La diatomée, une usine cellulaire pour anticorps à visée thérapeutique. La start-up française Alga Biologics utilise cette microalgue, plutôt courante dans les fonds marins, pour produire des biomédicaments (des médicaments dont la substance active est produite par le vivant et non par la chimie de synthèse). La fondatrice Muriel Bardor soulève «la capacité naturelle de la microalgue phaeodactylum tricornutum à produire des protéines proches des cellules humaines».
Apprendre à programmer les diatomées
Avec 11 salariés, Alga Biologics dispose de deux sites : un premier de R&D dans un laboratoire loué auprès de l’université de Rouen Normandie pour accéder à certains équipements utilisés ponctuellement, et celui de production inauguré en novembre 2024 à Canteleu (Seine-Maritime). La start-up fondée en 2021 exploite une technologie et des brevets issus de dix ans de recherche académique. Muriel Bardor cherchait une façon de faire des biomédicaments plus avantageuse qu’avec des cellules de mammifères, mais sans qu’il soit nécessaire pour les industriels de la pharma de changer leur outil de production. Il fallait donc une plante qui se cultive en bioréacteur fermé.
Les diatomées sont utilisées depuis plusieurs années dans les cosmétiques et l’agroalimentaire. Pour les applications en santé, il faut «modifier le génome de la microalgue qui ne fait pas naturellement des anticorps», explique Muriel Bardor. Il a donc fallu appréhender «l’étape de programmation pour amener les microalgues à synthétiser la molécule souhaitée en lui transmettant une information génétique précise», détaille-t-elle. Puis, pour récupérer la molécule produite, la start-up prélève le jus issu de la culture… et conserve précieusement les microalgues pour d’autres productions. Avec un vrai avantage environnemental, puisque ces microalgues capturent du CO2 et participent à la décarbonation.
Une plateforme d’industrialisation des biomédicaments
Afin de prouver le fonctionnement de cette usine cellulaire, Alga Biologics a démarré la production d’un anticorps dédié au traitement des neuroblastomes, un cancer pédiatrique. Mais à terme, c'est bien son usine cellulaire que la start-up entend vendre aux laboratoires et sociétés pharmaceutiques productrices d'anticorps. Elle entend ainsi substituer sa solution à une production aujourd'hui faite à partir de cellules de mammifères, un procédé long et onéreux. Par exemple, l’anticorps pour traiter le neuroblastome coûte 9000 euros la dose, à laquelle il faut ajouter les frais d’injection. Alga Biologics espère faire baisser son coût de production de 70%.
Un cycle de production d’Alga Biologics dure 8 jours contre 15 à 21 jours pour la synthèse d’anticorps des cellules de mammifère. «Nous travaillons à améliorer les rendements de production et peaufiner les phases d’industrialisation», ajoute la fondatrice. En 2024, Alga Biologics est passé de 5 litres à 200 litres de production, soit 200 milligrammes d’anticorps, avec la même efficacité et ambitionne d’aller jusqu’à 2000 litres produits.
«Si des cellules de mammifère sont utilisées pour synthétiser les molécules, il faut beaucoup d’étapes de purification pour limiter les risques de contamination virale, ajoute encore Muriel Bardor. En utilisant des microalgues, les milieux de culture ne coûtent pas très cher car ils sont composés d’eau de mer sans intrant d’origine animale et aucun virus pathogène pour l’homme ne peut pousser.» Un autre avantage : la stabilité dans le temps des cellules de microalgue. «Il suffit de changer le milieu de culture pour relancer une production avec les mêmes cellules», déclare Muriel Bardor.
La start-up stocke précieusement ses microalgues
La start-up a acheté ces algues dans une banque pour ne pas puiser dans les ressources marines. Et elle en a cryopréservé une partie pour relancer la productioj en cas d’accident. Aujourd’hui les enjeux sont doubles pour Alga Biologics : augmenter ses capacités de production et obtenir les homologations auprès des agences réglementaires concernées pour ce type de production. Elle espère décrocher toutes les autorisations nécessaires d’ici la fin de l’année 2027. Et mène en attendant des tests chez des petits animaux.



