A quoi servira la robotique agricole ? Surveillance et intervention dans les élevages, semis, récolte et lutte contre les mauvaises herbes… À regarder les divers robots présentés lors de l’édition 2020 du Fira – le forum international de la robotique agricole initié par la pépite française Naïo Technologies en 2016, qui s’est tenu en ligne du 8 au 10 décembre dernier – les automates s’attaquent à tous les champs de la production agricole. Gagnante du prix “future farming” de l’année pour sa plateforme de drones cueilleurs de fruits, la start-up israélienne Tevel Aerobotics Technologies témoigne de l’effervescence du secteur. Où se conjuguent intelligence artificielle, robotique dernier cri et énergies propres.
Parmi les stands dématérialisés pourtant, un autre thème sortait du lot : le désherbage mécanique. Une tâche fastidieuse avantageusement remplacée par les herbicides (au premier rang desquels le glyphosate), mais que l’automatisation robotique érige désormais comme alternative crédible.
Bien qu'elle ait pris du retard sur les engagements initiaux d'Emmanuel Macron, la France souhaite toujours se passer de l’herbicide inventé par Monsanto et prévoit d’en réduire l’utilisation de 50% d’ici 2022. Une opportunité pour les start-up, qui se pressent pour proposer des solutions. Alors que certaines, comme le suisse Ecorobotix, proposent pulvériser précisément les produits chimiques, d’autres sont plus radicaux et retrouvent des méthodes mécaniques.
Au Danemark, Farm Droid sème et désherbe
Surmonté d’un panneau solaire pour obtenir l’énergie nécessaire à parcourir les champs de betteraves, d'oignons, d’épinards, de colza ou d’herbes aromatiques, le robot de la start-up danoise est méthodique. Aveugle, il n’utilise pas de caméra mais se déplace par guidage GPS de haute-précision.
En se déplaçant dans les bornes d’un champ préalablement défini (en pointant les éventuels obstacles), le robot est capable d’orienter avec finesse ses 800kg pour semer des graines, et de se souvenir de l’emplacement de ses plants. Une fois le terrain connu, rien de plus simple que de refaire rapidement le même trajet pour passer avec une précision millimétrique des lames entre les rangs de plantation comme entre chaque plante. Et ainsi empêcher l’éclosion de mauvaises herbes, affirment les entrepreneurs danois, dont l’automate est déjà sur le marché.
Aux Pays-Bas, Pixelfarming Robotics compte sur l’IA
Imposant, le RobotOne des néerlandais Pixelfarming Robotics est doté de 10 bras, tous capables d’utiliser différents outils pour s’attaquer aux mauvaises herbes. Des socs les plus classiques pour venir détruire les racines à des appendices plus originaux, pour repousser les jeunes pousses indésirables sous terre, les couper ras pour ne pas abîmer la structure du sol, ou encore les pincer pour les retirer à proximité du sol.
Pour se concentrer sur les adventices, RobotOne compte sur l’intelligence artificielle. Un pari ambitieux, car pour être efficace cette méthode demande un entraînement à partir d’images étiquetées qui peut s’avérer fastidieux. En moyenne, pour reconnaître une plante et dire au robot de ne pas l’arracher, l’algorithme utilisé aura besoin de 20 000 images de la plante, et parfois bien davantage. Un travail long, que Pixelfarming cherche néanmoins à accélérer en proposant différents outils d'étiquetage simple, ainsi que de l’automatisation partielle pour permettre aux utilisateurs de configurer leur nouvel employé.
Au Canada, Nexus Robotics veut arracher les herbes “à la main”
Encore au stade de prototype, la “chèvre” développée par la jeune pousse canadienne Nexus Robotics est précise. Équipée de pinces montées sur des robots cartésiens, elle se dédie intégralement au sarclage : le fait d’arracher les plantes indésirables pour en retirer jusqu’aux racines, sans endommager le reste des cultures. Une opération précise, aidée par des algorithmes d’intelligence artificielle pour la reconnaissance d’images.
Après des premiers essais concluants sur des champs d’oignons, de laitues et de carottes à l’été, l’objectif est maintenant d’améliorer la rapidité et le design du robot, pour le commercialiser au Canada dès l’été prochain.
En France, Dino vise les légumes en planche
Avec un mètre cinquante de hauteur et plus d’une tonne à déplacer, Dino est le grand frère du petit robot Oz, qui vient lui aussi des ateliers de Naïo Technologies, près de Toulouse (Haute-Garonne).
Dédié aux cultures sur planche en plein champ, ou aux rangs de salades, poireaux, céleris, et autres betteraves bien ordonnés, il combine guidage GPS et vision caméra informée par l’intelligence artificielle pour biner et brosser précisément entre les légumes, et empêcher l'apparition de mauvaises herbes. Rapide, il peut s'occuper de 4 hectares par jours affirment ses concepteurs,
En Angleterre, Small Robot Company parie sur l’électricité
On le sait, le futur sera électrique. La start-up anglaise Small Robot Company a pris le mot d’ordre au mot. Au lieu d’user de moyens mécaniques pour se débarrasser des mauvaises herbes, le robot aux airs de pieuvre Dick… les électrocute.
Une méthode radicale, qu’il développe en famille. A ses côtés, un autre robot, Tom, arpente les champs pour les filmer avec une grande précision, avant qu’une plateforme d’intelligence artificielle, Wilma, ne vienne analyser les images. Reste ensuite à Dick à venir terminer la basse besogne.



