NeuroClues analyse le mouvement des yeux pour détecter des maladies neurodégénératives

Le suivi oculaire est un bon moyen pour offrir des mesures quantifiées de l’état de fonctionnement du système nerveux. La start-up franco-belge NeuroClues développe une solution pour détecter des maladies neurodégénératives à partir d'une analyse du mouvement des yeux.

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NeuroClues détecte en quelques minutes certaines maladies neurodégénératives.

Et si le mouvement de nos yeux pouvait nous apporter des informations sur la santé de notre cerveau ? NeuroClues développe une solution de suivi oculaire pour aider à diagnostiquer et suivre l’évolution de Parkinson, d’Alzheimer et de la démence. La start-up franco-belge vient de décrocher le marquage CE de dispositif médical pour sa solution, ouvrant la voie à sa commercialisation dans l'Union européenne. Elle travaille actuellement sur la miniaturisation de l’appareil pour faciliter son utilisation et devenir «le stéthoscope du cerveau», comme le clame son cofondateur Antoine Pouppez.

Une abondante littérature médicale

Dans un premier temps l’outil est destiné aux neurologues. «Aujourd’hui ils utilisent leurs doigts pour détecter ces maladies neurologiques, explique Antoine Pouppez. Les capacités du patient sont évaluées de manière qualitative mais pas quantitative. NeuroClues entend apporter l’outil pour quantifier les défauts de fonctionnement dans le cerveau selon les mouvements, ou l'absence de mouvement, des yeux.» La start-up souhaite ensuite le proposer aux médecins spécialistes et généralistes pour les aider à identifier plus précocement les maladies de leurs patients.

«L’étude des mouvements oculaires a débuté en 1903 avec une explosion des recherches à partir des années 1960», relate Antoine Pouppez. De nombreuses informations sont donc disponibles dans des publications scientifiques. A savoir : quelles zones du cerveau sont responsables de quels paramètres du mouvement. Et pour certaines pathologies, les zones du cerveau affectées par cette dernière sont connues. En recoupant toutes ces informations avec des données du patient, il est possible de déduire si la personne semble atteinte d'une maladie comme Parkinson ou Alzheimer.

Une détection cinq ans avant les premiers symptômes

«Dans le suivi oculaire, le gros défi est le logiciel», assure Antoine Pouppez. La start-up travaille sur le sujet depuis sa création, en 2020. Grâce à deux caméras, NeuroClues enregistre le mouvement des yeux. «En seulement quelques minutes, nous sommes en capacité d'enregistrer autant de points de mesure que lors de plusieurs kilomètres de marche», explique le cofondateur.

La vidéo est analysée pour définir la vitesse de déplacement des yeux, le temps de démarrage du mouvement et sa précision. Ces données sont couplées avec les informations issues de la littérature médicale pour suggérer un diagnostic. «Au praticien de faire l’interprétation», ajoute Antoine Pouppez. Il peut visionner la vidéo si besoin.

Actuellement, les patients connaissent une errance médicale de plus d’un an en moyenne et les études montrent que 30% sont mal diagnostiqués. «Certaines de nos publications montrent que nous parvenons à détecter les maladies neurologiques cinq ans avant les premiers symptômes cliniques», s’exclame Antoine Pouppez.

Devenir un champion européen

La start-up a décidé de fabriquer son propre hardware car les caméras classiques, comme celles présentes sur des smartphones et ordinateurs, n’enregistrent pas suffisamment d’images par seconde. NeuroClues c’est un écran, deux caméras, un processeur et un boitier en plastique pour recouvrir le tout. L’équipe assemble la solution elle-même en Belgique.

Le produit, comprenant le logiciel et le boitier, est commercialisé en Europe sous la forme d’une location avec un prix annuel récurent. «Le code de remboursement [code qui permet de faire des demandes de remboursement auprès de l’organisme de sécurité social ou de la mutuelle, ndlr] permet au neurologue de couvrir le prix de la solution après la consultation d'une centaine de patients, glisse Antoine Pouppez. Et un neurologue voit entre 1000 et 2000 patients par an.»

En parallèle, la demande de marquage est en cours aux États-Unis, où la start-up espère décrocher l’autorisation début 2026. Le cofondateur explique vouloir être «un champion européen avant de tenter sa chance aux États-Unis».

L’occasion de muscler sa solution pour faire face aux quelques concurrents à travers le monde. «Ce sont tous des start-up qui ont levé des montants similaires et font du suivi oculaire mais pas toujours pour les mêmes indications», détaille Antoine Pouppez. La start-up, qui déjà levé 12 millions d’euros, cherche de nouveaux fonds pour boucler une série A d’environ 10 millions d’euros d’ici l’été. Un financement utile pour poursuivre sa commercialisation.

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