En septembre 2020, l’annonce de la fermeture de l’usine Bridgestone à Béthune a réveillé les mauvais souvenirs dans les Hauts de France. Celles de la longue vague de désindustrialisation qui a fait perdre entre 2008 et 2017 un quart de l’emploi industriel de la région, selon l’Insee. Beaucoup plus que d’autres régions, l’économie des Hauts de France dépend de l’implantation de grands groupes, qui pèsent pour 60 % de l’emploi industriel local. La région a été en première ligne des restructurations lorsque les entreprises ont réduit la voilure. Les Hauts de France espèrent bien tourner la page.
Dans une région où le taux de chômage reste au-dessus de la moyenne nationale, même s’il a baissé à 9,3 %, la bataille de l’emploi a été érigée en priorité par Xavier Bertrand, le président sortant du Conseil régional des Hauts de France, qui veut faire de sa réélection un tremplin vers une candidature à l’élection présidentielle. Depuis 2015, c’est lui qui supervise en direct le développement économique, quand les autres présidents de région se reposent sur un vice-président en charge du sujet.
1,3 milliard d'euros de plan de relance régional
Pour créer de l’emploi, la région table avant tout sur la réindustrialisation et le soutien à l’industrie. « Il y a toujours eu traditionnellement un fort soutien à l’industrie dans la région. Nous ne sommes pas dans une région où nous pouvons tout miser sur le tertiaire », reconnaît Olivier Hutin, le président de l’UIMM des Hauts de France, alors que le secteur conserve des fleurons dans l’agroalimentaire notamment avec Lesaffre, Bonduelle ou Roquette et reste la deuxième région automobile française. Dans le scrutin régional, le sujet est en tout cas beaucoup plus consensuel que la question des éoliennes, qui enflamme les débats entre Karima Delli, la tête de la liste d’union de gauche, Laurent Pietraszewski (LREM), Xavier Bertrand et Sébastien Chenu le candidat du Rassemblement national, les deux derniers s’opposant à la construction de nouveaux parcs.

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Avances remboursables, prêts pour soutenir la trésorerie d’entreprises en difficultés, soutiens à l’innovation… La région avait déjà mis en place un large panel d’outils de financement pour aider les entreprises industrielles avant la crise. Le Covid l’a incitée à renforcer en urgence ses dispositifs d’intervention. Dès le mois de juin 2020, elle a adopté son plan de relance régional, doté de 1,3 milliard d’euros. Un nouveau fonds de consolidation Reboost a été lancé à l’automne pour prendre des participations dans des entreprises industrielles traversant une mauvaise passe et les aides aux diagnostics pour l’industrie du futur renforcées.
Mission Rev 3 pour accélérer la transition écologique
Pour renforcer la résilience de ses entreprises, la région a aussi accéléré la stratégie de troisième révolution industrielle, rebaptisée « Rev 3 » sur laquelle elle ambitionne d'être pionnière en Europe. Depuis 2014, elle s’est engagée dans la démarche défendue par le prospectiviste américain Jérémy Rifkin. « La crise a été un accélérateur de transformation, ce n’est pas le moment d’arrêter», pointe-t-on au conseil régional. La mission REv3 pilotée par Philippe Vasseur, qui regroupe les équipes de la région et de la CCI, a déjà soutenu près de 1 000 projets. Dans le plan de relance régional, 85 millions d’euros supplémentaires ont été fléchés vers un plan « CO2 et industrie » pour encourager la décarbonation de l’industrie. Et la région a mobilisé 100 millions d'euros pour REv3 financement, qui propose des prêts, des subventions et des prises de participations dans des entreprises engagées dans la transition environnementale, avec l'espoir de générer 500 millions d'effet de levier. « Les entreprises ont conscience qu’il faut aller dans cette direction. Il y a encore beaucoup de pédagogie à faire pour qu'elles s’y intéressent », souligne Gilles Zuberbuhler, président de Weylchem. En amont des élections, le patronat local a listé 40 propositions pour renforcer l’économie locale, dont l’accélération du déploiement de la fibre sur tout le territoire et la création de grandes plateformes industrielles.
Attirer de nouvelles usines
Car pour renverser la vapeur de la désindustrialisation, les Hauts de France misent sur l’arrivée de nouvelles usines. Et prospectent à tout va. « On est mort de faim pour attirer des emplois. On se bat sur chaque dossier d’implantation, chaque extension. Quand une entreprise se rend compte que tout un territoire se mobilise pour elle, cela fait la différence », défend-on au Conseil régional. Malgré les efforts déployés, le Brexit n’a pas abouti à un afflux d’investissements dans la région. Mais sa position géographique stratégique reste un atout. Pour séduire les investisseurs, les Hauts de France n’hésitent pas à jouer leur va-tout. Un « contrat d’implantation », avec guichet unique et mobilisation à tous les étages de l’administration, a été lancé. Avec succès. En 2020, la région a conservé sa place de première destination pour les investissements étrangers dans l’industrie. Le groupe textile Dickson a ainsi lancé la construction d’une nouvelle usine de textile à Hourdain, Et la région se rêve en grand pôle de la filière des batteries électriques avec les implantations annoncées des gigafactories d’ACC et de la coentreprise Renault-Envision (voir ci-dessous). Le lancement des travaux du canal Seine Nord, après des années de report, devrait encore doper l’attractivité des Hauts de France.



