Des vers marins pour oxygéner les organes, les tissus et la peau. C’est le projet de la start-up Hemarina fondée en 2007 par Franck Zal. Alors chercheur au CNRS, il s’intéresse de longue date aux vers marins, «ces premiers organismes à avoir quitté l’océan il y a 450 à 500 millions d’années», comme il se plaît à le rappeler. Il cherche à comprendre tout particulièrement comment les vers arénicoles sont capables de respirer entre la marée haute et la marée basse.
Il trouve une hémoglobine extracellulaire : cette molécule, 250 fois plus petite qu'un globule rouge du corps humain, peut fixer 40 fois plus d’oxygène. «Et la structure de cette hémoglobine est presque identique aux hémoglobines humaines», s’empresse d’ajouter Franck Zal. Puis, se rendant compte que ces molécules peuvent être injectées dans de petits animaux de type souris, le chercheur fonde sa start-up pour concevoir des produits à destination des humains. Cerise sur le gâteau : la molécule, universelle, convient à tous les groupes sanguins.
Améliorer la récupération des patients transplantés
Améliorer la conservation des organes ou accélérer la cicatrisation des plaies : cette molécule qui oxygène tissus et organes, peut aider de plusieurs façons. Liquide, poudre ou gel, Hemarina décline sous différentes formes le transporteur d’oxygène selon les usages. Dans le cadre des transplantation d’organes (foie, pancréas, cœur, rein), la solution produite par Hemarina est injectée directement dans la poche contenant la solution de conservation des organes. L’objectif est double : conserver l’organe plus longtemps avant de réaliser la transplantation – par exemple, 7 jours au lieu de 12 heures pour les reins – et permettre un meilleur rétablissement des patients.
Les essais cliniques pour la transplantation sont terminés. «Mené sur 120 paires de reins (60 donneurs et 120 receveurs), cet essai clinique montre que la reprise de fonction du greffon après transplantation est trois fois plus rapide avec notre dispositif médical, détaille Franck Zal. Celui-ci augmente aussi la durée de conservation du greffon avant transplantation. Et quatre ans après, la survie des patients est de 98,3% lorsque notre solution est utilisée – contre 85% sans.»
Favoriser la cicatrisation des brûlures
Pour favoriser la cicatrisation des plaies, Hemarina propose aussi une seringue contenant un gel pour oxygéner des tissus par voie topique. Un pansement non occlusif complète le dispositif pour lequel la start-up n’a pas encore mené d’essai clinique. Toutefois, avec des accès compassionnels demandés auprès de l’ANSM (l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), la solution est testée ponctuellement par des hôpitaux. Une quarantaine de patients ont été traités dans ce cadre.
Par exemple, l’hôpital de Nantes a utilisé le pansement oxygéné pour soigner le torse et le dos d’une personne brûlée à 85%. Le malade est sorti trois mois plus tard avec une peau néosynthétisée grâce à ce dispositif. Il est aussi possible d’imaginer des applications dans le dentaire pour soigner des personnes souffrant d’une maladie parodontale ou pour favoriser la cicatrisation lors de la pose d’implants.
Une production contrôlée
Pour parvenir à concevoir ses produits, Hemarina a appris à maîtriser la production du ver arénicole. En 2013, la start-up achète une ferme aquacole sur l’île de Noirmoutier (Vendée) qui produisait du turbot (un poisson plat). Elle l’a transformé pour que ses six salariés s’occupent de la production du ver arénicole. Un point de recherche a concerné sa reproduction, qui n'a lieu qu'une seule fois par an dans la nature. «Nous contrôlons désormais ce cycle, affirme Franck Zal. A terme, nous pouvons produire 30 tonnes de vers arénicole par an sur le site de Noirmoutier. Avec 750 kilogrammes de vers nous répondons à la problématique du don d’organe en France.»
Tout est industrialisé sur ce site de production jusqu’à la collecte des vers. De grands bacs reproduisent la mer et ses courants, et d’autres la plage et son sable fin. Arrivés à maturité, les vers sont purifiés pour être débarrassés du sable, puis placés dans des sachets pour être congelés. Leur hémoglobine est prélevée sur un autre lieu et déclinée dans les différents produits d'Hemarina. Une machine rodée, avec laquelle la start-up espère inonder le marché.



