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Plus de fermetures d'usines que d'ouvertures : la réindustrialisation à la peine en France début 2024

Selon le baromètre exclusif de L’Usine Nouvelle, les fermetures ou menaces de fermeture d’usines ont dépassé sur les cinq premiers mois de l’année 2024 les ouvertures de nouveaux sites industriels.

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Gigafactory d’électrolyseurs de McPhy à Fontaine près de Belfort
La gigafactory de McPhy à Belfort, inaugurée en juin fait partie des ouvertures d'usines recensées depuis le début de l'année 2024.

Depuis le début de l’année, la liste des entreprises industrielles françaises en difficulté ne cesse de s’allonger. Le vendredi 28 juin, le tribunal de commerce de Strasbourg doit examiner les offres de reprise de quatre des cinq sites industriels d’Ascometal – le groupe italien Marcegaglia ayant déjà racheté celui de Fos-sur-Mer – alors que l’aciériste a été placé en redressement judiciaire. Le même jour, celui de Saverne doit se pencher sur le sort de Caddie, le fabricant alsacien de chariots de supermarché, lui aussi en très grande difficulté. Une autre entreprise emblématique a aussi rendez-vous devant le tribunal : les repreneurs potentiels de Duralex ont jusqu’au vendredi 28 juin, pour déposer leurs offres, alors que le verrier est en redressement judiciaire et pénalisé par un outil industriel vieillissant.

38 usines menacées ou fermées au 24 juin

Le bilan exclusif de L’Usine Nouvelle confirme ce retournement de tendance. Entre le 1er janvier et le 24 juin, le nombre de fermetures d’usines a dépassé celui des ouvertures de nouveaux sites industriels, pour la première fois depuis la pandémie. Pour établir ce bilan, nous nous appuyons sur les informations collectées par les journalistes de la rédaction et de notre réseau de correspondants présents dans toutes les régions. Il ne prétend pas à l’exhaustivité, puisque seuls les investissements les plus significatifs dans de nouveaux sites de production, des centres de R&D ou des datacenters sont pris en compte, en laissant de côté les investissements en dessous du million d’euros.

Depuis le début de l’année 2024, le nombre de sites menacés de fermeture a augmenté. Selon notre bilan qui couvre presque tout le premier semestre, 38 usines ont fait l’objet d’une annonce de fermeture ou sont menacées après leur placement en redressement ou liquidation judiciaire. Une partie d’entre elles au moins devrait trouver des repreneurs dans les prochains mois, même si aucune offre n’avait encore été validée au moment où nous avons arrêté les compteurs. Sans présager de ces reprises possibles, cela représente une hausse de plus de 50% par rapport aux 23 menaces de fermetures décomptées à la même période en 2023.

Carte menaces S1 2024 L'Usine NouvelleL'Usine Nouvelle
Carte menaces S1 2024 L'Usine Nouvelle Carte menaces S1 2024 L'Usine Nouvelle

© L'Usine Nouvelle

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23 ouvertures de sites industriels 

Dans le même temps, de nouvelles usines continuent de s’implanter, mais à un rythme un peu moins soutenu que l’an passé. Mi-juin, L’Usine Nouvelle a répertorié 23 ouvertures de sites industriels depuis le début de l’année, contre 27 à la même période l’an dernier. A cela, il convient d’ajouter 24 extensions de capacités de production, un chiffre qui n’a pas, cette fois-ci, pas bougé par rapport à l’an dernier.

Carte ouvertures S1 2024 L'Usine NouvelleL'Usine Nouvelle
Carte ouvertures S1 2024 L'Usine Nouvelle Carte ouvertures S1 2024 L'Usine Nouvelle

© L'Usine Nouvelle

Depuis plusieurs mois, la réindustrialisation se poursuit, mais sa dynamique a sérieusement ralenti, malgré la politique de l’offre mise en place par le gouvernement et les mesures pour accélérer les implantations d’usines et faciliter leur financement, notamment par l’intermédiaire de France 2030. Le coup de frein est en partie conjoncturel. «Nous vivons une phase de rattrapage après le Covid : des entreprises que nous avons soutenues pendant la pandémie font face aujourd’hui à des difficultés», reconnaissait le ministre de l’Industrie Roland Lescure dans une interview à l’Usine Nouvelle, quelques jours avant la dissolution. Depuis le début de l’année, les défaillances ont dépassé la barre symbolique des 60 000 entreprises sur douze mois, avec une forte accélération du nombre de PME de plus de 50 salariés en procédure collective, comme le note le cabinet Altarès.

Un risque de report des prochains projets industriels

A l’image de Duralex et d’Ascometal, la fin progressive du "quoi qu’il en coûte" et l’absence de reprise de la demande finale ont achevé de vider les trésoreries d’entreprises fragilisées par la flambée des prix de l’énergie en 2022 et 2023 et pour certaines déjà en situation financière précaire de longue date. D’autres annonces renvoient à des difficultés plus structurelles de certains secteurs, notamment l’automobile confrontée à la bascule rapide vers le moteur électrique. Bosch a ainsi annoncé la fermeture de son usine savoyarde, tandis que le fabricant de jantes aluminium Impériales Wheels et l’emboutisseur Magnetto Automotive France ont été placés en liquidation. Ces difficultés valent aussi pour la chimie, avec l’arrêt définitif du vapocraqueur d’Exxon à Port-Jérôme (Seine-Maritime) qui entraine la suppression de 677 emplois.

A l’inverse, les nouvelles usines qui ouvrent leurs portes en France restent portées par une multitude de secteurs, de la relocalisation des gants chirurgicaux par le groupe canadien Manikheir dans une nouvelle usine dans la Sarthe à l’implantation d’un site de production de 120 000 vélos en Vendée à terme par Arcade Cycles. La montée en puissance des investissements dans les technologies vertes, favorisées notamment par la loi industrie verte, se traduit aussi de façon concrète dans les territoires : près de Bordeaux, Hydrogène de France a ouvert les portes de son usine de pile à combustible, installée sur l’ancien site Ford de Blanquefort. McPhy a démarré la production d’électrolyseurs pour la production d’hydrogène dans sa nouvelle gigafactory de Belfort.

Mais la tendance au ralentissement des implantations de nouveaux sites pourrait s’accentuer dans les prochains mois. La hausse des taux d’intérêt pèse déjà sur les investissements des entreprises depuis plusieurs semestres, poussant des entreprises à revoir leurs projets. Le contexte d’incertitude au niveau politique, ouvert par la dissolution de l’Assemblée nationale, pourrait encore contribuer certaines à décaler leurs projets. «Lorsqu'un patron n’a plus confiance dans le gouvernement, il ne manifeste pas dans les rues, il arrête d’investir. Tout se met en pause, c’est dramatique», résume un dirigeant d’entreprise. Au risque de réellement enrayer la réindustrialisation. 

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