En début d’année, la Banque de France prévoyait encore une inflation de 5,4% en moyenne pour 2023, après une hausse de 5,9% déjà en 2022 attisée par la flambée des prix de l’énergie et des matières premières. Face à cette valse des étiquettes, la rentabilité des entreprises est scrutée de près, notamment dans l’agroalimentaire où le gonflement des marges est même devenu un sujet d’intérêt pour le grand public. Les entreprises de taille intermédiaires (ETI) ne s’inscrivent globalement pas dans le même élan, selon l’enquête annuelle de conjoncture de Bpifrance qui leur est consacrée. Publiée jeudi 8 juin, celle-ci a été réalisée entre fin mars et mi-mai auprès d’environ 400 de ces entreprises à mi-distance entre les PME et les grands groupes.
47% des entreprises de l'industrie et de la construction anticipent une baisse des marges
Dans l’ensemble, 45% d’entre elles anticipent une dégradation de leur marge nette – un indicateur qui rapporte leur bénéfice net à leur chiffre d’affaires – en 2023, qu’elle soit légère (32%) ou franche (13%). Un autre tiers d’ETI prévoit une stabilité de ses marges, 20% une légère hausse et 2% une hausse significative. Dans l’industrie et la construction, 18% des ETI s’attendent même à une franche dégradation de leur marge nette. La part des entreprises de cette catégorie présageant d’une dégradation de leur rentabilité est d’ailleurs un peu supérieure à la moyenne (47%). Bpifrance précise que le secteur de l’industrie et de la construction est composé d’environ 80% d’ETI industrielles et 20% de la construction, donc la tendance observée est en grande partie déterminée par le secteur industriel.
Certes, les hausses des prix anticipées pour 2023 semblent pouvoir compenser les augmentations de salaires. Ainsi, près de 70% des ETI comptent accroître leurs prix de vente cette année, de 4,3% en moyenne en incluant celles qui ne procèderont pas à des augmentations. Les salaires devraient eux gonfler de 3,9% en moyenne par rapport à 2022, mais la quasi-totalité des entreprises affirment cette fois suivre ce mouvement (94%). Les augmentations devraient d’ailleurs être plus élevées dans les ETI industrielles, à 4,2%.
Un frein pour les besoins de financement
Sans parler du coût de leurs matières premières, les ETI doivent aussi gérer un tassement des commandes et une hausse du coût de leur électricité pour plus de 80% d’entre elles. La facture devrait au moins doubler pour un quart de ces entreprises, ce qui «s’explique par la renégociation des contrats à prix fixe avec les fournisseurs d’énergie» en dépit d’une «détente significative du prix spot [prix de marché pour un approvisionnement immédiat, ndlr]», souligne l’étude. Face à cette seule hausse, près d’une ETI sur deux dit réagir en changeant ses prix de vente, 44% investissent pour réduire les coûts énergétiques et 27% indiquent réduire leur marge. Le marché du gaz semble de son côté se tranquilliser.
In fine, l’insuffisance des marges d’exploitation reste le principal frein à l’accès au financement des ETI, selon les entreprises questionnées. Elles sont plus de la moitié à considérer cet élément comme un obstacle important à leur financement, avant même le resserrement des conditions de crédit qui est pourtant bien plus cité qu’en 2022 en raison de la hausse des taux. L’enquête augure de fait d’un ralentissement des investissements en 2023 par rapport à 2022. Une tendance qui devrait largement toucher l’industrie.



