C'est à la suite du décès de sa mère, emportée par une tumeur cérébrale, que l’ingénieur roboticien Bertrand Duplat s'est lancé dans la confection d’un microrobot. Pour l'expliquer, il évoque «sa prise de conscience du manque d’outils pour agir efficacement dans le cerveau et comprendre ce qui se passe sur un lieu touché par une pathologie ou sollicité lors d’un traitement.» La start-up Robeauté nait ainsi en 2017.
Son objectif : concevoir un microrobot capable de se déplacer facilement et précisément dans le cerveau, une autre région du corps où la robotique pourrait s'imposer, après l'essor des robots chirurgicaux. Le dispositif, de 1 centimètre de long pour 1,8 millimètre de diamètre, a remporté début avril le prix de l’innovation lors du salon Medi’Nov 2024 de Lyon. Robeauté a mené plusieurs année de R&D, pour mettre au point les différentes briques technologiques : propulsion, micromoteur, navigation et suivi.
Programmé à l'avance et pilotable à distance
Avec un premier exemplaire créé en 2022, le robot peut se déplacer dans la matrice extracellulaire en faisant des courbes. Le chemin qu’il doit emprunter est défini en amont grâce à une cartographie préexistante du cerveau du patient pouvant être réalisée à l’aide d’une IRM. Concrètement, une petite brèche est créée dans le cerveau à l’endroit où le robot est inséré. Puis, comme le cerveau est viscoélastique, cette ouverture se propage grâce à la pointe du robot qui indique la direction dans laquelle il doit aller. «Le neurochirurgien peut reprendre la main sur ses déplacements et le contrôler à l’aide d’une manette», ajoute Bertrand Duplat. Avec un suivi de position en temps réel du robot et un câble l’alimentant en énergie et permettant de le manipuler, cette prise de contrôle est simple à réaliser.
Le robot peut agir en délivrant un médicament ou collecter des informations. Equipé d’électrodes, il peut lire l’activité du cerveau ou le stimuler. D’autres capteurs lui permettent de relever des signes vitaux – comme la température, le PH, l’oxygénation, le taux de CO2 ou la pression intracrânienne – ou chercher des substances. Enfin, il est en capacité de faire une biopsie pour ramener de la matière cérébrale. «Cette application est la première visée», glisse Bertrand Duplat.
Un robot à usage unique
Pour l’instant, la pépite incubée à la pépinière Paris Santé Cochin de l’hôpital parisien fabrique un robot par type d’indication. A terme, elle souhaite avoir un robot sur lequel il soit possible de changer l’outillage. Mais le robot est à usage unique car il ne peut pas être nettoyé de façon sûre.
Celle qui a levé 5 millions d’euros depuis sa création cherche désormais à collecter 15 à 20 millions d’euros pour poursuivre ses développements. Forte de 14 salariés, Robeauté teste en ce printemps 2024 son robot à travers la phase d'essais précliniques sur des animaux. Elle espère réaliser de premiers essais sur des patients humains dès 2026.



