Les pourparlers ne font que commencer. Après avoir engagé les hostilités en lançant à l'automne 2023 une enquête de neufs mois sur les subventions reçues par les constructeurs de véhicules électriques chinois, l'Union européenne (UE) doit imposer d'ici à novembre des droits de douane définitifs aux véhicules électriques en provenance de Chine, pour cause de non-respect de la concurrence.
Début juillet, la Commission a publié son «règlement d’exécution». Un document de 208 pages dans lequel l'exécutif européen revient sur les raisons qui l'ont poussé à ouvrir cette gigantesque enquête et, surtout, détaille le montant des droits compensateurs provisoires appliqués : en plus de 10% déjà en vigueur, une surtaxe de 17,4% pour BYD, de 19,9% pour Geely et jusqu'à 37,6% pour SAIC. Pour les autres sociétés, y compris les marques occidentales qui travaillent en Chine, la barre est fixée à 20,8% ou 37,6%, selon «l’attitude» des entreprises. Comprendre : ont-elles coopéré ou non avec les services de la Commission. On notera que ces droits de douane provisoires ne sont pas encore perçus par les douanes des différents États de l’UE : ils prennent la forme d’une «garantie» et ne seront payés qu’une fois les droits définitifs arrêtés.
Dès la mi-juin, la publication des «conclusions» de la Commission européenne a jeté un froid dans le secteur. Elles levaient le voile sur l’octroi de «subventions déloyales» par la Chine aux entreprises composant la «chaîne de valeur des véhicules électriques à batterie», constituant ainsi une «menace de préjudice économique pour les producteurs de véhicules électriques à batterie de l’UE». L’annonce des droits de douane provisoires trois semaines plus tard n’a pas réchauffé l’atmosphère. Mais la véritable bataille s’ouvre maintenant, à l’heure de plancher sur les tarifs dits «définitifs».

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Polypropylène - 05-1-52 Chutes PP rigides naturelsVariation en €/tonne
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
Les constructeurs allemands embarrassés
Pour les industriels vertement opposés à ces mesures, tout l’enjeu est de pousser la Commission à revoir sa copie. Concrètement, les entreprises peuvent lui faire parvenir une série de «commentaires». Outre-Rhin, le puissant lobby de l’industrie automobile, la «Verband der Automobilindustrie» (VDA), a déjà mis en garde : «Les droits de douane européens anti-subventions n'affecteraient pas seulement les constructeurs chinois, mais aussi les entreprises européennes». Pour Volkswagen, les «effets négatifs» de la décision prennent le pas sur les «avantages possibles». Le groupe est très exposé au marché chinois.
Pour tenter d’apaiser les esprits, notamment vis-à-vis des constructeurs occidentaux, l’exécutif européen pourrait tailler des droits sur mesure – et donc moins élevés – pour certains modèles construits en Chine, comme la Mini électrique de BMW ou la Cupra Tavascan de Volkswagen. Mais rien n’est officiel à ce stade.
Douze États seulement dans le camp du «pour»
Un vote officieux sur les droits provisoires a été soumis mi-juillet aux États de l’UE. De sources concordantes, les Vingt-Sept sont loin d’avoir unanimement salué l’initiative de la Commission, puisque quatre pays auraient voté contre, et onze se seraient abstenus. En d’autres termes, l'institution ne pourrait compter sur le soutien que d’une douzaine de pays de l’UE – dont la France.
La menace de représailles chinoises
Au sein de l’institution bruxelloise, le porte-parole responsable de cet épineux dossier, Olof Gill, souligne que «la Commission prend acte et prend en compte l'issue de cette consultation», qui, il tient à le rappeler, «n’est pas juridiquement contraignante». Et de promettre : «Les Etats auront l’occasion de se prononcer sur toute proposition que fera la Commission quant à la transformation de ces droits provisoires en droits définitifs avant la date de fin de l’enquête fixée au 2 novembre.» Et entre-temps ? «L’UE poursuit ses consultations avec la Chine dans une tentative d’arriver à une solution qui trouve grâce aux yeux des deux parties». Le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis, a confirmé que les pourparlers entre Bruxelles et Pékin vont bon train.
Mais la Commission le sait : si elle frappe trop fort, la Chine n’hésitera pas à répliquer à coup de mesures de rétorsion aux conséquences néfastes pour l’économie européenne. La République populaire a d’ores et déjà annoncé l’ouverture d'une enquête antidumping sur les importations de porc en provenance du Vieux continent. Une autre ayant trait, entre autres, au cognac, a été lancée. Les négociations devraient s'intensifier à la sortie de l'été.



