L'Usine Nouvelle. - Le français Cybedroïd, les américains Keecker, Rethink Robotics et Anki… Plusieurs start-up de robotique ont fermé en 2019. Pourquoi ?
Colin Angle.- Être une entreprise de robotique est très exigeant. Dans le numérique, l’ordinateur fait des tâches faciles pour lui, mais difficiles pour l’humain. Pour le robot, c’est l’inverse. Les attentes à son égard sont donc très élevées. Chez iRobot, nous avons dû développer un robot qui aspire non pas de manière convenable, mais aussi bien qu’une personne. Trop d’entrepreneurs en robotique se focalisent sur le côté « cool » de leur robot et oublient de réfléchir à la valeur apportée et à l’équation bénéfice-coût.
C’est ce que vous avez fait ?
Le défi est de trouver ce que l’on va construire pour offrir le meilleur service à un coût acceptable. Pendant longtemps, nous nous sommes vus comme une entreprise de robotique. Mais pour réussir, nous avons dû nous penser comme un fabricant d’aspirateurs qui utilise la robotique pour développer son produit. Il faut oublier que l’on est une boîte de robotique pour réussir.
Votre succès est arrivé en misant sur la maison connectée. Certains marchés sont-ils plus faciles que d’autres ?
Oui. Pour la simple raison qu’il est difficile de faire des robots qui créent plus de valeur qu’ils en coûtent. En chirurgie, le bénéfice apporté est tellement grand qu’il absorbe facilement le coût de production. La logistique, la voiture autonome sont aussi des secteurs où la robotique marche bien. iRobot a d’abord développé des robots dans l’armement – notre premier succès commercial était un robot de déminage –, puis pour l’industrie pétrolière. C’est cette activité qui nous a donné les fonds nécessaires pour développer nos robots aspirateurs.
L’industrialisation d’un robot est un défi. Comment l’avez-vous surmonté ?
Il faut fabriquer un robot au juste prix. Techniquement, on peut toujours construire un prototype apte à réaliser des tas de choses, mais le faire sans penser à son prix en production est une erreur. Si vous commencez en voulant construire un robot à 200 dollars, vous allez développer une technologie complètement différente. Et anticiper votre usine, vos outils de production… Trop d’entrepreneurs veulent faire des robots fous, ne cessent de mettre de l’argent dans leur société et finissent à court de liquidités. Ceux que je conseille ont souvent trop d’ingénieurs et de commerciaux parce qu’ils partent avec un projet plus ambitieux que réaliste.



