C’est un incroyable parcours qui attend les petites pièces de métal cylindriques. Convoyées à travers un dédale de robots par un véhicule autoguidé (AGV), elles commencent leur périple dans l’usine de Pernat SMJ, installée à Saint-Médard-en-Jalles, en périphérie de Bordeaux (Gironde), par une phase de dévracage. Grâce à leurs extrémités aimantées, des bras automatisés les extraient une à une des bacs, puis les déposent sur des rails. Après quelques roulades, les pièces brutes passent par l’étape de brochage, qui leur donne leurs cannelures typiques. À l’autre bout de la chaîne, d’autres sont chauffées par induction puis refroidies brutalement pour améliorer leur dureté et leur résistance.
Au total, onze étapes sont nécessaires pour usiner les quatre baladeurs de la nouvelle boîte de vitesses de Renault. Reliés au levier de la boîte par un système de tringlerie et placés entre chacun des six pignons – un pour chaque vitesse –, ces éléments coulissent de l’un à l’autre pour entraîner l’arbre secondaire de la boîte à chaque changement de vitesse. Des composants cruciaux… Et grâce auxquels l’usine de Saint-Médard-en-Jalles s’invente un avenir au-delà du diesel.
En 2014, lors de son rachat par Pernat Industrie, le site compte 30 collaborateurs et dépend à plus de 80 % des composants pour moteurs diesel, tombés en disgrâce en Europe. Pernat SMJ entame alors une démarche de diversification. Dès 2015, l’usine, deuxième plus importante du groupe après Pernat Émile à Marignier (Haute-Savoie), décroche des premières commandes dans les boîtes de vitesses.
Trois ans plus tard, Renault s’adresse au site pour un contrat colossal : la production de 2 millions de baladeurs par an – un volume rehaussé depuis à 2,3 millions d’unités – pour équiper sa nouvelle boîte de vitesses mécanique JT4 assemblée à Cacia (Portugal). Un projet qui requiert des investissements massifs.
Sebastien ORTOLA/REA Un AGV assure le transfert de pièces au sein de l'usine (photo : Sebastien ORTOLA/REA)
Un investissement de 12 millions d’euros
L’industrialisation des baladeurs Renault a représenté un investissement de 12 millions d’euros, supérieur au chiffre d’affaires actuel. Mais l’objectif est d’assurer la pérennité du site.
— Éric Monteil, directeur général de Pernat Industrie
La direction du groupe tient le pari. « L’industrialisation de ces baladeurs représente un investissement de 12 millions d’euros. C’est supérieur aux 10 millions de chiffre d’affaires annuel de Pernat SMJ. Mais l’objectif est bien d’assurer la pérennité du site », confirme Éric Monteil, le directeur général de Pernat Industrie. Grâce à cette enveloppe, l’usine s’est équipée de 28 machines. Parmi elles, un four à 1 million d’euros, qui lui permet d’internaliser un nouveau process de traitement thermique – une initiative soutenue par la région Nouvelle-Aquitaine à hauteur de 600 000 euros.
« Jusqu’à présent, cette activité était sous-traitée en Rhône-Alpes. Au regard des volumes de baladeurs, nous avons préféré investir et embaucher afin de maîtriser cette compétence en interne et améliorer notre compétitivité », justifie Éric Monteil. Pour faire rentrer ces nouveaux équipements, une extension de 1 000 mètres carrés est en construction. Elle est d’autant plus nécessaire qu’une vingtaine de robots sont venus grossir les rangs, en plus de l’AGV assurant le transfert de pièces.
Sebastien ORTOLA/REA Pernant SMJ a investi 1 million d'euros dans un four afin d’internaliser un nouveau process de traitement thermique (photo : Sebastien ORTOLA/REA)
En parallèle, le site a déployé le contrôle automatique de 100% des pièces dans les îlots de production. Les données obtenues sont traitées par un algorithme qui fournit ensuite des instructions de correction dynamique aux machines d’usinage. Des développements faits maison grâce à une équipe de huit personnes. Un atout de longue date chez Pernat SMJ, mais peu fréquent dans les structures de petite taille. « Ce service assure en interne l’automatisation et la robotisation de tous nos process de production. Avoir intégré ces compétences permet de maîtriser nos coûts et d’être autonomes et réactifs si des ajustements sont nécessaires », se félicite Didier Labrado, le directeur du site Pernat SMJ.
Les vertus de l’automatisation
Notre équipe de robotique interne assure l’automatisation et la robotisation de tous nos process de production.
— Didier Labrado, directeur du site Pernat SMJ
Grâce à ces efforts en matière d’automatisation et d’industrie du futur, l’usine de Saint-Médard-en-Jalles prévoit de faire exploser ses performances. Elle vise un taux de défaut inférieur à 2 pièces par million (ppm) cette année, contre 10 il y a encore cinq ans, et un taux de rendement synthétique (TRS) de 82 % en 2021, 11 points de plus qu’en 2016. En déchargeant les opérateurs des tâches pénibles et en les faisant monter en compétences – chaque salarié pilote plusieurs machines –, Pernat SMJ espère maintenir son taux d’absentéisme à moins de 2 %.
Face à la concurrence des pays à bas coût, sa direction fait aussi de l’automatisation un rempart. « Ce choix nous a permis d’abaisser le coût de la main-d’œuvre directe en production à 10 % du chiffre d’affaires, contre 8 % dans des pays comme l’Inde. En France, l’ordre de grandeur est de 15 à 18 % », reconnaît Éric Monteil. Dans le même temps, le site a recruté 17 personnes en 2020 et prévoit d’en embaucher autant cette année, portant l’effectif à 80 salariés. Les baladeurs, dont la production a débuté à l’automne 2020, permettront à l’usine de presque doubler son chiffre d’affaires cette année, à 18 millions d’euros, et réduire la part du diesel à 24 %. Preuve qu’un futur sans cette technologie reste possible pour les fournisseurs auto tricolores.



