Santé, transports, médecine, mais aussi énergie, mode ou encore construction. Dans tous ces secteurs, la fabrication additive (FA), également appelée « impression 3D », ne cesse de prendre de l’ampleur. D’où le choix de l’office européen des brevets (OEB) de consacrer une étude, publiée mardi 19 septembre, aux dépôts de brevets internationaux, indicateurs précoces de l'innovation, dans ce domaine. « On assiste à une explosion de l’innovation depuis 2013, avec un secteur qui, en sept ans, est passé du prototypage à des applications industrielles dans une grande variété de secteurs », introduit Yann Ménière, chef économiste à l’OEB, qui cite notamment les plastiques, les métaux, les céramiques, ou encore le béton. Procédé de fabrication qui crée des objets tridimensionnels par superposition de couches successives de matière, l’impression 3D permet en effet de réaliser des pièces complexes, sur mesure, en réduisant les déchets.
Signe de ce développement, entre 2013 et 2020, les dépôts de brevets pour l’impression 3D ont augmenté de 26,3% par an, soit huit fois plus vite que la moyenne de toutes les technologies au cours de la dernière décennie. Un marché qui reste aujourd’hui une niche, mais qui pourrait dépasser les 50 milliards de dollars d'ici à 2028 selon les estimations de Wohlers Associates. Et qui n’est plus seulement porté par des sociétés d’ingénieries bien établies, mais aussi de plus en plus par des start-ups et entreprises spécialisées en fabrication additive selon le rapport.
Safran et Essilor Luxottica, premiers déposants français
Premier déposant français avec 338 demandes de brevets en technologies d'impression 3D, dont une majorité dans l’aéronautique et l’aérospatiale, Safran se classe à la douzième place mondiale, les premières places étant occupées par General Electric, Raytheon Technologies et HP. « L’impression 3D est particulièrement adaptée au secteur de l’aéronautique. En effet, il ne se prête pas aux grandes séries mais permet de réaliser des pièces complexes et sur mesure comme des turbines ou des moteurs qui doivent pouvoir résister à la chaleur et à la pression », commente Yann Ménière. Deuxième déposant français, Essilor Luxottica mise sur l’impression 3D pour la réalisation de montures sur mesure, tout comme Nike et Adidas pour leurs chaussures de sport. Enfin, la France se distingue dans le secteur de l’énergie, où l’impression 3D permet de fabriquer des turbines à la fois solides et légères.
Si les États-Unis occupent la première place du classement avec 40 % de toutes les familles de brevets internationaux liés à l'impression 3D entre 2001 et 2020, l'Europe n'est pas en reste avec 33 % des dépôts. « Comme les Etats-Unis, l’Europe possède une place centrale dans les secteurs industriels traditionnels comme l’automobile, l’aéronautique ou les machines-outils pour l’Allemagne. L’impression 3D permet à ces secteurs de se réinventer, et de transformer l’organisation de la chaîne de valeur en rapatriant une partie de la production » explique Yann Ménière.
Premier secteur pour l’impression 3D, la santé est dominée par les USA
Avec un cinquième des 50 000 brevets internationaux liés à l’impression 3D, la santé se montre le secteur le plus friand, suivie par les transports , de cette nouvelle technologie, « particulièrement adaptée aux implants, notamment dentaires, à la réalisation de modèles anatomiques spécifiques aux patients mais aussi à la fabrication de médicaments », détaille Yann Ménière. Domaine le plus avancé de la recherche fondamentale, l’impression d’organes et de tissus artificiels en 3D est dominée par les Etats-Unis, l’Inserm étant la seule institution non américaine avec 20 brevets internationaux.
Enfin, fait notable dans le secteur de l'innovation, si le Japon se place derrière l'Europe avec 13,9% des dépôts de brevets internationaux, la Chine ne compte que 3,7% des dépôts de brevets, l'impression 3D se prêtant moins à son modèle de fabrication de masse à bas coût.



