L'Usine Nouvelle - Quel bilan tirez-vous du plan de relance export ?
Franck Riester - Il est satisfaisant. Le déploiement de ce plan, qui représente 247 millions d’euros, a démarré progressivement car les entreprises ne pouvaient pas encore se déplacer à l’international et de nombreux salons avaient été annulés, mais il accélère depuis le deuxième trimestre 2021. Plus de 5000 chèques relance export ont déjà été utilisés. Le recrutement des VIE [ndlr : Volontariat international en entreprise] a été ralenti depuis le début de la crise sanitaire en raison des fortes restrictions aux déplacements, mais les départs dans leurs pays d’affectation repartent depuis le printemps et nous sommes mobilisés pour donner cette opportunité à un maximum de nos jeunes. Nous travaillons, avec les acteurs de l’export, à ajuster certaines des mesures d’aide pour faciliter l’utilisation du chèque relance et ouvrir le champ des possibles, par exemple pour aider les PME à numériser leur démarche export. Nous mettons aussi des moyens pour la communication internationale sur la marque France.
Les entreprises se projettent-elles assez à l’international ?
Ce qui est prometteur, c’est que beaucoup sont déjà reparties, car elles sont convaincues que c'est là que se trouvent les relais de croissance. C’est vrai en Asie, mais aussi aux Etats-Unis et en Europe. Il y a un esprit de conquête très présent et c'est maintenant qu'il faut y aller pour gagner des parts de marché. On a 132 000 entreprises exportatrices à fin mars 2021, du jamais vu depuis 20 ans, mais c’est toujours trop peu face aux 220 000 exportateurs italiens et aux 300 000 allemands. Nous avons le potentiel pour faire encore mieux. Beaucoup d’exportateurs ne font que 10 à 15 % de leur activité à l’export. Avec une bonne stratégie, cela pourrait être beaucoup plus. Il faut continuer à expliquer qu’il y a des moyens, des équipes dédiées pour accompagner les entreprises : nos PME doivent s’en saisir.
Pendant la crise, les exportateurs se sont adaptés. Certaines pratiques vont-elles rester ?
Je pense. Ce n’est plus imaginable de ne pas être présent sur le numérique, sur les réseaux, de voir des sites internet mal conçus. Il faut aussi que les entreprises soient bien représentées sur les marchés et les foires en ligne à travers des corners thématiques. Nous avons travaillé avec notre opérateur Business France sur trois vitrines numériques, gratuites jusqu’à la fin de l’année, pour les cosmétiques, le vin et l’agroalimentaire. Pour les PME, cela permet de profiter d’une mise en commun des moyens. Bien sûr, le numérique ne se substituera pas complétement aux déplacements et à l’humain. Depuis quelques semaines, j'ai conduit à nouveau des délégations d'entreprises en Asie centrale et en Afrique. Cela permet de recréer une dynamique et un contact direct. !
Ce n’est plus imaginable de ne pas être présent sur le numérique, sur les réseaux, de voir des sites internet mal conçus. Il faut aussi que les entreprises soient bien représentées sur les marchés et les foires en ligne
Le commerce extérieur devrait encore contribuer négativement à la croissance cette année, selon l’Insee. C’est inquiétant ?
Il y a eu en 2020 une dégradation nette car les secteurs historiquement forts de la France à l’export, l’aéronautique et le tourisme, ont été fortement touchés par la crise du Covid-19. Mais les mesures que nous avons prises depuis le début du quinquennat pour améliorer la compétitivité de notre économie, comme la baisse des impôts de production, vont permettre aux entreprises de penser de nouveaux produits, de faire davantage de R&D et se projeter à l’international depuis la France. Evidemment, il y a un temps de latence pour que cela se concrétise dans les chiffres à l’export mais nous anticipons une reprise des exportations avec le rebond du commerce mondial et de l’activité de nos partenaires : la contribution du commerce extérieur à la croissance devrait être positive en 2022.
Quel a été l’impact du Brexit pour les entreprises françaises ?
Les exportations s’améliorent un peu depuis avril, mais il reste un fort décalage avec notre performance d’avant le Brexit. Nous avons créé à Londres un guichet dans les bureaux de Business France pour accompagner les entreprises mais les nouvelles barrières ne disparaîtront pas pour autant. Je suis par ailleurs très vigilant, avec nos partenaires européens, à ce que le Royaume-Uni respecte pleinement l’accord et les engagements qu’il a pris, pour éviter des tensions politiques et commerciales à l’avenir.
Etes-vous satisfait de l’accord trouvé avec les Etats-Unis sur le conflit Airbus-Boeing ?
C'est une énorme satisfaction d’avoir trouvé une issue positive à ce conflit vieux de 17 ans. Il y a une volonté partagée de fixer un cadre commun pour le soutien public accordé de part et d’autre de l’Atlantique à nos filières aéronautiques et de s’assurer que l’ensemble des acteurs respectent les mêmes règles, à commencer par la Chine. Cela a été possible grâce au changement d’attitude de l’administration américaine, mais aussi grâce à l’affirmation de l’Europe. C'est parce que l’Europe est restée ferme, en appliquant des tarifs douaniers en novembre suite au feu vert de l’OMC, que nous avons su nous faire entendre des Américains.
Nous travaillons à un outil anti-coercition qui permettra de dissuader nos partenaires de mettre en place des pratiques illégitimes et illégales
Reste-t-il des sujets de tensions avec les Etats-Unis ?
Sur les surtaxes sur l’acier et l’aluminium européens, il faut encore des avancées pour trouver une solution. Il reste d'autres sujets, comme l'extraterritorialité du droit américain et du dollar. On ne peut pas accepter qu'un allié décide à notre place avec qui les entreprises européennes peuvent commercer ou non. Nous avons besoin d’outils nouveaux pour nous défendre. La loi de blocage européenne actuelle a une application trop circonscrite. Nous travaillons à un outil anti-coercition qui permettra de dissuader nos partenaires de mettre en place des pratiques illégitimes et illégales, en imposant par exemple des tarifs douaniers supplémentaires si c’est nécessaire. La France plaide pour que cet outil soit applicable le plus vite possible, pour dissuader d’autres partenaires d’utiliser leur poids économique à des fins politiques, comme la Chine qui construit son propre arsenal juridique extraterritorial. Nous devons aussi travailler à l’affirmation du rôle international de l’euro.
Les Européens sont-ils alignés sur cette question ?
Il y a toujours des discussions. Objectivement, la Commission entend les positions françaises et a fait du chemin vers plus d’affirmation européenne en matière commerciale. L'extraterritorialité est une question majeure des prochaines années. Nous sommes face à une guerre économique violente, entre des Etats décidés à utiliser tous les moyens pour défendre leurs intérêts économiques. Nous devons en prendre conscience et agir en conséquence.



