Avec son spray nasal, Ceres Brain Therapeutics s’attaque aux maladies neurodégénératives

Avec un simple spray nasal, Ceres Brain Therapeutics espère retarder ou stopper l’évolution des maladies neurodégénératives de Charcot et de Parkinson. La start-up issue du CEA annonce, mercredi 22 janvier, une levée de 6 millions d’euros pour mener des essais cliniques afin de prouver l’efficacité de son dispositif.

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spray nasal
Ceres Brain Therapeutics souhaite soulager les symptômes de certaines maladies neurodégénératives grâce à un spray nasal (photo d'illustration).

Un spray nasal peut-il ralentir les effets de certaines maladies neurodégénératives ? Ceres Brain Therapeutics se penche sur ce sujet depuis cinq ans déjà. Pour l’aider dans ses recherches, la spin-off du CEA basée à Grenoble (Isère) a annoncé mercredi 22 janvier lever 6 millions d’euros, notamment auprès du groupe Anjac, avec qui elle travaille depuis trois ans. Anjac, qui produit des médicaments et des cosmétiques, a apporté ses connaissances dans le domaine de la formulation. «Des compétences bienvenues pour parvenir à stabiliser notre prodrogue de créatine», souligne le docteur et président de la start-up Thomas Joudinaud. L’administration de cette molécule dans le cerveau est au cœur de la solution.

La créatine passe de neurone en neurone

«Le cerveau est entouré d’une sorte de barrière hémato-encéphalique qui bloque la plupart des molécules, dont la créatine», explique Thomas Joudinaud. Pour s’affranchir de cette barrière, Ceres Brain Therapeutics administre le produit via les nerfs olfactifs. Un choix complexe et différenciant. Pour être administrée par voie nasale et atteindre le cerveau, la créatine est attachée à une autre molécule afin de former la prodrogue. Assurer la stabilité de cette dernière fait partie des innovations mises en avant par Ceres Brain Therapeutics, qui a déposé plusieurs brevets.

L’autre innovation est le mode d’administration par le nez. La molécule active, sous forme de poudre, est ainsi mélangée avec des excipients puis mise dans un flacon de spray nasal pour un usage quotidien. «Les nerfs olfactifs et de la sensibilité de la face sont des sortes d'excroissances directes du cerveau, explique Thomas Joudinaud. La molécule de créatine entre dans ces nerfs, migre le long de ces neurones jusqu’au cerveau. De là, elle se diffuse de neurone en neurone à l'ensemble du cerveau.» Administrée par voie sanguine, la molécule aurait été détruite, ou bloquée par la barrière hémato-encéphalique.

«Le médicament est très lipophile, une caractéristique grâce à laquelle il peut entrer passivement dans les cellules, notamment neuronales, sans avoir besoin d’un transporteur», ajoute le docteur. Et Ceres Brain Therapeutics se targue d’être la seule société capable d’emmener la créatine dans les neurones. Avec un effectif de seulement quatre personnes à temps plein, la spin-off du CEA s’appuie régulièrement sur une dizaine d’experts pour l’aider sur des sujets réglementaire, de toxicologie, de formulation, etc.

Des essais cliniques en 2025

«La créatine amène de l’énergie aux cellules, c’est aussi un antioxydant qui stabilise les mitochondries et restaure l’équilibre énergétique au sein de la cellule», détaille Thomas Joudinaud. Cet équilibre est perturbé dans le cas des maladies neurodégénératives comme les maladies de Charcot (ou sclérose latérale amyotrophique) et de Parkinson. La start-up espère retarder ou arrêter l’évolution de ces maladies, mais ne pense pas pouvoir guérir les patients. «Les symptômes existants ne disparaîtront sans doute pas», glisse Thomas Joudinaud. Elle doit poursuivre ses études pour définir précisément les effets de l’administration de la créatine au cerveau par voie nasale.

Cette solution thérapeutique pourrait aussi aider à soigner une maladie génétique rare caractérisée par l’absence de créatine dans le cerveau des enfants les privant ainsi de capacité d’apprentissage. «Si notre molécule est délivrée assez tôt à ces enfants, peut-être pourront-ils se développer et vivre normalement ?», s’interroge Thomas Joudinaud. Des études doivent être menées sur ce sujet.

Ceres Brain Therapeutics a les autorisations pour débuter des tests avec des humains. Ces premiers essais seront réalisés cette année sur des volontaires sains afin d’écarter toute toxicité du produit et mesurer les effets secondaires éventuels. En 2026, des essais seront menés avec des patients malades. En parallèle, la start-up réfléchit à des produits pour cibler d’autres maladies neurodégénératives ou rares.

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