Reportage

De bouchon plastique à chaise : la fabrication ultra-locale des sièges des nouvelles arènes des JO de Paris

Noirs et blancs à l’Arena Porte de la Chapelle, blancs et jaunes au Centre Aquatique de Saint-Denis : 11 000 sièges en plastique recyclé ont été fabriqués pour équiper les deux infrastructures sorties de terre pour les Jeux de Paris 2024. Du tri des déchets à l’assemblage des sièges, visite de deux usines qui ont participé à leur production.

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Les 3000 sièges du Centre Aquatique de Saint-Denis ont été construits en plastique recyclé, venu à 80% d'Île-de-France.

Sur les rampes d’une imposante machine jaune, deux employés déposent du carton. Quelques instants plus tard, la matière ressort sous forme de bloc compacté. C’est par ce gros pilon jaune que passent la plupart des déchets triés par la start-up Lemon Tri sur son site de Pantin. Également implantée à Lille, Lyon et Marseille, l’entreprise compte aujourd’hui 120 employés. En 2021, elle se lance dans un projet étonnant : collecter 1,2 million de bouchons en plastique destinés à la construction de 11 000 sièges olympiques.

Des bouchons triés à Pantin…

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En 2023, Lemon Tri a collecté 3900 tonnes de déchets, valorisés à 97% sur ses sites de Lyon, Marseille, Lille et Pantin. En 2023, Lemon Tri a collecté 3900 tonnes de déchets, valorisés à 97% sur ses sites de Lyon, Marseille, Lille et Pantin.

En 2023, Lemon Tri a collecté 3900 tonnes de déchets, valorisés à 97% sur ses sites de Lyon, Marseille, Lille et Pantin.

«Quand nous avons appris que l'entreprise Le Pavé avait obtenu un contrat pour fabriquer les sièges des JO, nous leur avons proposé de sourcer une partie de la matière nécessaire à leur fabrication», raconte Augustin Jaclin, co-fondateur de Lemon Tri. Pour y parvenir, l’entreprise installe 50 points de collecte en Île-de-France, dont 15 dans des écoles. Résultat : plus de 4300 élèves sensibilisés au recyclage et «plus de 2 tonnes de bouchons collectés», se réjouit Anika Verlaan, cheffe de projet chez Lemon Tri.

Ces bouchons usagés sont les ingrédients principaux de 8000 sièges des gradins de l’Arena Porte de la Chapelle et de 3000 sièges du Centre Aquatique de Saint-Denis. Avant d’en arriver là, ces bouchons ont été triés par couleurs chez Lemon Tri à Pantin. Ils ont ensuite parcouru quatre kilomètres pour rejoindre l’usine du Pavé située à Aubervilliers.

…et transformés en sièges à Aubervilliers

«Pour produire 11 000 sièges, nous avons utilisé 100 tonnes de PEHD recyclé», explique Luca Philipponneau, directeur des équipes du Pavé. Aux bouchons collectés par Lemon Tri s’ajoutent donc des matériaux venus d’une trentaine d’autres recycleurs, majoritairement franciliens. «Ils ont été chauffés et comprimés par thermocompresseur», raconte Luca Philipponneau en désignant la grande machine rose qui trône au cœur de l’usine du Pavé. 

Image d'illustration de l'articleRoxane Montaron
Après avoir chauffé et comprimé, le plastique recyclé est transformé en panneaux poncés par les équipes du Pavé. Après avoir chauffé et comprimé, le plastique recyclé est transformé en panneaux poncés par les équipes du Pavé.

Après avoir été chauffé et comprimé, le plastique recyclé est transformé en panneaux poncés par les équipes du Pavé.

Habituellement, le Pavé vend ses matériaux sous forme de panneaux à ses clients, libres ensuite de les transformer en revêtement ou en mobilier. Mais l’entreprise a fait une exception pour les sièges olympiques : «Nous avons investi dans un moule pour créer des assises et des dossiers. Ils ont été mis sous presse et assemblés chez notre partenaire Master Industrie», détaille le directeur des équipes du Pavé.

Ce projet de sièges olympiques est celui qui a lancé l'entreprise. «En 2019, quand une filiale de Bouygues est venue nous demander de fabriquer des sièges pour les JO, nous n’existions que depuis quelques mois… Ce projet nous a permis d’embaucher et de nous faire connaître», se souvient Luca Philipponeneau. Depuis, le Pavé multiplie son chiffre d’affaire par deux chaque année. Le groupe s’est également doté d’une nouvelle usine en Bourgogne.

Lemon Tri et Le Pavé ne sont pas les seuls représentants de l’économie sociale et solidaire aux Jeux de Paris 2024. Pour aider ce type d’entreprises à se positionner sur des marchés liés à l’événement, l’association Les Canaux a créé la plateforme ESS2024. Un succès selon la directrice générale de cette association, Elisa Yazchitz : «37% des marchés des Jeux olympiques et paralympiques ont été obtenus par des entreprises de l’ESS», se félicite-t-elle.

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