Dans son état des lieux du sexisme publié lundi 23 janvier, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) juge la situation "alarmante" de façon générale en France. Indissociable du quotidien de nombreux Français, le monde du travail n’échappe à ce constat.
Certes, Orange a nommé en 2022 Christel Heydemann comme directrice générale – un symbole de l’arrivée de femmes à la tête de fleurons industriels – et la loi Rixain qui prévoit 40% de femmes dans les instances dirigeantes en 2029, a commencé à s’appliquer, note le HCE. Mais son sondage mené en octobre auprès d’un échantillon représentatif de 2 500 personnes est beaucoup plus inquiétant.
On y apprend que 46% des femmes "ont eu l’impression d’avoir été moins bien traitées en raison de leur sexe dans le monde du travail". La question fait référence à des moments-clés d’une carrière comme l’embauche, la promotion ou la demande d’augmentation. Cette proportion passe même à 55% pour les femmes des catégories socio-professionnelles les plus favorisées. Seuls la rue et les transports (57%), ainsi que le foyer familial (49%), font pire que le monde du travail.
Les ouvrières dénoncent des discriminations à l'emploi
Face à ces discriminations au travail comme dans la société, de nombreuses femmes adoptent des conduites d’évitement. Ainsi, 35% d’entre elles n’ont pas osé demander une promotion ou une augmentation en raison de leur genre. C’est même le cas de 44% des femmes des catégories socio-professionnelles les moins favorisées. "Les situations sexistes au quotidien peuvent donc fonctionner comme des trappes à bas salaire et expliquer pour partie la persistance d’inégalités salariales sur le marché du travail", indique l’étude. Près d’un quart des femmes, et plus d’un tiers chez les cadres, racontent d'ailleurs avoir vécu un écart de salaire avec un collègue homme à poste égal et compétences égales. 23% des ouvrières affirment aussi avoir subi une discrimination à l’emploi au profit d’un homme.

- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
- 0.2-33.33
Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
De façon plus générale, 60% des femmes actives ont déjà renoncé à s’habiller comme elles le souhaitaient par crainte de regards ou de commentaires. Et 44% ont renoncé à dire quelque chose par crainte de la réaction des hommes autour d’elles. In fine, seuls 20% des Français interrogés considèrent que les femmes et les hommes sont égaux en pratique dans le monde professionnel.
Un grand plan réclamé sur l'orientation
Le HCE explique ce chiffre par la surreprésentation des femmes dans les métiers précaires et aux horaires atypiques. Autre raison mentionnée dans le rapport : l’ouverture difficile de certaines voies professionnelles, notamment les filières numériques et scientifiques. 15% des femmes rapportent avoir déjà douté, voire renoncé, à s’orienter dans ces filières ou vers les métiers majoritairement composés d’hommes, surtout par crainte de ne pas y trouver leur place ou de s’y sentir mal à l’aise, mais aussi par crainte du harcèlement sexuel dans une moindre mesure.
Pour contrer ces discriminations, le HCE propose plusieurs recommandations dont l’adoption d’un plan national d’orientation professionnelle dès le collège pour orienter les jeunes filles vers les métiers d'avenir. Il réclame également de rendre obligatoires les formations de prévention et de lutte contre le sexisme dans toutes les entreprises.



