Chronique

Sortie du nucléaire, Nord Stream 2, Grèce... Angela Merkel assume ses décisions

Angela Merkel vient de publier Liberté (Albin Michel), son autobiographie. Dans ce livre, l'ancienne chancelière allemande évoque son enfance, ses 16 années au pouvoir et son "inquiétude" pour l'avenir. Elle était en France lundi 9 décembre. L’Usine Nouvelle a pu participer à l’une de ses rares conférences.

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NE PAS REUTILISER Angela Merkel
L'ex-chancelière allemande Angela Merkel à Berlin le 5 décembre 2024. (Photo by Juliane Sonntag / Photothek Media Lab / dpa Picture-Alliance via AFP)

«Je n’ai jamais aimé que d’anciens dirigeants jugent mon action, je me suis donc engagée à ne pas faire de même.» Nous sommes prévenus : Angela Merkel ne fera pas de commentaire sur Olaf Scholz, son successeur à la chancellerie allemande, ou sur les dirigeants étrangers. Elle a pourtant connu quatre présidents français lors de sa mandature – Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron. Cela ne l'empêchera pas, lors d'une de ses rares conférences ce mardi 9 décembre, de revenir sur son parcours à elle. Et d'en assumer jusqu'aux décisions les plus impopulaires.  

«Je vais parler en allemand parce que mon français est inexistant», précise-t-elle après un timide «bonsoir». «J’aurais aimé apprendre le français, mais en RDA, où j’ai passé mon enfance, ce n’était pas très à la mode», ajoute dans la foulée l’ancienne chancelière, qui a vécu jusqu’à 35 ans et la chute du mur de Berlin sous le joug du régime communiste. «J’ai choisi de faire de la physique et de ne pas devenir enseignante parce que, même dans un régime où l’endoctrinement est la règle, la physique ne peut pas être travestie», commente celle qui a souvent été présentée comme la femme la plus puissante de la planète.

Elle reconnaît pourtant ne pas avoir saisi tout de suite ce qui se passait le 9 novembre 1989. «C’était un jeudi, et chaque jeudi soir j’avais l’habitude d’aller au sauna avec une amie. J’y suis allée comme d’habitude. Ce n’est qu’en sortant que j’ai compris que le monde ne serait plus comme avant.»

«On trouve toujours une excuse pour ne pas nommer de femme»

Il reste pourtant encore des stigmates du passé en Allemagne. «Il y a toujours beaucoup plus de places de crèche à l’Est et d’héritage à l’Ouest», clame celle qui dit aujourd’hui être féministe à sa manière. «La chose que je sais, c’est que si on ne met pas la pression, on trouve toujours une excuse pour ne pas trouver de femmes

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Elle qui a commencé sa carrière politique comme ministre des Femmes et de la Jeunesse a connu une ascension rapide, même si on a souvent raillé une forme d’indécision. «Mes homologues ont souvent pu dire que je mettais du temps à prendre des décisions. C’est pourtant la chose à faire pour ne pas se tromper et trouver le bon compromis.»

Et justement, sur les sujets qui fâchent, elle assume avoir pris la bonne décision. L’accueil des réfugiés syriens ? «C’était la bonne décision. On n’allait pas mettre des canons à eau aux portes du pays. S’il fallait le refaire, je le referais. Nous avons ensuite trouvé un bon accord avec la Turquie. Aujourd’hui, je me réjouis que le régime de Bachar Al-Assad soit tombé. Mais il faut voir ce que donnera le nouveau régime. Je souhaite que la Syrie trouve la bonne voie.»

«La sortie du nucléaire, c’était la bonne décision à prendre !»

La sortie du nucléaire ? «Nous savions en Allemagne que le nucléaire était une énergie de transition, argue-t-elle. La catastrophe de Fukushima a été un énorme signal d’alerte. Après cela, ce n'était plus possible de dire aux Allemands : je vous promets qu’il ne pourra rien vous arriver avec le nucléaire. C’était la bonne décision à prendre.»

Se lier aux Russes pour le gaz ? «À l'époque, j'ai considéré que la Russie pouvait être un partenaire fiable. J’ai poursuivi Nord Stream 2. Je ne voulais pas casser les accords de Minsk sur l’Ukraine et casser notre industrie», avant d’ajouter : «Sur l’Ukraine, j’assume les décisions de l’époque. On ne le dit pas assez, mais le Covid a été un vrai problème. On ne pouvait plus se voir en vrai. Et mine de rien, ça a beaucoup changé le rapport de force.»

«Pour la Grèce j’ai assumé le rôle de bad guy»

Le rapport de force, Angela Merkel assume de ne pas avoir reculé lors de la crise grecque. «Pour la Grèce, personne ne voulait être le bad guy. Je suis détestée par les Grecs. Néanmoins, quand on regarde froidement la situation aujourd’hui, on peut se dire que les solutions prises ont été les bonnes.» Et que pense-t-elle de la France ? «Je ne vais pas donner de conseils. Ce n’est pas mon rôle. Mais quand on regarde les marchés, nous n’avons pas à nous inquiéter.»

Et pour ce qui concerne Donald Trump ? «Je l’ai bien connu lors de son premier mandat, rappelle-t-elle. Il ne considère pas qu’il puisse y avoir des solutions win-win. Pour lui, il doit toujours y avoir un gagnant et un perdant, assure-t-elle. Face à lui, les Européens doivent donc être unis. Au-delà des États-Unis, être toujours ouvert au compromis n’est pas une compromission, c’est la base.»

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