Le fonctionnement du port chinois de Shanghai se dégrade, mais dans des proportions moindres qu’en septembre 2021... Pour l'instant. A partir des données AIS (système d’identification automatique) qui positionnent chaque navire, la start-up française QuantCube calcule le nombre de bateaux de commerce en attente devant le port en les différenciant selon leur catégorie : vraquiers, tankers ou porte-conteneurs. L'entreprise mesure aussi le temps d’accès des bateaux au port pour les étapes de chargement et déchargement.
En un mois, le nombre de porte-conteneurs ancrés devant le port a doublé, avec aux alentours de 45 porte-conteneurs le 25 avril, contre une vingtaine au début de ce même mois. Au 1er avril, l'indice était de 83, puis de 183 au 25 avril, en passant par un pic de 204 le 20 avril. « Pour les vraquiers, la situation est meilleure, tandis qu’on ne constate plus d’engorgement pour les tankers depuis fin mars. Selon nous, ils se sont grandement détournés vers le port proche de Ningbo », explique Joao Macalos, data scientist chez Quantcube. La situation se tend, mais ne reflète pas encore le niveau d’engorgement connu entre septembre et octobre 2021, quand on comptait 3,5 fois plus de porte-conteneurs en attente que lors des périodes de trafic normal.

Indicateur de congestion en nombre de bateaux ancrés. En base 100 au 1er janvier 2021. Dry bulk carriers = vraquiers, container carriers = porte-conteneurs
L’autre élément intéressant de l’analyse de QuantCube est relatif au temps d’attente. Il est passé de 1,5 jour à 2,7 jours pour les porte-conteneurs. « Cela montre un certain niveau d’efficience du port, puisque c’est une hausse plus faible que celle des bateaux ancrés devant le port. Au moment du confinement, un grand nombre de salariés ont été isolés sur place et continuent donc de travailler » décrypte Joao Macalos.
Le maintien sur site jour et nuit est d’ailleurs le fruit d'une politique adoptée par de nombreux sites de production de Shanghai, comme nous le confiait une grande entreprise française du parfum et des arômes dotée d'une filiale sur place. Mais le port n’est que le point aval d’une infrastructure logistique et d’un système de production plus large qui implique des camions, des livraisons, des fabrications. Difficile de s’attendre, après près de quatre semaines de confinement, à un fonctionnement « as usual ». Si le nombre de vraquiers ancrés devant le port a augmenté dans des proportions moindres que celui des porte-conteneurs, leur temps d’attente pour charger-décharger est passé à 3,5 jours fin avril, quand il n’en fallait que 2,5 au début de ce même mois, mais près de 5 jours en février dernier.

Evolution de la durée d'attente sur le port de Shanghai en jours
La stratégie zéro Covid du gouvernement chinois n'a pas fini de perturber les chaînes d'approvisionnement mondiales. Toujours selon QuantCube, la grande congestion du port de Los Angeles, à la fin de l'année dernière - et qui s'est poursuivie jusqu'en janvier - a eu un impact indéniable sur la hausse des prix aux Etats-Unis. La congestion des ports est ainsi un indicateur avancé de l'inflation.



