C’est un site industriel historique du bassin d’Alès qui devrait stopper son activité d’ici quelques mois. Le groupe belge Solvay (9000 collaborateurs) a présenté en CSE central le 24 septembre un projet de consultation des partenaires sociaux sur l'arrêt de la production d'acide trifluoroacétique (TFA) et de ses dérivés fluorés, réalisée à Salindres (Gard).
Solvay France argumente des «performances financières négatives continues», liées à une «forte concurrence internationale, principalement asiatique, sur les TFA et dérivés fluorés produits à Salindres» et un «durcissement des règlementations européenne et française sur les PFAS». L’association Générations Futures a alerté en février et juin 2024 sur le concentration de TFA, d’acide triflique et de TFSK dans les rivières voisines au site. En outre, Solvay constate «l'absence de perspectives d'amélioration future». L’arrêt de la production (dont le volume est confidentiel) doit se traduire par la suppression de 68 postes «entre début 2025 et octobre 2025».
La plateforme chimique, qui fonctionne en 5/8, emploie une centaine de salariés, mais 28 personnes dépendent d’un groupement d'intérêt économique (GIE) – maintenance mécanique, utilités, gestion des effluents – mené avec le producteur voisin de catalyseurs et adsorbants Axens. «50 postes seront supprimés dès avril 2025, précise le délégué syndical central Nicolas Lyons (CFDT) à L’Usine Nouvelle. Nous nous attendions à une baisse, à un arrêt d’unité, pas de la totalité. Pour Salindres, c’est cuit. Mais cela questionne la souveraineté industrielle : Salindres est le seul producteur européen de TFA. Au bout, ce sont des médicaments.» Le TFA peut être un intermédiaire de synthèse pour développer d’autres molécules en pharmacie et agrochimie.
Grève illimitée
Depuis l’annonce, les syndicats ont déclenché une grève illimitée. «Une réunion ce vendredi avec la direction a tourné court en raison d’actions sur le site dans la nuit, confie le délégué syndical central CGT Damien Olry à L’Usine Nouvelle. La grève continue jusqu’au 4 octobre.» Direction et partenaires sociaux doivent se retrouver le 3 octobre pour le CSE central, qui doit officiellement lancer la procédure, et le 4 octobre pour la première discussion sur les mesures d’accompagnement. «La moyenne d’âge des salariés de Salindres est de 43 ans. Beaucoup de jeunes viennent de faire construire», indique le délégué CGT. Solvay opère en France sur sept sites avec 1 300 personnes. Une manifestation de soutien doit se dérouler le 5 octobre à partir de 10h, depuis l’usine jusqu’à Salindres.
La mise à l’arrêt définitive de l’usine est envisagée en octobre 2025, suivie par la mise en sécurité du site. Classé Seveso seuil haut, il s’étale sur 110 hectares. Créé en 1855 par Henry Merle, la plateforme de Salindres fut parmi les pionnières de l’industrie chimique française sous les noms de Péchiney, Rhodia puis Solvay. L’atelier TFA de Salindres remonte à 1982 selon le site web de Solvay, qui mentionne des travaux de 20 millions d’euros sur la période 2021-2025, portant sur le traitement des déchets historiques (dépôts miniers) et des effluents.
Solvay précise enregistrer «des provisions d'environ 50 millions d’euros au cours du troisième trimestre 2024 en lien avec ce projet». L’industriel va mener «une recherche pour envisager une possible reprise d’activité du site de Salindres», annonce l’appel à une société spécialisée et affirme qu’il travaillera avec les collectivités locales et les services de l’État. Il maintient que «la France est un marché historique pour Solvay et demeure une priorité stratégique à long terme».



