Les nouvelles mesures annoncées par Olivier Véran le 23 septembre en vue de lutter contre la propagation du Covid-19 ont sonné le glas de l'édition 2020 du salon CFIA de Rennes (Ille-et-Vilaine), le rendez-vous du secteur agroalimentaire qui devait se tenir fin septembre. Ses organisateurs ont préféré l'annuler, le ministre de la Santé ayant annoncé que les onze métropoles placées en "zone d'alerte renforcée" (Bordeaux, Grenoble, Lille, Lyon, Montpellier, Nice, Paris et petite couronne, Rennes, Rouen, Saint-Etienne, Toulouse) verraient la jauge de leurs grands évènements passer de 5 000 à 1 000 personnes dès le samedi 26 septembre.
Dès lors, que faire ? En attendant un allégement des interdictions de rassemblement, organisateurs d’événements et entreprises ont mis le digital à profit pour s’adapter à la situation.
Webinaires, réalité virtuelle, discussions instantanées, ces nouvelles pratiques ont été mises en place dans l’urgence pour poursuivre les rencontres avec les clients et les prospects et les présentations de nouveautés. Voici quatre exemples de rassemblements virtuels qui perdureront peut-être au-delà de la crise.
Le webinaire pour présenter ses nouveautés
Grand-messe de l’industrie française, le salon Global Industrie n’a pas échappé au coronavirus. Pour permettre à ses exposants d’y être présents malgré la pandémie, les organisateurs ont mis sur pied Global Industrie Connect : quatre jours de webinaires thématiques, hébergés sur une plate-forme développée pour l’occasion et accessible gratuitement, sur inscription. "Nous avons exploité nos bases de données pour orienter les visiteurs vers les intervenants qui leur correspondaient le plus, explique Sébastien Gillet, le directeur de l’événement. Mais nous ne souhaitions pas faire un salon virtuel. Nous voulions donner à nos exposants les moyens de faire connaître leurs innovations pour relancer leur activité." Ainsi, 45 sessions de webinaires ont été organisées, lors desquelles 320 intervenants se sont succédé, par tranches de cinq minutes. Un format court qui a montré ses limites, ne permettant pas toujours de montrer les machines ou les innovations. "On ne remplace pas un salon, reconnaît Sébastien Gillet. Pour acheter une machine, vous avez besoin de la voir réellement. »
Pour aller plus loin: Les spectateurs des webinaires pouvaient poser leurs questions grâce à une messagerie intégrée à la plate-forme ou demander un rendez-vous numérique avec l’intervenant de leur choix.
La réalité virtuelle pour discuter malgré tout
Si un salon devait avoir son équivalent en réalité virtuelle (VR), c’est bien lui. Lors de son édition 2020, le rendez-vous spécialisé Laval Virtual (Mayenne) a utilisé la plate-forme américaine Virbela pour créer le Laval virtual world. Cet espace d’exposition numérique est presque identique au salon initial, qui a accueilli plus de 11 000 visiteurs en trois jours. Représentés par un avatar sur mesure, ces derniers ont pu suivre les présentations de nouveautés et rencontrer leurs clients et prospects. "Ce salon numérique nous a permis d’ouvrir Laval Virtual à l’international, se félicite Laurent Chrétien, son directeur général. Nous avons doublé le nombre de visiteurs étrangers, avec 110 pays représentés cette année. » Forts de cette expérience, les organisateurs ont d’ailleurs fait de cet événement isolé une nouvelle offre commerciale. "Nous avons créé un nouvel espace virtuel d’exposition, explique le directeur général. Les entreprises peuvent organiser leurs événements dans ce lieu, qui comporte un auditorium, un théâtre, des centaines de salles de réunion et de stands…" Et qui est déjà complet, jusqu’à la fin de l’année.
Pour aller plus loin: Le salon virtuel était équipé de salles de rencontre où les entreprises pouvaient faire des démonstrations de leurs produits.
La réalité augmentée pour montrer ses produits
Las de l’annulation de plusieurs événements, le fabricant d’ordinateurs portables robustes Getac a décidé de mettre en place sa propre plate-forme d’exposition numérique. "Nos produits sont exposés dans une salle virtuelle en 3D, décrit Jennifer Plouvier-Leupers, la directrice marketing Europe du groupe. Les visiteurs peuvent s’approcher des objets, lire de la documentation ou demander un tête-à-tête avec un conseiller." Clou du spectacle, l’entreprise a développé une application de réalité augmentée pour que les prospects visualisent leur futur ordinateur… sur leur bureau ! "C’est un élément amusant qui permet de voir le produit en situation", souligne la directrice marketing. Pour l’instant limitée aux produits pour le secteur de la défense, la plate-forme donne à voir les ordinateurs Getac dans leur environnement naturel : hélicoptère, bateau… "Nous allons l’ouvrir à tous nos produits, comme ceux destinés à la logistique et à la production, avance-t-elle. Nous sommes convaincus que nous pourrons toucher davantage de monde en utilisant cet outil en complément des salons."
Pour aller plus loin: En plus du rendez-vous en tête-à-tête avec un expert, la marque développe un outil de conversation instantanée pour des échanges informels.
Le jumeau numérique pour faire visiter comme en réel
Si les visites d’usine sont interdites, pourquoi ne pas faire visiter un jumeau numérique ? C’est l’option choisie par Siemens pour faire découvrir l’Additive manufacturing experience center (Amec), un atelier de fabrication additive ouvert en 2018 sur son site d’Erlangen (Allemagne). En mars, l’entreprise a fait visiter son usine virtuelle à ses clients et partenaires. Ces derniers ont pu, comme lors d’une immersion réelle, suivre la chaîne de production étape par étape, de la conception d’une pièce jusqu’à sa production numérique. À côté des machines, les experts se sont succédé pour expliquer leur fonctionnement, le choix des paramètres et les propriétés des matériaux employés. Avantage du numérique sur le réel : les visiteurs ont pu assister à la fabrication d’un moule destiné à une pièce de voiture de Formule 1 en quelques minutes. Contre plusieurs heures pour le procédé réel.
Pour aller plus loin : Siemens propose une visite individuelle, en compagnie d’un expert, de la version numérique de l’Amec.
L’avenir est dans l’hybride
Si plusieurs événements sont passés au tout-digital pendant la période du Covid-19, l’avenir devrait faire la part belle à l’hybridation entre le numérique et le réel. « Le digital a fait office de substitution, estime Olivier Cadi, le directeur général de l’entreprise d’événementiel Corp Agency. La crise devrait accélérer la transformation de notre secteur et les organisateurs vont se tourner vers l’hybride pour toucher un public nouveau, qui ne se déplace pas. » Une théorie qui semble se vérifier, tant par la nouvelle édition de Global Industrie Connect, prévue à l’automne, que par la nouvelle offre de Laval Virtual.



