«Pour tous les projets, on est partis d’un besoin», résume Christophe Debard, ingénieur chez Airbus à Toulouse (Haute-Garonne). L’avionneur a été sélectionné par l’Agence nationale du sport (ANS) pour développer des produits innovants à destination de différents athlètes français concourant aux Jeux paralympiques de Paris, du 28 août au 8 septembre. L’un des besoins exprimés par la fédération française handisport : «améliorer le tandem qui, d’après les retours d’expérience, n’était pas assez rigide», rapporte Christophe Debard. Il précise : «le tandem utilisé par le duo d’athlètes – un pilote valide à l’avant et une personne malvoyante ou aveugle à l’arrière – avait une structure construite sur la base d’un vélo simple, donc le vélo se tordait, créant une dissipation de la puissance du cycliste».
Airbus a donc mis à profit ses compétences en ingénierie aéronautique et aérodynamisme pour créer un nouveau tandem, utilisé sur route comme sur piste. «On a voulu créer un vélo léger et aérodynamique mais également très rigide pour améliorer les performances», confie l’ingénieur, qui a piloté côté Airbus le partenariat signé avec l’ANS. Alors que les tandems utilisés habituellement sont fabriqués en carbone, et souvent construits en plusieurs blocs raccordés grâce à des tubes composites, les équipes de l’avionneur ont choisi de créer un tandem monobloc entièrement en composites. Elles ont été aidées, notamment pour le design du cadre, par le fabricant de vélo Cycles Petit-Breton.
Simuler le comportement selon la puissance de l'athlète
«Nous avons construit un seul grand moule modulable dans lequel les fibres de composites ont été disposées avant la cuisson, détaille Christophe Debard. Cela nous a permis d’augmenter la rigidité du tandem et d’optimiser son aérodynamisme.» Avec l’avantage qu’Airbus connait très bien les matériaux utilisés, puisqu’il s’agit des composites utilisés pour l’A350. «On sait donc simuler leurs comportements. Ce qui nous a permis, en le rapportant à la puissance générée par les athlètes, de définir l’orientation des fibres et le nombre de couches de carbone à insérer.»
Précisément, six tandems différents, chacun adapté à la taille et à la puissance des athlètes, ont été fabriqués, en récupérant la fin des rouleaux de matière utilisés pour faire le long-courrier A350. Cette fabrication a été confiée à l’un des fournisseurs d’Airbus, l’entreprise Sisco Composites, basée en Loire-Atlantique. «Faire un moule étant très cher, on a travaillé sur des sous-ensembles de moules, conçus comme des briques de Lego, pour pouvoir changer la dimension de chaque vélo sans avoir à refaire un moule à chaque fois», précise l’ingénieur d’Airbus.
Le projet, qui a duré deux ans, semble donner satisfaction aux athlètes paralympiques. «Comme beaucoup de paramètres ont été changés, la fédération peut difficilement chiffrer le gain de performance obtenu, mais les athlètes ont désormais la sensation d’être sur un vélo simple, ce qui est très positif, se félicite Christophe Debard. Selon leur entraîneur, avoir un vélo personnel et sur-mesure joue aussi sur le moral des athlètes pour atteindre plus de performance.» De quoi peut-être ramener de nouvelles médailles à la France ?



