Je ne sais pas si la chimie de spécialité est née aux États-Unis. C’est pourtant sur ce territoire que l’on trouve ses plus illustres représentants : le groupe DuPont – depuis qu’il a échangé certaines de ses activités avec Dow –, ou encore son compatriote 3M. Ces deux géants sont allés tellement loin qu’ils n’ont d’ailleurs plus vraiment de production chimique à leur actif. Par contre, ils utilisent leur passé de chimistes, à bon escient, pour proposer des produits de spécialité pour répondre aux enjeux de demain. Aux côtés de ces géants, on va retrouver une myriade d’acteurs locaux. Ils ont tous ce point commun d’être fortement tournés vers l’innovation. C’est une discipline d’industriels pragmatiques qui cherchent à apporter des solutions concrètes et de la fonctionnalité en réponse aux mégatrends de la société et en menant une recherche plus applicative que fondamentale, pour faire du business. Un concept qui colle bien à la mentalité de la société américaine. Par opposition, le chimiste de commodité apporte des solutions monoproduits, axées sur des chimies bien identifiées : carbonates, peroxydes, silice…
Avec 41 % de son chiffre d’affaires réalisés sur le territoire américain, Syensqo pourrait se revendiquer de cette tradition des grands chimistes de spécialité américains. Le nouvel acteur, issu de la scission en deux du groupe Solvay, qui prendra officiellement effet le 8 décembre prochain, va compter pas moins de 36 sites sur ce territoire sur un total de 62. L’Europe arrive loin derrière, avec 23 % du chiffre d’affaires et 14 sites industriels, même si Ilham Kadri, sa nouvelle présidente, a rappelé que son passeport restait européen. Alors que sa société démarrera avec un chiffre d’affaires de 7,9 milliards d’euros, qui sait jusqu’où elle ira, sur la base d’une croissance organique de 5 à 7 % par an sur 2024-2028, et probablement quelques acquisitions ? La marge Ebitda est attendue, quant à elle, autour de 25 %. La R&I apportera un coup de pouce essentiel en atteignant, en 2028, pas moins de 5 % du chiffre d’affaires. DuPont est à ce niveau-là. Cela reste un record.
Dans son portefeuille de pure player, Syensqo comptera deux divisions Materials et Consumer & Resources. La première division pourrait se rapprocher davantage du concept de produits de spécialité, alors qu’elle cherche à descendre le plus en aval possible dans les chaînes de valeur, avec des solutions pour l’électrification, la défense ou l’aérospatial civil. Le groupe vient, par exemple, d’annoncer un investissement dans les batteries à Augusta, en Georgie, avec Orbia. Il s’agit de production de PVDF en suspension, qui est utilisé comme liant et revêtement séparateur dans les batteries lithium-ion de véhicules électriques. La division Consumer & Resources conserve, quant à elle, une tradition de chimiste avec des réactifs pour l’extraction minière, des biocides pour le traitement de l’eau, des polymères et surfactants, notamment pour le secteur des cosmétiques, la fameuse vanilline… Dans cette division, Syensqo promet d’avancer sur le terrain de la biotechnologie industrielle pour produire des produits chimiques autrement. Une compétence qui lui vient de la reprise de Zymergen, à Cambridge (Massachusetts), auprès de Ginkgo Bioworks.
Pour finir, économie circulaire, parité et réduction des émissions de gaz à effet de serre sont autant de sujets qui seront traités avec le plus grand sérieux dans le cadre des objectifs du programme désormais appelé Syensqo One Planet. Sur ces sujets, Américains, Européens, même combat.



