Dans la cour des princes du château de Versailles, les habituels touristes ont été remplacés par des dirigeants étrangers en costume sombre. Un parfum d’été flotte sur le sommet Choose France. Le ciel radieux y est autant pour quelque chose que l’humeur guillerette des participants, qui dissertent par petites grappes à bonne distance de la zone réservée aux journalistes. Pour sa septième édition, le sommet Choose France, organisé pour vendre l’attractivité de la France auprès des investisseurs étrangers, affiche un «record» d’investissements annoncés, avec 56 décisions d’investissements confirmées pour près de 15 milliards d’euros, comme le vante l’Elysée.
Au-delà des chiffres ronflants – dont un certain nombre étaient déjà connus –, le sommet a réussi à s’imposer comme un incontournable dans l’agenda surchargé des grands patrons étrangers. Cette année encore, l’Elysée a refusé des demandes pour y assister. «La France sait recevoir, le vin est bon», s'amuse Daniel Hager, le président du conseil de surveillance du groupe Hager, qui vient d'annoncer 120 millions d'euros d'investissement dans l’extension de ses capacités de production de son usine d’Obernai, en Alsace, avec à la clef 500 emplois supplémentaires.
Le cadre grandiose ne fait pas tout. Plus sérieusement, l’industriel allemand se sent surtout «plus positivement regardé qu’en Allemagne». «Même si on n’a pas besoin de pousser la porte des ministères, cela inspire confiance de savoir que s’il se passe quoi que ce soit, on a la capacité de remonter nos problèmes à haut niveau», abonde-t-il, convaincu qu'en économie, 50% dépend de la psychologie.
Des rencontres plus informelles avec les ministres
Le groupe italien Chiesi, qui n’a raté aucune des sept éditions du sommet, ne dit pas le contraire. A peine sorti du déjeuner animé par le Premier ministre Gabriel Attal, Giacomo Chiesi, qui dirige la branche maladies rares du laboratoire, enchaîne avec un rendez-vous en tête-à-tête avec le ministre délégué à la Santé Frédéric Valletoux, mobilisé comme une bonne partie du gouvernement pour plaider en faveur du site France auprès des patrons étrangers. «On ne rencontre pas les ministères de la même façon le reste de l’année. On va les voir sur des sujets précis. Le format du sommet se prête facilement aux discussions informelles», pointe l'industriel italien, qui vient de confirmer 10 millions d'investissements supplémentaires et 100 emplois dans son usine du Loir-et-Cher.

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Convaincre les industriels peut être un travail de longue haleine. Avant de choisir la France, cette année, comme son second centre industriel, avec 600 millions d’euros potentiels à la clef, le fabricant estonien de batteries de grande puissance Skeleton a évalué depuis quatre ans ses différentes options, dont les Etats-Unis et le Canada. Avant de débarquer la première fois à Paris, le patron estonien reconnaît qu’il avait «pas mal de préjugés». «On pensait que tout prendrait du temps en France. On a été assez surpris au départ d’avoir aussitôt le soutien du gouvernement», raconte-t-il positif.
Ce qui a emporté la décision, au final, «a été la R&D et l’agenda France 2030», souligne son PDG Taavi Madiberk, présent pour la troisième fois à Versailles. Même si les subventions ne font pas tout, «la France nous a fait une offre compétitive», reconnaît-il.
Des rencontres d'affaires entre industriels aussi stratégiques
Les grands patrons ne viennent pas qu'à Versailles pour croiser Bruno Le Maire ou le dîner dans la galerie des glaces, clou du spectacle, en présence d'Emmanuel Macron. Comme un mini-Davos, Versailles sert aussi à étoffer son carnet d'adresses. «C’est intéressant pour nous d’entendre de la part du gouvernement son ambition France 2030, mais aussi de pouvoir faire du networking. C’est une super plateforme pour apprendre et ajuster la façon dont nous envisageons nos investissements», résume Kunaj Bajaj, le responsable de la branche aéronautique et défense du groupe indien Motherson, assis à la table du Premier ministre lors du déjeuner.
L’industriel, déjà implanté depuis 2009 en France, est déjà «comme un grand avocat de la France», surtout depuis qu’il a reçu des aides importantes pendant la crise du covid. Quelques jours avant le sommet, il a bouclé le rachat, annoncé depuis début mars, du sous-traitant aéronautique AD industries, qui possède huit usines dans l’Hexagone, dans l'optique de se rapprocher de ses clients.
De quoi fidéliser les patrons. «Il y a des gens que je rencontre pour la troisième fois ici. C’est un rendez-vous que l’on attend pour développer nos activités en France. On concentre tous nos rendez-vous à Versailles, et les jours avant et après», vante Angelo Petrosillo, le vice-président international de Mermec. En début d'année, le groupe italien a racheté l’activité française d’Hitachi Rail dans la signalisation ferroviaire, renoncée depuis Compagnie française des signaux, cédée par le groupe japonais après sa fusion avec Thales GTS.
L'exemple français copié
A Versailles, «tous les gens importants se retrouvent dans une seule salle. Cela nous donne des opportunités uniques de voir comment les autres entreprises approchent les sujets, quelles sont les tendances du marché», confirme Jan Goetz, le cofondateur d’IQM, avant de participer à une table ronde en format restreint avec le président de la République.
Ce qui n’empêche pas de discuter derrière les portes closes de dossiers plus difficiles. Le groupe d’origine finlandaise, qui compte déjà une équipe de chercheurs à Paris, a choisi d’installer à Grenoble sa future usine d’ordinateurs quantiques. «On cherchait un écosystème performant, à la fois dans les semi-conducteurs et le quantique, la disponibilité de talents alors que le secteur est en pénurie et le soutien du gouvernement», reconnaît le patron d’origine allemande, qui a «discuté de programmes collaboratifs, de subventions. C’est le package global qui est intéressant».
Devant les 180 patrons réunis dans la galerie des batailles, en début de soirée, Emmanuel Macron a à nouveau maintenu le cap de ses réformes et vanté le maintien du crédit d’impôt recherche (CIR) et la baisse de la fiscalité. En 2025, un nouvel instrument devrait être mis en place pour garantir jusqu’à 50% des crédits bancaires pour les projets d’investissements.
Pour Jose Antonio de las Heras, le président espagnol de la start-up FertigHy, «certains pays cherchent maintenant à copier ce que la France fait avec Choose France pour attirer les industriels». En Espagne, regrette l'industriel, «il faut faire du porte-à-porte entre les différents ministères, aller voir le cabinet du Premier ministre», regrette-t-il. Cette disponibilité n’est pas complètement étrangère dans sa décision d’installer son usine d’engrais vert dans la Somme, après avoir prévu initialement de l'installer en Espagne. La volonté du ministère de l’Agriculture de développer la production d’engrais en France a fait pencher la balance, tout comme la taille du marché français et l’engagement du gouvernement de subventionner l’hydrogène bas-carbone suffisamment.



