Analyse

Sabrina Soussan, Christel Heydemann... Pourquoi des femmes prennent (enfin) la tête de fleurons industriels français

Chez Orange, Suez et bientôt Veolia... Une petite cordée de femmes est en train de gagner les sommets des grands groupes industriels français. Un phénomène qui ne tient pas au hasard.

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Christel Heydemann directrice générale Orange
Christel Heydemann a pris la direction générale d'Orange, à la suite de Stéphane Richard.

Mardi 1er février, Sabrina Soussan prend officiellement ses fonctions en tant que dirigeante du « nouveau » Suez. Un groupe plus petit que l’ancien, mais qui pèse tout de même près de 7 milliards de chiffre d’affaires. Il sera détenu par les fonds Meridiam, GIP et la Caisse des dépôts. Vendredi 25 janvier, une autre figure féminine, Christel Heydemann, a été nommée directrice générale d’Orange. De quoi rompre la solitude dans les hauteurs du CAC 40 de Catherine MacGregor, la directrice générale d'Engie. Ces trois capitaines d'industrie seront rejointes, en avril, par Estelle Brachlianoff, qui prendra la direction générale de Veolia.

D’autres mouvements ont été observés, ou sont en cours, dans des sociétés un peu plus petites, et toujours longtemps exclusivement dirigées par des hommes : Eva Berneke est directrice générale de l’opérateur de satellites Eutelsat depuis janvier 2022, et Cécile Béliot deviendra celle de Bel au printemps 2022.

Pour Hervé Borensztejn, associé au cabinet Heidrick & Struggles, il faut voir dans toutes ces nominations, «une impulsion politique et sociétale». «C’est l’étape suivante, après la loi Copé-Zimmermann qui a imposé 40% de femmes dans les conseils d’administration. Le plafond de verre des directions générales va craquer, même si on est encore loin du compte aujourd’hui avec 5% de femmes à la tête du SBF 120, alors qu’elles sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes», anticipe cet observateur.

... Mais « seulement » des directrices générales

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Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et incarnation de l’Etat actionnaire, n’a pas caché préférer une femme à la tête d’Orange. Antoine Frérot milite depuis de longues années pour la féminisation des équipes de Veolia et la promotion des femmes. En nommer une pour lui succéder, c’est une fidélité à lui-même. Pour Sabrina Soussan chez Suez, un porte-parole de Meridiam explique qu’elle a bien évidemment été sélectionnée pour ses compétences. mais «le fait qu’elle soit une femme est un vrai plus», convient-on. Cela a certainement séduit aussi la Caisse des dépôts qui, suivant la politique de sa tutelle, s’attache à féminiser ses participations.

On ne peut s’empêcher de noter que beaucoup de ces femmes se voient confier des responsabilités au moment où les entreprises dissocient les fonctions de directeur (directrice) général(e) et président du conseil d’administration. C’est une vraie tendance en matière de bonne gouvernance d’entreprise, mais on ne peut que noter qu'Estelle Brachlianoff, Christel Heydemann et Cécile Béliot seront DG... Alors que leurs prédécesseurs étaient PDG. Certains ex-PDG conserveront d'ailleurs la présidence et pourront couver ainsi les premiers pas de leurs protégées... Qui s’en seraient peut-être passées.

Beaucoup d'ingénieures

Côté formation, pas de self-made-woman, ce qui est rarement le cas des hommes dans ce type d'entreprises. Il s'agit principalement d'ingénieures. Certains PDG, comme Antoine Frérot, ont même choisi leur clone en matière de formation : Estelle Brachlianoff est une X-Ponts, tout comme lui. C'est aussi le cas de Christel Heydemann, quand Catherine MacGregor est centralienne. Sabrina Soussan est diplômée de l’Ensma (Ecole nationale supérieure de mécanique et d’aérotechnique).

Etant Danoise, la patronne d’Eutelsat n’est diplômée «que» de l’Université technique du Danemark. Mais elle a visiblement bien compris les lieux qui comptaient en France, car elle est membre du conseil d’administration de Polytechnique. A la tête d’un groupe de grande consommation, Cécile Béliot est diplômée d’une école de commerce, l’Essec. Dans toutes ces nominations, «il y a eu de fait, à compétences égales, de la discrimination positive pour faire bouger les choses», considère Hervé Borensztejn. «Car nous sommes encore très en retard par rapport aux pays du Nord de l’Europe», rappelle-t-il. 

Expérience des conseils d'administration

Mais si discrimination positive il y a eu, aucun amateurisme dans les parcours de ces femmes. Christel Heydemann était directrice générale Europe de Schneider Electric, Sabrina Soussan co-CEO de Siemens mobility avant de devenir PDG d’un groupe suisse, Dormakaba. Elle est qualifiée par son nouvel actionnaire Meridiam d’«experte en conduite du changement». Eva Berneke a dirigé la société danoise de logiciel KMD. Estelle Brachlianoff, directrice des opérations de Veolia, supervisait auparavant des business unit dans près 40 pays.

Dernière caractéristique commune : toutes ces femmes ont déjà l’expérience des conseils d’administration. Parfois même dans l'entreprise qui les a recrutées, comme Christel Heydemann, déjà au comité d’audit d’Orange, lorsqu’elle officiait chez Schneider. Estelle Brachlianoff est administratrice du groupe de luxe Hermès, Eva Berneke chez Lego et Vestas, Sabrina Soussan dans l’entreprise américaine ITT. Compte tenu de leurs précédents états de service, les conseils n'ont pas fait des paris hasardeux en nommant ces nouvelles directrices générales.

Il n’est pas encore né le temps de la vraie égalité, «où l’on nommera à un poste important, une femme incompétente» comme s’en amusait la journaliste Françoise Giroud. Mais la voie est ouverte pour plus d’équité. D’autant qu’une proposition de loi a été promulguée le 24 décembre dernier pour intégrer 30% puis 40% de femmes d’ici à 2030 dans les instances de directions des entreprises. Selon Hervé Borensztejn, dont l’entreprise a pour mission de dénicher des profils de haut niveau, ces nominations vont avoir un effet vertueux sur la diversité des entreprises concernées. «Une femme qui constate qu’un comité de direction est très masculin, n’a en général pas envie de rejoindre ce type d'entreprise», souligne-t-il. Pour les hommes, la compétition sera plus rude, car le vivier de hauts potentiels s’ouvre.

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