L’affaire avait fait grand bruit à la fin de l’été, quand 11 salariés du sous-traitant NTI – qui en comptait entre 50 et 70 – avaient occupé le centre de tri exploité par Veolia dans le 15ème arrondissement de Paris. Depuis, ils ont obtenu une première audience le 8 novembre au bureau de conciliation et d’orientation (BCO) du Conseil des Prud’hommes de Paris pour attaquer NTI mais aussi Veolia, Suez, Paprec et Urbaser en justice. La prochaine audience est programmée le 24 novembre 2024… Entre temps, Veolia a semble-t-il tenu ses promesses d’embaucher ces salariés une fois leur situation clarifiée par la préfecture.
Le scandale met en lumière l’exploitation subie par ces travailleurs sans papiers dans le secteur des déchets, vital pour la société et l’économie française. L’Usine Nouvelle les a rencontrés à la Bourse du travail de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Cinq hommes et une femme, tous originaires de la région du Moyen-Atlas, au Maroc, accompagnés d’Ali Chaligui, de la CGT des déchets, qui les soutient dans leurs démarches. Et rappelle à ceux qui ne voudraient pas régulariser la situation des sans-papiers qui travaillent que «l’espérance de vie des salariés du secteur des déchets est inférieure de sept ans à celles des autres ouvriers».
Un an sans travail et sans salaire
Deux d’entre eux, qui ont obtenu le fameux sésame de la préfecture, ont commencé à travailler chez Veolia en CDI début décembre. Les autres devraient suivre le même chemin dans les jours ou semaines qui viennent. «Nous avons essentiellement travaillé pour Veolia, mais également pour Paprec, Suez et Urbaser, rappelle Younès*. J’ai travaillé quatre ans pour NTI avec des salaires de 60 euros par jour et 80 euros la nuit, sans congé payé. Parfois, il n’y avait pas de travail, d’autres fois je travaillais la nuit de 22 heures à 6 heures du matin dans une entreprise, puis de 8 heures à 16 heures dans une autre. Nous étions payés en liquide et non déclarés.»
«Les conventions qui s’appliquent aux métiers des déchets et du recyclage n’étaient pas respectées, dénonce Ali Chaligui, par ailleurs coordinateur syndical CGT Veolia Propreté. NTI les faisait travailler dans toutes les conditions, parfois 300 heures par mois, ils étaient soumis à des astreintes et ne recevaient qu’un texto la veille.»

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S’ils font preuve de pudeur sur leurs conditions de vie actuelles, ils sont pour la plupart restés pendant près d’un an sans travail, après la liquidation de NTI, et dans l’attente d’une autorisation préfectorale de pouvoir travailler. Certains vivent en colocation, chez des frères ou des cousins. Ils reçoivent des aides de leur famille restée au Maroc. D'autres ont fait l’expérience des marchands de sommeil sans pouvoir accéder aux foyers, faute de papiers. L’un d’entre eux reconnait vivre toujours dans l’angoisse d’un contrôle de police. Il attend avec hâte le rendez-vous en préfecture, programmé dans les prochaines semaines, pour pouvoir commencer à travailler.
Des cadences infernales
Younès se remémore les quatre années passées à travailler pour NTI, dans un racket permanent : prélèvements sans justification sur le salaire quotidien pour avoir le droit de continuer à travailler, œuvres sociales du CSE qui ne leur étaient pas versées mais étaient conservées par les chefs. Ce racket pouvait atteindre 150 euros par mois. Pire encore, Yasmine qui a été embauchée en CDI et va commencer à travailler dans quelques jours, raconte qu’ils lui demandaient «de venir faire le ménage chez eux pendant le week-end gratuitement si je voulais travailler la semaine. Parfois, je devais même leur apporter leur déjeuner». Au bout de deux ans, Younès, qui est arrivé en France en 2015, obtient un contrat qui lui permet de toucher 1 300 euros au lieu de 800 ou 900, mais là encore le procédé était totalement frauduleux. «NTI exigeait qu’on leur apporte une fausse carte d’identité, avec une nationalité européenne.»
Mehdi est présent en France depuis 2013. Il est aujourd’hui en règles et peut travailler en CDI depuis quelques jours. Il raconte les conditions de travail du temps de NTI, dans les entreprises. «Lorsque nous prenions le relais des salariés, dans certains centres, les cadences augmentaient sur les tapis de tri. Nous étions parfois trois alors qu’ils étaient quatre le matin. Il arrivait que nous fassions le travail de deux personnes. Généralement, au lieu de traiter 30 à 35 tonnes comme les salariés de l’entreprise, nous devions en faire 45 ou 50 tonnes. Si une machine était en panne, les salariés se mettaient en pause, mais nous, nous devions réaliser d’autres taches, comme le nettoyage ou la remise en état des fours. Et comme le travail était bien fait, NTI touchait des primes de ses clients qu’ils ne nous reversaient pas.» En plus, ces ouvriers travaillaient bien souvent sans protections.
Accidents de travail non déclarés
Amir, qui va commencer à travailler tout prochainement, comme Yasmine, avait eu la «mauvaise idée» de demander un contrat à son employeur. «J’ai été viré aussitôt : il a refusé de payer les deux mois de salaire qu’il me devait et a ensuite répondu à l’avocat qu’il ne me connaissait pas», raconte-t-il.Mehdi, qui ne travaille plus depuis le 3 janvier 2022, évoque un autre épisode douloureux. «Je suis resté sans salaire jusqu’à maintenant. A l’époque je me suis fracturé l’épaule en travaillant, mais mon employeur a refusé de reconnaître l’accident de travail. J’ai dû emprunter auprès d’amis et de ma famille pour vivre et me soigner. Je n’ai pas bénéficié de l’AME [aide médicale d'Etat, ndlr]. Pourtant, j’étais déclaré, avec une identité italienne, par NTI. L’inspection du travail a exigé que ma blessure soit qualifiée en accident du travail, mais je n’ai toujours pas été remboursé.» Bilal avec son écharpe du PSG et sa trottinette électrique, a quant à lui, bénéficié de l’AME lorsqu’il s’est blessé. Il est aujourd’hui conducteur.
*Les prénoms ont été modifiés.



