Perha Pharma s’appuie sur des molécules des fonds marins pour trouver des médicaments

Une éponge du Pacifique ou des œufs d’étoile de mer. La start-up Perha Pharmaceuticals développe deux traitements à partir de molécules issues des fonds marins pour améliorer les capacités d’apprentissage et de mémorisation de personnes atteintes de trisomie 21 ou de la maladie d'Alzheimer et éviter certaines formes de surdité.

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Laboratoire biotech
Perha Pharmaceuticals a synthétisé plus de 1200 molécules avant d'en retenir une pour développer un candidat-médicament.

Les fonds marins regorgent de molécules utiles pour développer de nouveaux médicaments. Perha Pharmaceuticals, filiale fondée en 2019 de Manrose Therapeutic, base ses recherches sur une molécule provenant d’une éponge calcaire marine du Pacifique, la Leucetta microraphis. «Les éponges sont des sources intéressantes car ce sont des animaux filtreurs qui produisent beaucoup de molécules ou dont les bactéries en produisent, explique Laurent Meijer. Notre molécule est extraite de l’éponge, mais nous ne savons pas si c’est l’éponge elle-même qui l’a produite ou son microbiote.»

«La molécule qui nous intéresse s’accroche sur une protéine impliquée dans des déficits cognitifs associés à la trisomie 21 et à la maladie d’Alzheimer, détaille Laurent Meijer. Ces deux maladies semblent éloignées, mais sur le chromosome 21, plusieurs gènes sont impliqués dans la maladie d’Alzheimer donc les personnes trisomiques développent cette maladie de façon précoce.» Pour les personnes trisomiques, l’idée de ce traitement est d’améliorer les capacités d’apprentissage et de mémorisation des enfants pour les aider à être plus autonomes et mieux s’insérer dans la société.

Perha Pharma peut débuter les essais cliniques

«Les recherches des substances naturelles sont initialement faites par des chimistes, explique Laurent Meijer. Ces derniers récoltent plantes et animaux pour extraire, purifier et identifier de nouvelles molécules.» D’autres chercheurs s’en emparent via des bibliothèques et synthétisent des molécules intéressantes et des dérivés afin d’obtenir un candidat-médicament. C’est sur ces dernières étapes que se positionne Perha Pharmaceuticals. «La molécule initiale a été découverte dans les années 1990, relate Laurent Meijer. D’autres chercheurs ont resynthétisé chimiquement la molécule initiale. De notre côté, nous en avons synthétisé plus de 1200 analogues. Certains d’entre eux étaient très actifs sur la protéine cible et nous avons finalement retenu la Leucettinib-21.»

Perha Pharmaceuticals a mené tous les essais précliniques réglementaires. La start-up a reçu l’autorisation de l’ANSM, l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, d’entrer en essais cliniques avec ce produit qui prend la forme de comprimés. D’abord, la tolérance et l’innocuité chez l'humain doivent être mesurées : 96 volontaires sains reçoivent des doses progressivement plus élevées (12 adultes trisomiques et 12 patients Alzheimer reçoivent également une seule dose de Leucettinib-21). Cette première étape, commencée en janvier 2024 doit aller jusqu’en septembre 2025. «Des prélèvements sanguins sont alors faits pour vérifier que le produit est bien absorbé, agit sur la cible et est éliminé», précise Laurent Meijer.

L’efficacité du médicament sera mesurée en phase 2. «Dans notre cas, des patients atteints de trisomie 21 seront traités quotidiennement pendant six mois afin de mesurer si leurs capacités de mémorisation, d’apprentissage et d’autonomie sont améliorées», explique Laurent Meijer. Cet essai prendra encore six à neuf ans à Perha Pharmaceuticals. Si tout se passe bien, la phase 3 pourra ensuite débuter. C’est à ce moment que les candidats médicaments sont généralement revendus à des entreprises pharmaceutiques car cette dernière étape est longue et coûteuse.

Revendre un projet pour financer l'autre

En parallèle, Perha Pharmaceuticals développe un autre médicament pour lutter contre certaines formes de surdité. Beaucoup de cas de surdité sont issus de la mort de cellules dans l’oreille interne car les 15000 cellules ciliées, qui captent les signaux sonores et alimentent le nerf auditif, ne se régénèrent pas. «Nous développons un produit otoprotecteur, c’est-à-dire une molécule qui va protéger les cellules ciliées de l’oreille interne lorsqu’elles sont exposées à certains médicaments qui peuvent entraîner leur destruction comme les aminoglycosides prescrits pour lutter contre la méningite, et le cisplatine, un anticancéreux», détaille Laurent Meijer. Cette molécule est «dérivée d’une molécule nommée roscovitine que j’avais mise au point grâce à une protéine issue d’œufs d’étoile de mer», ajoute Laurent Meijer.

Sans chiffre d'affaires, la start-up dépend de financements publics décrochés en répondant à des appels d’offres ainsi que de business angels qui investissent en échange de parts dans la société. Perha Pharma espère vendre ce deuxième projet de médicament à un stade plus précoce afin de financer les essais cliniques concernant son médicament pour la trisomie 21 et la maladie d'Alzheimer.

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