« Notre ambition est de devenir un champion de la robotique et de s’ancrer dans les plans d’investissements et la dynamique de France 2030 », résume Christophe Coulongeat. Nommé président exécutif de la division robotique de Stäubli en janvier 2021, l’homme a profité des journées techniques du groupe, organisées du 6 au 9 décembre à la Roche-sur-Foron (Haute-Savoie), pour dévoiler les grandes lignes de sa stratégie d’accélération à dix ans. Le groupe à capitaux suisses, mais dont le siège et le principal site de production sont à Faverges (Haute-Savoie), envisage une forte croissance de son activité en robotique industrielle, l’un de ses quatre marchés phares, au côte des machines de tissage et des connecteurs hydrauliques et électriques. Marque de cette montée en puissance, Stäubli prévoit d’agrandir son site historique de Faverges de moitié d’ici à 2025.
18 000 mètres carrés de plus pour la robotique
« Nos bâtiments couvrent actuellement 65 500 mètres carrés et nous prévoyons d’en ajouter 30 000 dans les quatre ans à venir, soit près de 50% en plus », détaille le directeur général du site de Faverges, Jean-Marc Dalmasso. Les travaux devront dans un premier temps agrandir les locaux existants, mais le plan prévoit aussi la construction de nouveaux bâtiments, dont « un espace de 18 000 mètres carrés pour la robotique » qui ouvrira en 2025 et dans lequel la production sera optimisée sur le modèle du lean manufacturing. Cette extension nécessitera un investissement de 20 à 30 millions d’euros, estime Christophe Coulongeat.
Pour Jean-Marc Dalmasso, cet agrandissement témoigne aussi de la politique d’embauche du site, déjà « passé de 1000 à 1500 employés sur les dix dernières années ». En 2021, Faverges a battu son record d’activité pour se rapprocher des 550 millions d’euros de chiffre d’affaires (sur 1,4 milliard pour le groupe). Corollaire, l’usine a réalisé 180 embauches cette année (remplacements compris) et des procédures sont en cours pour 90 postes supplémentaires. S’il refuse de préciser le nombre d’employés dans la division robotique, Christophe Coulongeat mentionne toutefois « une croissance de l’ordre de 10% par an dans la R&D, mais aussi les ventes et le service ».
Nathan Mann Les applications pharmaceutiques, comme ici la gestion d'échantillons, se sont renforcées depuis la crise sanitaire. Photo: Nathan Mann
Stäubli Robotics ne dévoile pas ses prévisions de budget, mais veut assumer « une politique d’investissement volontaire pour anticiper la croissance ». Il prévoit 50 millions d’euros d'investissements en 2022 (contre une trentaine les années précédentes), dévoile tout de même le président exécutif de la branche robotique. Face au dynamisme attendu de la robotique industrielle, encore renforcé par les plans de relance et d’investissement, Stäubli prévoit - après l'extension de moitié récemment annoncée - de « quasiment doubler la surface de production actuelle de Faverges d’ici à 2030 », ajoute Christophe Coulongeat.
Médical, agroalimentaire, pharmacie et photovoltaïque
Mais pour profiter de la vague et se démarquer de la concurrence (installée et émergente), tout n’est pas qu’une affaire de gros sous. D’où l’élaboration d’un nouveau plan de positionnement stratégique, baptisé Horizon 2030, définissant plusieurs marchés prioritaires. Comme l'avait déjà laissé entendre le nouveau PDG du groupe, Gerald Vogt, auprès de L'Usine Nouvelle, les grands axes sont la performance et la personnalisation sur quelques marchés cibles.
« L’industrie générale, tout d’abord, reste notre ADN », affiche Christophe Coulongeat. « Nous souhaitons principalement nous développer sur des applications de haute performance, en misant sur les qualités de cinématique, de dynamisme, de répétabilité et de précision de nos robots, ainsi que sur leurs compatibilités à différents environnements d’opération ». Le constructeur affiche une gamme de quelques 80 bras industriels, dont certains proposent des modes collaboratifs.
Nathan Mann Mécanicien d'origine, Stäubli continue de produire lui-même ses réducteurs et une partie des engrenages de ses robots. Photo: Nathan Mann
Seconde priorité : devenir « le constructeur de référence au niveau mondial » dans quatre verticales à forte valeur ajoutée sur lesquelles le roboticien est déjà positionné, et dont les perspectives de croissance sont alléchantes. « Nous nous concentrerons sur la robotique pour le médical, la pharmacie, l’agroalimentaire et le photovoltaïque », liste Christophe Coulongeat. Des secteurs dans lesquels les contraintes élevées de temps de cycle (pour le solaire), de personnalisation et de précision (pour le médical) ou de tolérance aux produits agressifs (notamment en raison des besoins de nettoyage dans la pharmacie et l’agroalimentaire) peuvent permettre à Stäubli de tirer son épingle du jeu face à la concurrence. Dans le médical, le constructeur travaille déjà avec des acteurs reconnus, tels Zimmer Biomet, Keranova ou Quantum Surgical, et a entamé des démarches pour obtenir la norme ISO 13485 relative aux dispositifs médicaux ainsi que le précieux marquage CE.
Un objectif de 10% des ventes dans la robotique mobile
Derniers points stratégiques : Stäubli compte aussi continuer de travailler sur l’ouverture de son contrôleur et la remontée des données pour l’industrie 4.0, et prévoit d'accentuer son service clients (à distance comme sur site) comme facteur de compétitivité. Pour répondre plus rapidement aux demandes de clients chinois, le groupe n’exclut pas « une localisation en Chine pour servir ce marché spécifique, comme nous l’avions fait il y a quelques années pour le textile et les connecteurs à Hangzhou », révèle aussi le président exécutif de Stäubli Robotics.
Nathan Mann Stäubli produit des AMR capables de porter des pièces industrielles, comme ici un bras de robot. Photo: Nathan Mann
Issus de l’acquisition de l’allemand WFT en 2018 et toujours produits à Sulzbach outre-Rhin, les robots mobiles (AMR) devraient aussi prendre de l’importance. « En deux ans, nous avons standardisé et adapté le robot mobile de WFT à différents marchés », explique Christophe Coulongeat. Stäubli fait le pari des applications industrielles (notamment dans le travail du métal) en se concentrant sur le transport de charges lourdes (de 1 à 500 tonnes) entre les différents postes de travail. « Nous espérons que la robotique mobile approche 10% de nos ventes assez rapidement », concède Christophe Coulongeat.
Comme en témoignent les 72 cellules robotisées exposées sur le site de la Roche-sur-Foron, pour à peu près autant de partenaires, Stäubli jouera enfin sur l’innovation et les collaborations externes. La branche emploie une centaine de personnes, dépense 7% de son chiffre d’affaires en R&D et prévoit de passer à 10% dans les prochaines années. Pour se distinguer dans la robotique du futur, qui sera plus flexible, intelligente et intégrera des briques de vision ou d’intelligence artificielle absentes de chez Stäubli, Christophe Coulongeat précise enfin privilégier « une philosophie de partenariats et de co-innovation, avec nos clients comme avec les acteurs du marché ». Marque de cette ambition, le nouveau bâtiment de Stäubli devrait intégrer une zone dédiée aux start-up et à l'open innovation.

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