Inquiétudes face à neuf cas de glioblastome autour de la plateforme chimique de Salindres

À Salindres et Rousson, Santé Publique France recense un taux de glioblastome trois fois supérieur à la moyenne du Gard entre 2006 et 2015. Des investigations complémentaires sur les risques environnementaux vont être menées sur la plateforme chimique historique de Salindres. 600 personnes travaillent aujourd’hui dans les usines de spécialités fluorées de Solvay et de catalyseurs d’Axens. 

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Vue extérieure du site Axens à Salindres
Vue extérieure de la plateforme industrielle de Salindres, l'un des deux sites concernés par les investigations.

C’est un " excès " de cas de glioblastome - une tumeur agressive du système nerveux central - que Santé Publique France établit à Salindres et Rousson (Gard), dans un rapport d’étape rendu public le 4 février. Menée à partir de 2012 pour répondre aux inquiétudes des riverains de la plateforme industrielle de Salindres, l’étude cite neuf cas diagnostiqués entre 2006 et 2015, un taux d’incidence trois fois supérieur à la moyenne départementale. Trois personnes diagnostiquées entre 2006 et 2010 ont travaillé sur la plateforme chimique de Salindres. Celle-ci remonte à la création en 1855 de la Compagnie des produits chimiques d'Alais et de la Camargue, à l’origine de Pechiney, et fut au XXe siècle l’un des plus importants sites d’extraction d’alumine.

Aujourd’hui, elle héberge deux activités classées Seveso seuil haut : Axens produit des catalyseurs et adsorbants pour les industries pétrolières et gazières avec plus de 400 salariés, et Solvay (Rhodia Opérations) fabrique avec une centaine de personnes des produits fluorés, tels des dérivés fluorés aliphatiques pour l’électronique, la pharmacie et la protection des cultures.

Pour rechercher les facteurs communs de ces cas de glioblastome, et même si Santé Publique France parle de " prudence " en raison des faibles effectifs et de la possible distribution naturelle de la maladie, de nouvelles investigations vont être menées. Elles porteront en particulier sur les facteurs de risques environnementaux connus : les rayonnements ionisants (classés cancérogènes certains) et les produits nitrosourées. Une recherche de sources de radiations ionisantes d’origine industrielle a déjà été menée via les bases de données Basias et Basol pour Salindres et Rousson et complétée par l’interrogation de la Dreal. Elle a identifié " deux sources historiques de rayonnements ionisants sur la plateforme chimique de Salindres " : l’usage autorisé de sources scellées radioactives jusqu’à la fin 2017, et le stockage de bauxaline (boue rouge) issue de la production d’alumine jusqu’en 1984, sur des terrains au sud-ouest de la plateforme chimique et à Rousson.

Plus d’investigations au niveau de la plateforme industrielle

La " priorité " des investigations complémentaires porte sur l’exposition aux radiations ionisantes au niveau de la plateforme industrielle. Seront étudiés les périodes et modalités d’utilisation, de protection, les accidents possibles, les mesures des milieux, etc. Santé Publique France a demandé une " levée de doute " sur les stockages en février, coordonnée par la Dreal avec l’appui des experts en radioprotection de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). L’ARS Occitanie a saisi l’Autorité de Sureté Nucléaires pour identifier et vérifier les sources de rayonnement ionisants référencées dans le secteur. Parallèlement, si les produits nitrosourées ne correspondent pas aux activités de la plateforme chimique, une " vérification approfondie " sera effectuée avec les exploitants.

Pour actualiser les données de santé, la recherche exhaustive de cas de glioblastome dans le Gard entre 2016 et 2019 sera menée. Enfin, les malades, ou leurs familles car plusieurs sont décédés, seront questionnés sur les facteurs de risque individuels, notamment génétiques, et les expositions aux radiations ionisantes personnelles (traitements médicaux…) et professionnelles.

Un comité de liaison, créé en 2012, est réactivé et réunira Etat, élus, industriels, associations et médecins une première fois le 27 février en sous-préfecture d’Alès. " Le directeur du site de Salindres sera présent, assure la responsable communication d’Axens. Nous avons toujours été ultra-transparents, et nous sommes aussi, du fait du classement en Seveso seuil haut, ultra-surveillés. "

* Basias est la Base nationale des Anciens sites industriels et activités de service, Basol recense les sites et sols pollués ou potentiellement pollués appelant une action des pouvoirs publics, à titre préventif ou curatif.

Les documents de Santé Publique France sont disponible ici. 

La fiche Basol de la plateforme de Salindres est disponible ici. 

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