Safran, le CNRS et Polytechnique s'allient pour imaginer les propulseurs spatiaux de demain

[L'instant tech] Safran Electronics & Defense, l’École polytechnique et le CNRS viennent de créer un laboratoire de recherche commun sur les nouvelles technologies de propulsion électrique des satellites.

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Safran propulseur à effet Hall
Les travaux du laboratoire porteront sur les verrous technologiques des propulseurs à effet Hall.

Alors que le marché du newspace est dopé par plusieurs jeunes pousses tricolores, comme Exotrail ou ION-X, le groupe Safran Electronics & Defense met les bouchées doubles. Sa filiale Safran Spacecraft Propulsion vient de s’allier avec l’École polytechnique et le CNRS pour créer un laboratoire commun dédié à la recherche et au développement des propulseurs électriques de satellites. «Nous avons déjà mené des recherches avec ces partenaires historiques, et monté une chaire industrielle, note Olivier Ferrandon, directeur de Safran Spacecraft Propulsion. Nous venons de franchir une étape supplémentaire, qui va s’inscrire dans la durée.»

Sous le nom de COMHET, pour laboratoire Commun visant l’étude des Hall Effect Thrusters, cette unité de recherche a déjà pris place sur le plateau de Saclay (Essonne), au sein du Laboratoire de physique des plasmas. Ingénieurs du groupe Safran, chercheurs, thésards, post-doc… A terme, une dizaine de personnes y travailleront sur de nouvelles recherches fondamentales «cruciales pour la valorisation des technologies plasma et de leurs applications spatiales», indiquent les trois partenaires.

Leurs travaux se concentreront sur trois axes : l’étude des propergols alternatifs (nouveaux produits de propulsion électrique), les simulations numériques, les diagnostics intelligents. «Aujourd’hui, nos problématiques sont multiphysiques : de la physique des plasmas à l'électromagnétisme en passant par l'électrostatique, poursuit Olivier Ferrandon. L’objectif du laboratoire est d’améliorer les technologies que l’on maîtrise déjà, et d’orienter le développement de nos futurs produits.» La direction générale de l’armement (DGA), via l’Agence de l’innovation de défense, subventionne le laboratoire COMHET, notamment via un projet collaboratif visant la validation des outils numériques par confrontation avec des mesures expérimentales de propulseur.

Alliance entre chercheurs et ingénieurs

En 2021, Safran avait lancé un premier laboratoire selon ce modèle de partenariat tripartite. Nommé X-SELANS, il regroupe la recherche commune entre l’Université de Limoges, le CNRS et la filiale Safran Data Systems sur les stations sols. «Dans ces laboratoires communs, nous réunissons le meilleur des deux mondes, remarque Olivier Ferrandon. C’est une alliance entre des chercheurs qui vont s’attacher à une description fine des phénomènes physiques, et des ingénieurs qui vont appliquer leurs travaux.»

Le groupe s'appuie sur l’expertise du monde académique en recherche fondamentale pour lever certains verrous dans le développement de ses produits de rupture. De plus, à la différence d’une chaire industrielle, ce type de laboratoire commun permet de focaliser l’équipe de recherche sur une thématique précise. «Grâce à la rotation des thésards et des étudiants, les laboratoires sont plus féconds pour créer cette recherche», observe le directeur de Safran Spacecraft Propulsion. En ce qui concerne la propriété intellectuelle des travaux, elle est partagée entre les différents partenaires, mais le groupe Safran reste, par essence, le plus enclin à exploiter les résultats des recherches.

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