Il règne un silence étourdissant. Face à l’absence absolue d’écho, l’oreille interne se trouble, on cherche l’équilibre. Vient alors le sentiment de ne pas être dans une usine, mais dans une bulle de coton. La raison de cette sensation : une petite pièce dont les murs, le plafond et le sol sont recouverts de pointes de mousse, absorbant les sons. La grille sur laquelle nous marchons ajoute à l’impression de flottaison ; son grincement nous rappelle à la réalité.
Montée sur pilotis et sur ressorts pour dissiper toute vibration, cette chambre anéchoïque est installée dans un coin de l’usine de Factem, à Bayeux (Calvados). Sur ce site de 3 600 mètres carrés, l’entreprise conçoit et fabrique des équipements acoustiques pour les environnements difficiles comme les porte-avions, les cockpits et le métro. Cette chambre sourde est l’un de ses derniers investissements : plus de 300 000 euros. S’y ajoutent une chambre réverbérante – faite pour produire un maximum d’écho – et un mannequin standardisé reproduisant la physiologie humaine.
« Lorsque nous avons racheté l’usine à Sagem en 2011, une seule personne était chargée de la R & D, se souvient Alain Dulac, le PDG de la société. Début 2020, l’équipe comptait 20 personnes [sur 80 salariés à l’époque, ndlr] et nous avons investi 12 % de notre chiffre d’affaires. » Ce dernier, de 9,2 millions d’euros en 2019, a chuté à 7,2 millions en 2020. Il devrait atteindre « entre 9 et 10 millions d’euros cette année », estime le dirigeant.
Se diversifier pour pallier la crise
Avant le Covid, tout se passait bien. Un appel d’offres remporté en 2018 pour équiper en micro-casque tous les nouveaux avions d’Airbus « était censé faire passer une marche à Factem », déplore Alain Dulac. L’entreprise, qui fournit notamment des haut-parleurs et micros pour les radios militaires de Thales et des micros-mains pour tous les bâtiments construits par Naval Group, « allait passer d’une activité essentiellement tournée vers la défense en France à l’aviation commerciale internationale », explique-t-il. Mais la pandémie a mis un coup d’arrêt à la production quelques mois après son lancement.
Bernard Debail glisse sous son masque un petit microphone, qu’il fixe grâce à un aimant. Relié à un haut-parleur qu’il peut porter autour du cou ou à la ceinture, ce dispositif représente le rebond envisagé par Factem face à la crise. Expert acoustique de l’entreprise, il raconte. « Le marché de l’aéro sur pause, nous ne pouvions plus suivre notre feuille de route et nous avons réfléchi à un moyen de nous diversifier. »
Pascal Guittet Au début de l'année 2020, le service R&D de Factem comptait 20 salariés (photo : Pascal Guittet).
Des militaires… aux enseignants
De ce brainstorming de crise sort l’idée de faciliter la communication des enseignants, gênés par le port du masque. Le produit, développé en quelques semaines, nécessite un système anti-larsen qui fait l’objet d’un brevet. « On a pensé le produit pour qu’il survive à la pandémie en fournissant aussi un micro-portable classique, détaille l’expert. Avec cet autre accessoire, il pourra équiper les guides de musées, les commerçants et les entraîneurs sportifs, qui n’auront plus à hausser la voix toute la journée. » De là germe l’idée d’une gamme complète… encore tenue secrète.
Du militaire à l’aéro, puis au grand public, Factem ne recule devant aucun projet de diversification. Sélectionné par Airbus dans le projet de recherche Clean Sky, il se voit confier le développement d’un micro-casque sans-fil pour les pilotes. « Le défi était de développer un système de communication sécurisé, insensible aux cyberattaques et aux interférences », précise Simon Bazin, le responsable R & D. Avec l’institut de recherche XLim de Limoges (Haute-Vienne) et la start-up irlandaise PureLiFi, Factem développe un protocole inspiré du LiFi, qui transmet des informations via des diodes et des capteurs lumineux.
Un premier prototype – partiellement imprimé en 3D – a déjà fait ses preuves dans un simulateur de cockpit d’A 320. Prochaine étape : ajouter à l’acoustique un système de captation des données physiologiques du pilote. Indispensables pour surveiller son attention et rendre possible les avions à un seul pilote, ces capteurs sont loin du domaine de prédilection de Factem. Mais pas de quoi l’inquiéter. Au contraire.



