir continuer à rouler ? L’entreprise ne donne pas plus de détails sur ce point, mais elle indique qu'elles permettront de soutenir « les valeurs résiduelles des véhicules ». À partir de 2024, la majorité des nouveaux véhicules de Stellantis pourra être mise à jour à distance.
Stellantis pourra s’appuyer sur un gigantesque réservoir de valeur. Le groupe compte déjà 12 millions de « voitures connectées monétisables » à travers le monde. Ce nombre devrait plus que doubler pour atteindre 26 millions de véhicules d’ici à 2026 puis 34 millions d’unités en 2030. « La période monétisable correspond aux cinq premières années de vie du véhicule », précise Stellantis dans un communiqué.
Au-delà des mises à jour OTA, Stellantis souhaite proposer des abonnements personnalisés à ses clients. L'entreprise prépare notamment le lancement d'un programme d'assurance basé sur l'usage en 2022. Ce service doit s'appuyer sur les données recueillies à bord des véhicules et il devrait être déployé dans un premier temps en Europe et en Amérique du Nord.
Des gains d'efficacité côté production
Sur le volet industriel, Stellantis décrit une nouvelle architecture électronique centralisée sur STLA Brain. « Il s’agit d’une architecture [...] qui relie les unités de commande électroniques du véhicule à l’ordinateur central haute performance de la voiture via un bus de données à haut débit », détaille le constructeur.
Une évolution pas si anodine… Actuellement, les équipementiers automobiles vendent souvent des fonctions aux constructeurs automobiles avec le hardware et le logiciel associés. Une architecture plus centrale permettrait aux constructeurs d’acheter simplement le hardware tandis que le logiciel serait développé en interne ou à l’aide de nouveaux entrants comme Google. « Nous tirerons profit de la puissance et de l’agilité apportées par le découplage des cycles hardware et software », assure Carlos Tavares, directeur général de Stellantis. Cette évolution permettra par exemple aux développeurs de Stellantis de proposer une mise à jour sans attendre l’arrivée de nouveaux matériels hardware.
4 500 ingénieurs en logiciel
Côté emploi, Stellantis estime qu’il pourra s’appuyer sur 4 500 ingénieurs en logiciel d’ici à 2024 à travers le monde. « Nous voulons nous approprier une plus grande partie de la chaîne de valeur des logiciels », a déclaré Yves Bonnefont, directeur du logiciel chez Stellantis.
Pour relever ce défi, Stellantis devra aussi peser dans la guerre des talents. Les industriels du secteur automobile doivent disputer des compétences pointues à des géants technologiques très attractifs pour les développeurs. « Nous recevons un nombre important de CV, rassure Carlos Tavares. Les gens comprennent que cette entreprise s'oriente vers la technologie. » Stellantis prévoit aussi de créer « une académie software et data » pour reconvertir plus de 1 000 ingénieurs internes. En France, les syndicats s’inquiètent régulièrement de voir le groupe délocaliser ses capacités de R&D vers des pays où le coût du travail est moins élevé.
Un plan stratégique attendu en mars 2022
Si Stellantis prévoit de construire de plus en plus de véhicules connectés, Carlos Tavares se garde bien d’anticiper l’évolution de la production à l’ère de la mobilité connectée. « Ce que nous faisons sur le logiciel va nous permettre d'augmenter notre part de marché. Comment va évoluer le marché dans son ensemble ? C'est une question sur laquelle je ne veux pas spéculer », a développé le dirigeant.
Dans le secteur, certains industriels estiment que la demande dans les pays émergents va continuer de croître et permettra de soutenir la production automobile. Certaines marques de Stellantis comme Citroën se positionnent déjà sur ces marchés. Le constructeur pourrait également tenter une nouvelle percée en Chine. Le groupe franco-italien reste peu présent sur ce marché gigantesque mais il a indiqué qu'il donnerait plus de détails sur ce point à la présentation de son plan stratégique. Carlos Tavares a enfin donné une date pour ce rendez-vous très attendu chez les syndicats : le 1er mars 2022.



