Machines d’usinage impeccablement alignées et pilotées par ordinateur, outils rangés dans des armoires électroniques sécurisées, allées de circulation larges et parfaitement éclairées… L’usine de Lisi Aerospace, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), n’est pas Vitrine de l’industrie du futur pour rien. L’établissement, qui a investi significativement pour son automatisation et sa robotisation année après année, produit 130 millions de pièces de fixation (écrous, vis et rivets) par an pour ses grands clients comme Airbus et Boeing. Aujourd’hui, il compte sur l’outil numérique pour franchir un nouveau palier.
"Avec des données de production à jour, disponibles et analysables, la numérisation nous permet de démontrer la précision et la répétabilité de nos process afin d’assurer la conformité des pièces produites en grande série", précise Grégory Fréva, le directeur général de l’usine.
L’usine veut faire de sa transformation numérique un atout face à la crise qui frappe le secteur aérien. Quand Airbus réduit de 30 % sa production, Saint-Ouen-l’Aumône souffre. Le site a revu à la baisse son chiffre d’affaires prévisionnel pour 2020 de 130 à 93 millions d’euros et s’est séparé de ses intérimaires. La crise du Covid-19 a déjà montré l’utilité des outils numériques. "Pendant le confinement, les techniciens pouvaient, à leur domicile, accéder depuis leur smartphone et leur PC aux informations concernant la mise en place des protocoles sanitaires, l’aménagement de leur poste de travail, la reprise de la production", explique le directeur.
Cette transformation numérique s’est accélérée avec le déploiement en 2019 d’une application de résolution des problèmes de production en temps réel. Lorsqu’un technicien rencontre un souci (stock non renouvelé, outillage à changer…), il émet une alerte à partir de son terminal, qu’il peut détailler avec une photo, un document technique et qui remontera au chef d’équipe et aux équipes support. "L’application permet d’escalader très rapidement dans les deux sens les problèmes de production en partageant avec toutes les personnes concernées les mêmes messages. Le technicien qui signale un souci obtient un retour en quelques heures, quand cela pouvait dépasser deux jours à l’ère du papier", se félicite Grégory Fréva. Aussi simple et intuitive qu’une plate-forme de communication comme WhatsApp, l’application a rapidement été adoptée par les salariés.
Des solutions de start-up adaptées à l’usine
Forte de cette expérience, l’usine déploie un véritable portail d’applications industrielles. Depuis février, Mercateam permet de mieux gérer les compétences et les formations de chaque salarié. "En cas d’absence d’un technicien, nous pouvons retrouver rapidement, parmi l’effectif disponible, le bon remplaçant avec les qualifications nécessaires", détaille Audrey Strazel, la responsable RH. Avec l’application Oplit, l’objectif est de digitaliser complètement le plan de production en centralisant et en exploitant au maximum les données de production (inventaire du parc des machines, taux d’utilisation et capacité des outillages, niveau des commandes…). "L’objectif, à terme, est de bénéficier des avancées apportées par l’intelligence artificielle. Cette application pourra nous proposer les scénarios de production les plus pertinents en fonction de nos contraintes et de nos objectifs", espère Grégory Fréva.
Dans cette démarche, l’établissement a eu l’audace de miser sur des start-up (FabriQ, Oplit, Mercateam…) issues de la pépinière Opeo Startup Studio positionnée sur les solutions digitales pour l’industrie. Les start-up sont venues sur place, plusieurs jours, pour prendre en compte les besoins de tous les utilisateurs. "Plutôt qu’un ERP traditionnel, je voulais des applications efficaces, rapides à déployer et aussi faciles à utiliser qu’une application de smartphone", explique le dirigeant.
Le site de Saint-Ouen-l’Aumône bénéficie ainsi d’applications sur mesure pour un investissement estimé au quart de ce qu’aurait coûté une solution ERP standard. La satisfaction est telle que le groupe Lisi a décidé de déployer ces logiciels dans le reste de ses usines.



