L’usine Forsee Power qui produit des batteries de bus à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne), la plateforme de bioproduction pour thérapie génique d’YposKesi à Evry (Essonne), le déploiement de Kinéis, start-up française du newspace… Derrière toutes ces réalisations, un même acteur: le fonds SPI (société de projets industriels) de Bpifrance. Créé en 2015 pour permettre de passer des démonstrateurs à l’industrialisation, il entame sa septième année d’activité et a procédé à 17 investissements, avec celui annoncé ce 8 juillet de la montée au capital de Metex comme actionnaire de référence, après le succès d'une première co-entreprise avec cet acteur de la chimie verte.
Un bilan du fonds, doté de 800 millions d’euros, qui a encore de quoi financer 3 ou 4 autres projets, sera réalisé à la rentrée. Mais il se dessine déjà. Des succès, des projets prometteurs et quelques ratés. Ces derniers n’ont rien d’étonnant pour un fonds qui prend les risques que le privé décline.
Combler une défaillance
"Nous sommes nés dans la foulée des 34 plans industriels. La création du fonds est venue combler une défaillance de marché sur le segment du venture industriel. Aujourd’hui, les fonds d’investissement de la place changent un peu leur regard sur l’industrialisation. Certains co-investissent d’ailleurs dans nos participations, comme Sofinnova ou Demeter chez Microphyt. Mais nous avons une différence avec le private equity privé: nous passons beaucoup de temps en amont à accompagner l'élaboration des projets, tant sur le business que sur l'intégration des usines dans les territoires" explique Magali Joëssel, la directrice du pôle investissement dans les projets industriels de Bpifrance et responsable du fonds SPI.

- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
- 7.9967+0.13
10 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
Elle explique avoir ainsi discuté pendant trois ans avec Metex, pour affiner le projet de co-entreprise d’ingrédients Noovista, dans lequel la banque publique a investi 20 millions d’euros à Carling.
Des développements commerciaux
"Le temps long de l’industrie", c’est le mantra de SPI. Au-delà du développement des technologies pour les mettre à l’échelle, il faut aussi parfois laisser aux entreprises le temps de trouver leur marché. L’horizon de détention est de 7 à 10 ans. L’enjeu est la création d’emplois et la localisation de nouvelles activités industrielles en France, voire d’éviter le départ des existantes. La nouvelle usine de Lacroix Electronics, entièrement conçue pour prendre le virage de l’industrie 4.0 est ainsi une réponse à une potentielle délocalisation. Elle sera terminée à la fin de cette année.
Forsee Power a déjà créé 350 emplois avec ses batteries et est arrivée à point pour servir le marché des bus électriques ou hybrides qui décolle, remportant de nombreux contrats tant en France qu’à l’international. Vallourec s’est diversifié en augmentant ses capacités de production de tubes roulés-soudés. Kinéis est en train d’industrialiser 25 nano-satellites, pour de premières mises en orbite en 2022.
Du côté de la chimie végétale Carbiolice, dont l’additif de biodégradation des plastiques a fait ses preuve, a été rachetée entièrement par Carbios. Afyren Neoxy, autre participation de ce secteur, a signé en mars dernier un contrat d'exclusivité avec Terrial pour l'approvisionner avec son potassium biosourcé. De nombreux projets, lancés plus récemment, ne sont pas encore arrivé à maturité. Il faudra un peu de temps pour valider leur opportunité.
Quelques déconvenues
SPI a aussi eu à affronter quelques échecs, souvent à cause d’un défaut du partenaire. Le soutien des projets d’éoliennes marines et d’hydroliennes de Naval Group s’est perdu dans le changement de stratégie de l'entreprise, qui a mis une croix sur son projet de diversification dans les énergies marines. Dommage, c’était le deuxième plus gros investissement de SPI, avec 75 millions d’euros.
Les difficultés de la CNIM ont aussi mis un terme au développement de centrales solaires à concentration de la société commune Suncnim après un premier site dans les Pyrénées. Quant à Ecocis, dont le projet était de reconvertir une papeterie en usine de pâte à papier à Voreppe (Isère), le co-investisseur n’aurait pas apporté les fonds, l’entreprise a été liquidée dès 2017 et Bpifrance a porté l'affaire devant la justice.
Le plus gros investissement du fonds SPI, YposKesi, une plateforme de bioproduction piloté par l’AMF Téléthon, est un succès industriel qui développe désormais un second site pour doubler sa production. Mais, petite déception, la société est passée en mars dernier sous pavillon étranger. Malgré les tentatives de Bpifrance, YposKesi n’a pas trouvé en France le partenaire industriel qu’elle cherchait. Sanofi, entre autres, ayant décliné, c’est finalement le Coréen SK qui l’a repris, avec engagement de conserver les installations et les emplois en France.
Magali Joëssel assure qu’elle a plus que des promesses, mais des contrats qui l’y engage. Elle se console à l’idée que "la plateforme est accessible à toute la filière française des biotech et témoigne de l’attractivité de la France". Et puis dans le portefeuille de SPI, on compte aussi Aledia, qui débarque avec une innovation de rupture dans les MicroLED qui permettrait de produire des écrans en France au lieu de les acheter... à la Corée du Sud.



