Sanofi mise (enfin) sur la technologie ARN messager. Le laboratoire français a inauguré vendredi 18 avril son Centre d’excellence ARN messager sur son site de Marcy-L’Etoile, près de Lyon (Rhône), un bâtiment de R&D et de transfert vers la production industrielle qui a mobilisé un investissement de 120 millions d’euros. La région Auvergne-Rhône Alpes et l’Europe ont apporté 8 millions d’euros à travers le fonds Feder. «De la R&D au produit fini, en passant par la mise au point des procédés, l’ensemble de la chaîne de valeur est regroupée ici. Cette proximité va nous faire gagner du temps», résume Charles Wolf, directeur France de Sanofi, et patron de la branche vaccins.
Complétement opérationnel depuis début avril, ce nouvel outil baptisé XL emploie déjà 300 personnes. Il vise à élaborer les futurs vaccins ARN, ces molécules qui agissent sur le système cellulaire à partir de l’ADN. «Nous avons une dizaine de vaccins en phases d’études cliniques 1 et 2, dont deux sont proches de la phase 3 d’enregistrement», dit Jean-François Toussaint, patron de la R&D du laboratoire. Parmi cette dizaine de médicaments, le scientifique cite la grippe saisonnière, dont la souche évolue chaque saison, et la grippe H5 dérivée de la grippe aviaire «et qui présente une menace de nouvelle pandémie notamment aux Etats-Unis», précise-t-il. Sanofi a déjà communiqué sur la sortie avant la fin de l’année d’une étude en phase 3 pour un vaccin contre l’affection respiratoire VRS destinée aux plus de 65 ans.
Phase pré-industrielle
Jean Fosto - Sanofi Construit par le français Clemessy, le bâtiment de 14000 m² comprend des salles de préparation de lots de quelques millilitres jusqu’à des lots de principes actifs de 300 litres destinées à une production industrielle. Ces lots seront dirigés vers la nouvelle usine Modulus de Neuville-sur-Saône (Rhône) inaugurée en septembre 2024, où ont déjà été produits des vaccins contre la rage. Pour le remplissage en seringues, les lots prendront la direction de l’usine de Val-de-Reuil (Eure), où Sanofi vient d’investir 80 millions d’euros pour un nouvel atelier de production de ces nanoparticules lipidiques.
En pointe face aux futures pandémies
Questionné sur la position de Sanofi sur une double production en France et aux Etats-Unis, pour répondre à la guerre commerciale en cours, Sanofi répond que Val-de-Reuil est la «seule unité du groupe capable de répondre à une nouvelle pandémie», dit Charles Wolf, patron de Sanofi France. «A ce jour», dit Jean-François Toussaint, Sanofi n’a pas l’intention de dupliquer son usine normande de l’autre côté de l’Atlantique, mais cela dépendra bien sûr du bras de fer entre Donald Trump et l’Europe.
D’autant que pour l’instant, Sanofi n’a aucun vaccin ARN messager sur le marché. Tancé par le président Emmanuel Macron durant la crise Covid en raison de l’absence de réponse au Covid-19, Sanofi a mis cinq ans pour arriver à «une dizaine de vaccins en préparation», dit Jean-François Toussaint, directeur de la R&D du groupe. Ce temps long s’explique par la stratégie de Sanofi d’être «first in class», ajoute-t-il . Autrement dit, le laboratoire français ne cherche pas à suivre ses concurrents, mais à détenir l’ensemble de la chaîne de valeur d’un médicament, là où ses concurrents Pfizer ou Astra Zeneca avaient acquis des brevets de biotech.
Sanofi a toutefois commencé par acquérir lui aussi une biotech, en l’occurrence Translate Bio en 2021, près de Boston. Cette société de biotechnologies reprise avec 80 salariés en compte désormais 300. C’est elle qui prépare les bases lipidiques par exemple dans lesquelles sont encapsulées les molécules ARN. «Nous investissons en continuum sur nos deux sites. Notre labo de Waltham nous permet d’aller plus vite dans l’analyse des datas, car la sélection des bonnes molécules d’ARN se compte en milliards de possibilités. L’expertise française a permis d’apporter la solution industrielle à grande échelle», précise Régis Gervier, directeur de cette branche vaccins à ARN messager, qui chiffre à 250 millions d’euros par an les investissements de Sanofi dans son secteur. Une façon de dire que les vaccins en question ne sont pas des produits nationaux, mais globaux, et qu’ils pourront ainsi échapper à la guerre commerciale entre l’Europe et les Etats-Unis.



