Une tenue «inspirée des Jeux olympiques (JO) de Paris en 1924». Les habits des remettants des médailles ont été dévoilés le 2 juillet par Antoine Arnault, responsable Image et Environnement de LVMH, en présence de Tony Estanguet, président du comité d’organisation des JO. «Ces tenues ont été fabriquées à partir de 100% de matières éco-conçues», a vanté le premier fils du milliardaire Bernard Arnault. En tant que partenaire premium des JO (titre pour lequel l'entreprise a déboursé 150 millions d'euros) LVMH fournit donc nombre de tenues et d'accessoires pour les porteurs de médailles et les athlètes.
Une tenue issue de partenariats
Le pantalon de la tenue a été «taillé dans un tissu polylaine composé de polyester recyclé» et fabriqué par l’association la Fabrique nomade, une association «qui agit pour l’insertion professionnelle des artisans réfugiés» et avec qui le groupe a lancé un partenariat en 2019. Le polo et le gavroche ont quant à eux été confectionnés respectivement chez Duval, un atelier partenaire de LVMH, et en Italie. Le tissu qui les compose a été fabriqué à partir de chutes de jersey de coton, collecté dans les ateliers LVMH et recyclé par la startup Weturn.
Celle-ci, avec un million de chiffre d’affaires et 14 salariés, fête ses 4 ans. «Nous sommes le seul acteur qui peut garantir 40% de recyclage du textile en boucle fermée», avance sa fondatrice Sophie Pignères. La start-up s’approvisionne à 50% auprès des chutes de production des marques, et à 50% à partir des rouleaux de tissus dormants et des produits invendus ou défectueux. L’entreprise travaille surtout avec le secteur du luxe car l’application de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire y est particulièrement ardue. «La loi Agec comporte une hiérarchie. Tout ce qui est en bon état doit être donné ou réutilisé, et le reste va en recyclage, explique Sophie Pignères. Mais ils ne peuvent pas juste donner des objets à haute valeur marchande ou qui comportent un risque à leur propriété intellectuelle».
Des ambitions multiples
Pour satisfaire les exigences des groupes de luxe en matière de sécurité, Weturn travaille avec des plateformes logistiques spécifiquement auditées par LVMH et d’autres groupes. Deux de ces plateformes sont près d’Orléans (Loiret) et une est en Italie. La startup, qui a gagné le LVMH Innovation Award en 2022, envoie ensuite les tissus à des filatures qui font également du recyclage. «Malheureusement, il n’y en a pas en France. Nous envoyons le coton au Portugal ou en Espagne, et le cachemire en Italie, raconte-t-elle. Puis, nous vendons le fil à des tisseurs et des tricoteurs dans ces pays et en France.»
En plus de LVMH, Weturn compte également Courrèges, l’Opéra de Paris ou encore Decathlon parmi ses clients. Concernant ce dernier, la startup planche avec l’entreprise Carbios sur le recyclage du polyester, matière indispensable dans le textile sportif. Et elle a d’autres projets. «Notre prochain projet est de mettre au point des banques de matières premières, indique Sophie Pignères. Notre but est d’avoir les mêmes gisements sur tous nos sites et obtenir les circuits les plus courts possibles.» L’entreprise certifiée Bcorp compte aussi s’attaquer aux gisements textiles post-consommation, avec l’entreprise Gebetex.
Cependant, la fondatrice s’inquiète d’une potentielle percée de l’extrême-droite lors du second tour des élections législatives, le 7 juillet. «C’est une mauvaise nouvelle pour l’écologie. Ce n’est pas le Rassemblement national qui va soutenir le Pacte vert ou la loi anti-fast fashion. Il est à l’encontre de nos valeurs que sont l’inclusion, la coopération et la préservation», confie-t-elle. Du côté de LVMH, Antoine Arnault ne se positionne pas, considérant que la période des Jeux constituera une «forme de trêve sur le plan politique».



