Reportage

A Cléon, Renault veut tripler sa production de moteurs électriques

Pour augmenter sa production de voitures électriques, Renault mise beaucoup sur son usine de Cléon (Seine-Maritime). Le site normand a inauguré une nouvelle ligne de production et compte tripler sa production de moteurs électriques à l'horizon 2024, produits notamment pour la Megane et la future R5 électrique.

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Le moteur ePT-160kW équipe la nouvelle Mégane électrique de Renault.

Les machines déroulent des mètres et des mètres de bobines de cuivre. Plus loin, des salariés manipulent des cartes électroniques avec des vêtements anti-électrostatiques. L’usine Renault de Cléon (Seine-Maritime) embrasse la transition électrique, après 60 ans d’activité dans le moteur thermique. Mardi 5 juillet, le constructeur automobile a inauguré une ligne de production dédiée au moteur ePT-160kW, qui équipe déjà la nouvelle Mégane électrique, fabriquée dans la région voisine des Hauts-de-France. Il en a profité pour fixer un objectif ambitieux au site normand : tripler sa production annuelle de moteurs électriques pour atteindre 500 000 unités à partir de 2024.

En 2024, Cléon doit aussi démarrer l’assemblage du 6AK, le moteur qui équipera la très attendue R5 électrique. Autant dire que l’usine va jouer un rôle fondamental dans le plan de bataille de Renault pour localiser au maximum sa production de voitures électriques en France.

Trouver des ponts entre le thermique et l’électrique

« Nous voulons capter 80% de la chaîne de valeur de la voiture électrique », a rappellé Jose Vicente de los Mozos, directeur industriel du groupe Renault, dans l’amphithéâtre de l’usine. La montée en cadence des moteurs électriques est d’autant plus importante que le site aux 3228 salariés a vu ses volumes fondre dans le thermique. En 2021, Cléon assemblait près de 337 000 moteurs thermiques contre 687 000 en 2018. Après 2030, le site pourrait basculer intégralement sur les organes électriques.

Renault Cléon - moteur électrique ePT-160kW - juillet 2022 - Bobine du stator en fil de cuivre. L'axe central reçoit le rotor.Hervé Boutet
Renault Cléon - moteur électrique ePT-160kW - juillet 2022 - Bobine du stator en fil de cuivre. L'axe central reçoit le rotor. Renault Cléon - moteur électrique ePT-160kW - juillet 2022 - Bobine du stator en fil de cuivre. L'axe central reçoit le rotor. (Hervé Boutet/Hervé Boutet)

Renault a misé sur une technologie de moteur synchrone à rotor bobiné pour ses véhicules électriques, une solution qui présente l'avantage de se passer d'aimants permanents - donc de terres rares - sur cette partie précise de la voiture. Crédit : Hervé Boutet

Si la transition électrique génère de nombreuses difficultés chez les acteurs de l’automobile, Renault veut aussi tirer profit de son expérience passée. « Nous avons arrêté récemment la production de deux moteurs thermiques. Notre travail consiste à démonter les lignes d’usinage de ces moteurs et à réutiliser ces actifs pour faire les carters de moteur électrique », explique le directeur de l’usine de Cléon, Thomas Denis. « Il y a des corps de métier qu’on retrouve à la fois sur les moteurs électriques et thermiques. Il y a de la fonderie, de l’usinage, de la pignonnerie… », développe-t-il.

Un bobinage minutieux du cuivre

En ces temps d’inflation, l’usine de Cléon abrite un trésor. Au pied des machines, des quantités massives de fil de cuivre attendent au pied des bobineuses. Sur le moteur électrique d’une Renault Zoe, la pièce du stator contient à elle seule 8 kilos de cuivre. « Lorsque du courant passe dans du cuivre, c’est comme un cœur. Il respire », poétise Julien Real, chef de l’atelier de l’ePT-160kW. Après avoir enroulé le fil de cuivre en bobines, les machines les insèrent dans les encoches du stator. « C’est une opération très minutieuse. Nous devons nous assurer de ne pas dégrader le cuivre pour éviter le risque de court-circuit », souligne Julien Real.

Bobinage du stator en fil de cuivre.Hervé Boutet
Bobinage du stator en fil de cuivre. Bobinage du stator en fil de cuivre. (Hervé Boutet/Hervé Boutet)

Le bobinage fait partie des étapes automatisées sur la ligne de production des moteurs électriques. Crédit : Hervé Boutet

Sur la nouvelle ligne de production, le taux d’automatisation s’élève entre 60 et 70%, contre 30% pour l’assemblage d’un moteur thermique. Depuis 2018, Renault a investi 620 millions d’euros pour moderniser les lignes de Cléon. « À chaque fois que nous réalisons un moteur ou une opération, nous enregistrons les caractéristiques du process. Cela peut être une tension de fil, une position de robot, un couple de vissage. Nos ingénieurs en big data peuvent ensuite étudier les pièces non conformes pour trouver un point commun. Cela permet de régler la machine pour diminuer les niveaux de rebuts », explique le directeur de l’usine.

L’inévitable question de l’emploi

« Rien ne remplace l’humain », tempère Julien Real. Sur la ligne finale de l’assemblage, un opérateur utilise un préhenseur pour positionner le réducteur sur le reste du moteur électrique. Pour accompagner la transition électrique du site, Renault a annoncé 100 nouvelles embauches pour 2022. Le constructeur mise aussi sur des programmes de formation interne grâce à son expérience sur la Renault Zoe.

Renault Cléon - ligne de montage final du moteur ePT-160kW Hervé Boutet
Renault Cléon - ligne de montage final du moteur ePT-160kW Renault Cléon - ligne de montage final du moteur ePT-160kW (Hervé Boutet/Hervé Boutet)

Renault a formé plus de 2 600 collaborateurs en 2021 dans le cadre de son projet ReKnow University. Crédit : Hervé Boutet

L’abandon du thermique soulève tout de même inévitablement la question de l’emploi. Fin juin, le syndicat CGT dénonçait un plan d’embauches insuffisant sur le site de Cléon. « Nous avons perdu 450 emplois en CDI en deux ans, d’autres départs sont prévus », alertait le syndicat dans un tract. « C’est vrai, un moteur électrique nécessite moins de personnel qu’un moteur thermique. Mais il faut regarder la globalité », a argumenté de son côté Jose Vicente de los Mozos, en mentionnant les besoins sur la batterie et l’électronique de puissance. Le directeur industriel de Renault devra prouver dans le temps la montée en puissance de son écosystème français.

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