Pourquoi redémarrer l'investissement reste un défi

Pour soutenir les investissements, le plan de relance a mis en place plusieurs subventions, pouvant aller de 10% à 80 % du coût des projets selon les cas. Un effort important, mais sans rebond de la demande, pas sûr que cela suffise.

 

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Dans l'aéronautique, l'aide à la modernisation peut monter jusqu'à 80 % du projet.

Passées en mode survie, les entreprises ont remis à plus tard leurs plans d’investissement. Au risque de perdre en compétitivité et d’être irrémédiablement distancées, lorsque la crise sera passée. C’est à ce cercle vicieux que le plan de relance entend s’attaquer. Pour moderniser les usines, acheter des robots et numériser les processus de production, le gouvernement a déjà débloqué près de 800 millions d’euros, disponibles dès 2020. D'ici décembre, une enveloppe de 100 millions doit distribuer des subventions à des projets de relocalisation. 40 millions de subventions doivent aller aux PME et ETI qui passent à l’industrie du futur, 200 millions d’euros vont aider à décarboner l’industrie et 300 millions pour la modernisation de l'automobile et de l'aéronautique.

Mais y aura-t-il assez de bons projets à financer aussi rapidement que le souhaite le gouvernement?

Car il s’agit autant de moderniser que de relancer l’activité. Le pari n’est pas certain d’être réussi. Pour aller vite, les entreprises ressortent ou accélèrent les projets déjà en cours, pour certains déjà très engagés avant la crise. 24 premiers projets ont déjà été sélectionnés par les fonds de soutien à la modernisation de l’automobile et l’aéronautique, parmi les 1 300 reçus à Bercy depuis le début de l’été. 

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DE 10 % à 80 % de subventions selon les dispositifs

Ce n’est pas si mal. Le dispositif sectoriel, qui prévoit 80 % de subvention jusqu’à un million d’euros de dépenses, est l’un des plus généreux. Les aides à la décarbonation couvrent de leur côté de 30 à 50 % du coût des équipements mis en place, selon la taille des entreprises, profitant de l’assouplissement temporaire du régime d’aides d’Etat européen. La subvention pour l’acquisition de robots, qui permet de couvrir 10 % des dépenses pour les ETI éligibles, "est moins un game changer", pointe un industriel.

Le coup de pouce est indéniable. Mais au-delà de l’effet d’aubaine, encore faut-il pour les industriels pouvoir se le permettre. Pour l'instant, les entreprises se sont massivement endettées pour pas cher ces derniers mois afin de reconstituer des réserves de trésorerie de précaution. Mais dans les secteurs les plus touchés par la crise, les marges de manoeuvre sont faibles. "On ne peut exclure que les tensions sur la situation financière des entreprises et leurs besoins en fonds propres freinent les dépenses d’investissement de façon plus marquée", tempère la Banque de France dans son dernier point de conjoncture. Et l'amélioration des marges, grâce à la baisse des impôts de production, n'a souvent que des effets à très long terme sur l'investissement des entreprises. "C’est un peu la drôle de guerre, personne ne fait plus rien", commente Bruno Grandjean, le président de Redex. 

22 % des entreprises n'ont aucune idée de la date de la reprise

Un frein surtout demeure. Difficile de prévoir le retour sur investissement des projets, lorsque les perspectives de demandes ne sont pas là. Dans l’industrie, les carnets de commandes sont toujours bas, en France comme à l'étranger, et ne se redressent que lentement en août. Au global, la moitié des entreprises espèrent avoir retrouvé une activité normale d’ici la fin de l’année, selon la Banque de France. Tous secteurs confondus, 9 % ne tablent pas avant 2022 et au-delà. Signe du niveau d’incertitude extrême : 22 % des entreprises industrielles assurent n’en avoir aucune idée. De quoi pour certains temporiser quelques mois avant de se lancer vers l’avant, peut-être. 

L’efficacité du plan de relance dépendra beaucoup de la capacité à retrouver de la confiance, dans un contexte toujours mouvant. Là aussi la situation varie d'un secteur à l'autre. Pour l'agroalimentaire et la pharmacie, les entreprises peuvent se projeter alors que les débouchés n'ont pas disparu. Dans l'automobile et l'aéronautique, qui ont un effet d'entrainement important sur leur tissu de sous-traitants, le chemin risque d'être plus long.

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