Transformer, en quelques minutes, un dessin technique en un plan 3D adapté à la fabrication additive. C’est l’innovation sur laquelle travaille la start-up Spare Parts 3D (SP3D), basée à Toulouse (Haute-Garonne). La pépite, fondée en 2016 et spécialiste de la digitalisation des pièces détachées, développe depuis 2022 une brique technologique, appelée «Théia», en partenariat avec le Lurpa (laboratoire universitaire de recherche en production automatisée) de l’ENS Paris-Saclay. Lauréat de France 2030, le projet a reçu un soutien de 1,4 million d’euros de l’Agence de l’Innovation de Défense (AID). En mars 2024, SP3D a lancé un appel à candidatures pour tester pendant un an son logiciel chez plusieurs industriels.
Réseaux de neurones et vision par ordinateur
SP3D se fait connaître en 2018 avec le logiciel d’IA DigiPARTTM qui permet d’identifier, de numériser et d’imprimer en 3D les pièces de rechange de ses clients afin de constituer leur passeport digital. Mais aussi de déterminer l’ensemble des pièces détachées techniquement et économiquement imprimables. Une solution qui séduit, la start-up se targuant d’un chiffre d’affaires d’un million d’euros, d’une croissance annuelle autour de 200%, et d'un développement international, notamment en Asie et au Moyen Orient. Mais Paul Guillaumot, son fondateur, souhaite aller plus loin, afin de favoriser le développement d’une impression 3D qui en est encore aujourd’hui à ses prémisses.
«Au fur et à mesure, nous nous sommes rendu compte de la difficulté de créer cet inventaire. Il n’était jusqu’alors possible d’extraire informatiquement les informations d’une pièce qu’à partir d’un plan vectorisé, c’est-à-direpossédant déjà un grand nombre d’informations techniques encodées», pointe l’ingénieur des Arts et Métiers, passé par Oliver Wyman. Or, la grande majorité des plans de pièces détachées sont encore sous forme manuscrite ou PDF. Ce qui implique d’extraire ces informations manuellement, «rendant la numérisation en vue d’une fabrication 3D complexe et longue, de quelques heures à quelques jours», souligne Paul Guillaumot.
D’où le lancement du projet de recherche avec le Lurpa, qui vise à ajouter le module Théia au logiciel DigiPARTTM. Avec pour objectif la définition, à partir d’un dessin technique en 2D, du modèle tridimensionnel d’une pièce, impératif pour pouvoir l’imprimer. Une innovation qui s’appuie sur les réseaux de neurones et la vision par ordinateur pour comprendre et analyser les éléments techniques (dimensions, représentation géométrique et tolérances) de la pièce.
700 candidats prêts à tester «Theia»
A l’issue de deux ans de recherche, Paul Guillaumot l’assure, Théia est aujourd’hui en capacité de transformer un nombre important de dessins techniques en plan 3D prêt à imprimer. Dans cette optique, il a lancé en mars dernier un appel à candidature sur son site, afin que le logiciel puisse s’améliorer en travaillant pendant un an sur des cas concrets chez des industriels. Un mois plus tard, quelque 700 entreprises dans une grande variété de domaines ont manifesté leur intérêt. En parallèle, la start-up a lancé une levée de fonds de 5 millions d’euros.
Deux verrous technologiques principaux restent encore. En particulier, la capacité de Théia à analyser des «plans de coupe», qui permettent de décrire les géométries internes aux pièces, mais sont particulièrement complexes à lire. Mais aussi les «plans avec des surfaces gauches» c’est-à-dire des formes complexes comme des hélices.
A la clé, la promesse d’une diminution des coûts de stockage et la disponibilité quasi immédiate des pièces de rechange. Mais aussi la relocalisation d’une production souvent basée en Asie. «Grâce à Théia, tout le processus jusqu’à l’impression 3D peut être réalisé en interne, sans qu’aucune information industrielle ne sorte de l’usine, ou alors dans le cadre d’une sous-traitance locale, plus facile à maîtriser», assure Paul Guillaumot. Reste à convaincre les industriels à l'issue de la phase test d'un an.



