« Les jeunes n'[y] apprennent qu'à mentir en écrivant dix lettres de motivation différentes »,considère Jean-Luc Mélenchon. C'est un « algorithme opaque » pour la candidate Les Républicains, Valérie Pécresse, et un « système anxiogène » aux yeux de la socialiste Anne Hidalgo… Depuis quelques semaines, les candidats à l'élection présidentielle multiplient les critiques à l'encontre de Parcoursup, la plateforme web chargée depuis 2018 de recueillir et de gérer les vœux d'affectation des lycéens français désireux de rejoindre le supérieur.
A l'instar d'Eric Zemmour, les candidats s'interrogent sur l'algorithme qui dispatche les futurs étudiants selon leurs choix, les documents renseignés (notes, lettre de motivation…) et les critères de sélection décidés par les universités. Dans un rapport publié en 2020, la Cour des comptes préconisait déjà la publication des algorithmes locaux utilisés par les commissions qui préclassent les candidats, et la suppression du lycée d'origine dans les informations fournies à ces dernières.
Une vision plus contrastée sur le terrain
Chez les acteurs de terrain, l'avis est plus nuancé. Chaque année, l'ESILV, école d'ingénieurs spécialisée dans le numérique, recrute environ 400 étudiants par le biais de Parcoursup, via la filière STI2D et pour irriguer ses campus de Paris et Nantes. Pour son directeur Pascal Pinot, en plus d'être « robuste et performante », la plateforme a amélioré la visibilité de son école auprès des lycéens.« Il y a des infos sur le taux d’accessibilité, des fiches détaillées, l’ergonomie est relativement bonne. Cela a considérablement augmenté le nombre de vœux pour l’ESILV. Il y en avait 6 000 lors de la dernière session », constate-t-il.
Autre atout vanté par certains établissements du supérieur : Parcoursup centralise l'ensemble des inscriptions de formations. « Pour les étudiants, cela peut paraître au premier abord une jungle, mais tout y est décrit. Avant, ils devaient aller à la pêche aux informations. De notre côté, c’est plus simple, car nous n’avons pas à gérer les candidatures en interne », estime Claude Maranges, responsable des formations de l’Insa Toulouse, membre du réseau éponyme, qui recrute chaque année parmi 22 000 candidats issus de Parcoursup.
Interrogé à ce sujet par M6 le 23 mars, Emmanuel Macron est le seul candidat à défendre Parcoursup, dispositif mis en place durant son mandat. Le président a mis en avant des améliorations par rapport à l'ancienne plateforme admission post-bac, qui tranchait notamment certains cas de figure par tirage au sort. Dans son programme, Emmanuel Macron dit vouloir mieux accompagner les familles et développer les filières courtes, plus susceptibles d'accueillir les bacheliers professionnels, majoritaires parmi les candidats laissés sur le carreau à l’issue de la procédure.
Plusieurs pistes d'amélioration
Malgré ces points positifs, Parcoursup n’échappe pas aux critiques. Dans un rapport publié le 23 juin 2021, France Stratégie loue une initiative allant dans la bonne direction, mais qui « pourrait encore être améliorée en ajoutant des informations sur les débouchés professionnels de chaque filière, ainsi que des témoignages et commentaires d’étudiants ou de diplômés ». Un constat que partage Claude Maranges de l'Insa Toulouse : « Il y a possibilité d’ajouter des critères sociaux autres que celui de boursier, notamment les catégories socio-professionnelles des parents pour favoriser la diversité dans le recrutement ».
Co-rapporteure d'une mission parlementaire d'évaluation de l'accès à l'enseignement supérieur, la députée Nathalie Sarles (LREM) s'est longtemps penchée sur le fonctionnement de Parcoursup. Opposée à la suppression d’une plateforme « qui permet de lutter contre les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur », elle a formulé plusieurs pistes pour renforcer Parcoursup. Parmi elles : mieux informer les candidats inscrits sur Parcoursup en insérant des vidéos témoignages d’anciens étudiants et en renseignant le taux d’insertion professionnelle sur les fiches des formations, une proposition reprise par Emmanuel Macron. Le rapport suggère également l’organisation d’une enquête nationale permettant de mieux évaluer qualitativement les affectations en recueillant notamment les préférences relatives des candidats. Une initiative actuellement au point mort.
Au final, si Parcoursup est susceptible d'amélioration, sa suppression pure et simple ne semble pas une si bonne idée. Surtout que les candidats qui le fustigent n'ont pas vraiment de solution alternative. Jean-Luc Mélenchon propose de le remplacer... par « rien », car le système d'admission-post bac est une « ignominie » et que l'enjeu est de garantir à tous les bacheliers sans sélection l'accès à la formation de leur choix en créant des places.



