Etude

Pour Bercy, malgré les signaux contraires, la réindustrialisation se poursuit

Les ouvertures d’usines ont dépassé les fermetures d’usines en 2024, selon le décompte effectué par la Direction générale des entreprises. Mais ce bilan positif intègre les extensions de sites existants, insiste Bercy.

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Site de production de pellets de Vert Deshy à Houtaux, dans le Doubs
Vert Deshy a inauguré sa nouvelle usine de pellets en 2024 dans le Doubs

Oui, la réindustrialisation se poursuit. C’est le message que Bercy entend faire passer, alors que les signaux d’une fragilité accrue du tissu industriel se multiplient. «On ouvre toujours plus d’usines qu’on en ferme», se félicite le cabinet du ministre de l’Industrie Marc Ferracci. Réalisé depuis 2022 par la Direction générale des entreprises (DGE), le baromètre industriel de l’Etat est plus positif que celui publié par L’Usine Nouvelle en 2024 ou celui du cabinet Trendeo, publié le 11 mars.

Le bilan reste malgré tout moins optimiste que veut bien le présenter Bercy, si l'on regarde de près la méthodologie. Avec 119 sites industriels fermés en 2024, les fermetures d’usines ont bien dépassé les 114 ouvertures de nouvelles usines ex nihilo répertoriées par la DGE. Dans son analyse, le ministère intègre au total des ouvertures des extensions significatives de sites déjà existants, décomptées quel que soit le montant de l’investissement dès lors qu’elles contribuent à augmenter d’au moins 40% les capacités de production, le nombre d’emplois ou le chiffre d’affaires du site. Le bilan 2024 fait ainsi ressortir un solde net positif de 89 sites nouveaux ou agrandis de plus que le nombre de sites fermés ou ayant subi une forte baisse de leur production. «Ce n’est pas parce que cela arrange le calcul. Mais ces extensions de sites sont loin d’être anecdotiques», justifie-t-on au cabinet du ministère de l’Industrie.

Menaces sur la poursuite de la réindustrialisation 

Pour l’avenir, le ministère reconnaît que les nuages noirs s’accumulent. Le solde net de la réindustrialisation (qui était de +189 en 2023 avec la même méthodologie) confirme un ralentissement du retour de l’industrie. Les déclarations de procédures ICPE, nécessaires pour la plupart des projets d’investissements industriels significatifs et souvent déposées plusieurs années avant l’ouverture des nouvelles capacités de production, sont en baisse, confirme le ministère de l’Economie.

Le trou d’air du secteur industriel et les incertitudes internationales ralentissent les décisions d’investissement et risquent de réduire le nombre de nouvelles usines dans les prochaines années, comme le confirme le bilan annuel de Business France, pointant un recul de 20% du nombre de projets identifiés dans l'industrie. Par ailleurs, la DGE ne décompte les fermetures - comme les ouvertures, qu’au moment où elles se réalisent, soit souvent plusieurs mois après l'annonce des premières difficultés. Un retard qui peut expliquer la quasi-stabilité des fermetures enregistrées au second semestre par rapport à début 2024, malgré la forte hausse des défaillances dans le secteur.

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L'automobile et le Nord-Est souffrent

Au niveau des territoires, les Hauts-de-France et le Grand-Est, plus exposés à l’industrie automobile notamment et déjà fortement touchés par la vague de désindustrialisation des années 2000, enregistrent à nouveau un recul de leur tissu industriel, tandis qu’Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle Aquitaine résistent mieux. «Mais des usines à forte valeur ajoutée ouvrent sur ces territoires, même si le solde peut être négatif», démine Bercy, qui ne quantifie pas la taille des projets et le nombre d’emplois associés.

Le tableau est aussi contrasté en termes de secteurs. Les technologies vertes, qui ont bénéficié d’une forte impulsion des pouvoirs publics ces dernières années, notamment avec le crédit d’impôt industrie verte, ont inauguré 34 nouveaux sites ou extensions, pour un solde net de 27 sites supplémentaires. Selon le décompte de la DGE, le tissu industriel s’est aussi étoffé dans l’agroalimentaire (+10 sites), les biens de consommation (+11) et la santé (+11). A l’inverse, la France a perdu des sites industriels dans le secteur du transport avec un solde net négatif de -12 sites, principalement du fait de la fermeture ou de la forte réduction de la voilure de 31 sites automobiles. La plasturgie et la mécanique sont aussi en négatif (-2), tandis que l’industrie de la défense et les papeteries sont à l’équilibre, selon Bercy malgré la forte accélération des défaillances dans ce dernier secteur l’an dernier.

Pour relancer la réindustrialisation, le ministre de l’industrie Marc Ferracci mise sur une accélération de la simplification. Dans un entretien au Point, il a proposé d’introduire des clauses d’extinction des normes, qui permettent un abandon automatique des normes jugées peu efficaces au bout d’une certain période, et prône une extension des possibilités de déroger aux normes et réglementations, notamment pour la conduite de projets industriels. Il propose aussi de relancer le débat sur les allègements sur le coût du travail. «Une piste seulement», assure son cabinet.

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