Que faire face à l’hégémonie des américains Google, Apple, Facebook et Amazon ? Depuis plusieurs années déjà, l’Europe cherche la réponse. Elle a commencé par des amendes record mais qui peinent à être appliquées, les entreprises visées multipliant les recours devant la justice. En 2018, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) est entré en vigueur pour s’attaquer à l’une de leurs forces, les données. Puis une nouvelle arme s’est invitée dans la bataille, sans lien cette fois avec l’arsenal du gendarme européen : le choix des utilisateurs.
Depuis le 4 janvier, ils sont des millions à quitter WhatsApp, inquiets d’une révision annoncée des conditions générales d’utilisation (CGU) de la messagerie, propriété de Facebook. L’ampleur du phénomène s’observe en miroir de l’explosion des téléchargements des applications concurrentes : 11,9 millions entre la première et la deuxième semaine de janvier pour Telegram (+ 90 %) ; 8,8 millions pour Signal (+ 3 400 %).
Un report de trois mois pour tenter de rassurer
Ce qui a effrayé les utilisateurs de WhatsApp ? Un message flou, indiquant une révision du traitement des données et de la collaboration entre la messagerie et les entreprises du groupe de Mark Zuckerberg (Facebook, Messenger, Instagram, WhatsApp…), et la menace brandie d’une application hors d'usage pour ceux qui n’accepteraient pas les nouvelles CGU après le 8 février.
Il n’en fallait pas moins pour créer de la défiance et une fuite massive des utilisateurs. Si rapide et menaçant, cet exode a fait réagir la messagerie, qui a annoncé le 15 janvier un report à mai de la modification des CGU pour tenter de rassurer d’ici là. Le 22 janvier, le média Politico rapportait que Bruxelles planche aussi sur une amende, pouvant aller jusqu'à 50 millions d’euros, pour violation du RGPD. Les dates sont parlantes : les actes des utilisateurs ont bien plus de poids que les menaces du gendarme européen.
La mort de WhatsApp, seulement un coup pour Facebook
Les clarifications de WhatsApp peuvent-elles stopper l’hémorragie? Pas sûr. La messagerie est née hors du giron de Marc Zuckerberg et a bâti sa réputation sur la confidentialité et le respect de la vie privée. En cherchant à rentabiliser son achat par le partage de données, Facebook a cassé la clé du succès de WhatsApp. Celle-ci risque désormais d’être victime de ce qui a fait la force de Facebook : l’effet de réseau, selon lequel le nombre d’utilisateurs fait la valeur du produit. Tout comme il est difficile pour un réseau social concurrent d’exister parce que « tout le monde » est déjà sur Facebook, il sera difficile pour WhatsApp de survire si « tout le monde » la quitte pour Signal.
Un tel scénario porterait un coup au groupe de Marc Zuckerberg, qui avait déboursé 19 milliards de dollars pour acquérir la messagerie en 2014. Mais un coup seulement. Le géant a d’autres cartes dans sa manche, comme Instagram. Si ses utilisateurs ont les mêmes raisons de s’inquiéter que ceux de WhatsApp, ils n’ont pour l’instant pas d’application équivalente dans laquelle se réfugier.



