Onward Medical, la pépite qui devance Neuralink pour faire remarcher les personnes paralysées

Arrivée sur Euronext Paris le 24 septembre, Onward Medical devrait commercialiser un premier dispositif médical d’ici à la fin de l’année aux États-Unis et en 2025 en Europe. Connue pour avoir fait remarcher un paraplégique à l’aide d'un implant cérébral, la start-up européenne prend de l’avance sur Neuralink, la célèbre start-up d’Elon Musk.

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Gert-Jan interface cerveau-machine (BCI) paraplégique qui marche
En 2023, Onward Medical a fait la démonstration d'un pont digital entre les implants cérébraux Wimagine et un neurostimulateur positionné sur la moelle épinière.

Neuralink fait régulièrement parler d’elle dans les médias. La start-up cofondée par Elon Musk en 2016 cherche à mettre au point un implant cérébral permettant de communiquer par la pensée avec un ordinateur et d'augmenter les humains. Parmi les objectifs visés, figure celui de faire remarcher un paraplégique. Sur cette application médicale, une discrète pépite européenne, Onward Medical, est en réalité bien plus avancée que la controversée start-up américaine.

Alors que Neuralink dit avoir introduit son implant sur un humain pour la première fois début 2024 – après des essais sur les animaux ayant soulevé des soupçons de maltraitance animale – Onward Medical devrait obtenir une autorisation de la FDA, l'agence de santé américaine, pour commercialiser aux Etats-Unis un premier neurostimulateur d'ici à la fin de l'année. Pour préparer ce lancement, la start-up cofondée par le professeur français Grégoire Courtine et la neurochirurgienne suisse Jocelyne Bloch a réalisé son introduction sur Euronext Paris mardi 24 septembre. Retour sur cette épopée européenne dans laquelle l'entité grenobloise du CEA joue un rôle clé.

La prouesse d'un implant non pénétrant

Basée à Amsterdam, Onward Medical s’est fait connaître avec les images du Hollandais Gert-Jan contrôlant ses jambes par la pensée en 2023. Pour parvenir à ce résultat, la start-up utilise les implants cérébraux Wimagine mis au point par le CEA à Grenoble. Une techno bluffante : les signaux émis par le cerveau sont détectés sans que le dispositif ne pénètre la dure-mère. Pour Jocelyne Bloch, avoir un implant avec des électrodes intracorticales non pénétrantes dans le cerveau était essentiel.

«Avec des électrodes pénétrantes [la techno utilisée par Neuralink, ndlr], des aiguilles sont positionnées dans un cerveau intacte pour enregistrer le signal émis par la cellule, explique Jocelyne Bloch. Cela peut engendrer des lésions et si l’endroit où est positionnée l’aiguille cicatrise, le signal émis n’est plus enregistré. Ce type d’implant doit donc être changé au bout de quelques années.» Et peut laisser des traces sur un cerveau intacte.

Avec les implants Wimagine, deux craniotomies sont réalisées. «Un petit morceau d’os est enlevé et remplacé par l’implant dont les électrodes sont placées directement au contact de la dure-mère. La peau est repositionnée au-dessus de l’implant», expliquait Jocelyne Bloch en 2023. Entrent alors en scène les recherches d’Onward Medical. Les signaux émis par le cerveau sont décodés grâce à un algorithme de machine learning pour être traduits en intention de mouvements. Ils sont ensuite envoyés au dispositif positionné sur la moelle épinière qui stimule très précisément les fibres à l’origine du mouvement de la marche. «La précision de la stimulation est notre grande force», s’exclame Grégoire Courtine. Cet ensemble baptisé ARC-BCI par la start-up est encore à l’état de recherche.

Récupérer une partie des fonctions neurologiques

Cet exemple montre que l’implant cérébral – qu'il soit développé par les équipes du CEA Grenoble ou par Neuralink – ne fait pas tout. L’aspect neurostimulation est essentiel pour stimuler aux bons moments les nerfs qui vont permettre à la personne de marcher, bouger ses bras ou parler. Onward Medical a justement fait de la neurostimulation sa spécialité. Elle décline ses compétences dans ce domaine dans d’autres dispositifs dont ARC-EX. C'est celui-ci que la start-up prévoit de commercialiser cette année aux États-Unis, puis courant 2025 en Europe. Son rôle : permettre aux patients de bouger leurs bras et leurs mains.

Ce neurostimulateur agit de manière non invasive sur la moelle épinière : aucune chirurgie n'est réalisée pour implanter le dispositif. «Le stimulateur externe est relié à des électrodes collées sur la peau au niveau des fonctions que l’on souhaite rétablir, explique Alexandre Casteau, directeur de la stratégie Onward Medical. Par exemple, au niveau des cervicales pour agir sur les bras et les mains.» Un programmateur externe est mis à disposition du professionnel de santé pour paramétrer la stimulation des membres. Concrètement, résume Grégoire Courtine, «les ondes de stimulation pénètrent dans la moelle épinière, activent des fibres spécifiques et augmentent les fonctions résiduelles du patient». Les patients utilisant ce dispositif récupèrent ainsi une partie leurs fonctions neurologiques même lorsqu’ils ne sont plus stimulés.

Les résultats de la première étude pivot indiquent que 90% des participants connaissent une amélioration de la force ou des fonctions des bras et des mains. Et certains ont connu de telles améliorations 34 ans après la lésion ! Preuve selon la start-up que le dispositif d’Onward Medical est bien à l’origine de cette récupération.

La jeune pousse prévoit d’abord de commercialiser ARC-EX aux États-Unis à 40000 dollars. Elle estime le cumul des marchés américain et européen à environ 200000 personnes éligibles, soit près 5,5 milliards d’euros. Onward Medical a identifié 450 centres aux États-Unis, dont 75 prioritaires avec lesquels elle a déjà des liens grâce à sa première étude pivot. «Avec 6 à 10 représentants commerciaux, nous pouvons cibler ces premiers centres», ajoute Alexandre Casteau. Avant de contacter les autres cibles.

Un dispositif pour les troubles de la pression artérielle

Enfin, la pépite néerlandaise développe un troisième dispositif, ARC-IM, qui repose sur un neurostimulateur implantable, comme celui de la solution ARC-BCI, mais sans implant cérébral. Une chirurgie très précise doit être réalisée pour positionner le dispositif au bon endroit sur la moelle épinière. «Il est primordial de viser les bonnes racines nerveuses à stimuler», ajoute Jocelyne Bloch. Un programmateur, sous la forme d’une tablette, permet de régler les paramètres de la stimulation. Et une montre connectée est fournie au patient pour que celui-ci puisse les ajuster.

Ce dispositif, dont la commercialisation doit débuter en 2026 ou 2027, aide des patients souffrant de problèmes de pression artérielle suite à une lésion de la moelle épinière. Ces problèmes entraînent des chutes de tension, des fatigues intenses et un manque d’énergie. 215000 personnes seraient concernées aux États-Unis et en Europe, soit un marché estimé à 7,3 milliards d’euros.

«Auparavant, la réhabilitation n’existait pas pour les personnes ayant une lésion de la moelle épinière», déclare Jocelyne Bloch qui évoque «un tournant». En commençant la commercialisation d’une première solution, Onward Medical espère séduire les marchés et se donner les moyens de poursuivre les études cliniques sur ses autres dispositifs.

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